Le blog de Jean-François Fiorina

Quelles compétences pour le 21ème siècle ? To know or to know how ?

nouvelles compétences, compétences du 21e siècle

Un thème qu’abordent beaucoup d’articles récents, également sujet de l’une de nos tables rondes de la Journée Innovations pédagogiques du 27 mai à GEM et de notre récent Comité de programmes. Autant d’arguments pour se demander ce que sont ces nouvelles compétences. Comment les enseigner sans oublier les « anciennes » ? Comment sensibiliser les étudiants au fil de leur cursus scolaire ? Et pas seulement dans le supérieur, condition de réussite d’une bonne adaptation au monde de demain.

Quelles nouvelles compétences ?

 

Les prévisionnistes affirment qu’elles seront plus importantes que les compétences dites techniques. On peut les lister de manière globale :

  • Compétences liées aux référentiels des systèmes coopératifs,
  • Compétences liées à la communication (prise de parole en public, savoir « se vendre », argumenter, rédiger des notes, créer un PowerPoint, un clip vidéo, etc),
  • Compétences digitales, technologies de l’information qui vont – pour moi – jusqu’à la maitrise de l’e-réputation,
  • Compétences transversales liées à la gestion du stress et l’interculturel,
  • Compétences liées à la créativité, la pensée critique, la productivité, au problem solving, à la gestion de projets de qualité.

Je suis en grande partie d’accord avec cette analyse. Nous travaillons et nous pensons de manière différente mais cela nécessitera toujours la maîtrise de compétences techniques et professionnelles ?

Comment former aux compétences du 21ème siècle ?

 

C’est un travail régulier et progressif que, seul, le stade « ultime » du supérieur ne peut résoudre d’un coup de baguette magique. L’un de mes plus anciens posts expliquaient que ces compétences doivent être travaillées… dès le primaire ! Et, à ma connaissance, le sujet des compétences 21ème siècle n’apparaît pas non plus dans le texte de la récente réforme du collège.

Ajouter des heures de classe aux apprentissages existants et aux certifications ne peut se faire de manière automatique. L’objectif est que les étudiants en saisissent toute la substance. C’est une question de maturité  et d’expérience. Si vous n’avez pas expérimenté certaines situations, vous ne pouvez pas comprendre leurs bénéfices.

Pour nous, établissements, il faut s’appuyer sur le triptyque suivant, miser sur un processus permanent plus que sur des acquisitions one shot :

  • Identifier les compétences acquises lors d’expériences professionnelles (missions et projets), stages, expériences para pédagogiques ou pédagogiques que suivent ou réalisent les élèves. C’est un vrai travail à effectuer avec eux pour révéler ces compétences acquises. Ce n’est pas toujours intuitif, il faut analyser les situations vécues, faire prendre conscience de ce qu’ils ont acquis.
  • Certifications internes et/ou assessments. Ce deuxième volet offre à l’étudiant la possibilité de se tester ses compétences autant de fois qu’il le souhaite. Les outils d’évaluation dont il dispose sont nombreux y compris avec les serious games. Une bonne manière de vérifier la cohérence globale de ses acquisitions et d’évaluer sa propre progression dans ces nouveaux champs pédagogiques,
  • Cours spécifiques. À chaque fois que cela est possible, en rappelant qu’un cours répond à un objectif de connaissance précis. Pas de compromis d’acquisition multi compétences sinon personne n’en saisit la finalité.

 

Limites et contraintes

 

  • Comme dans tout système d’assurance qualité, la limite, c’est sa complexité. Chaque compétence est elle-même divisée en sous-compétences puis en taches, et ainsi de suite… Attention à ne pas introduire de nouveaux référentiels complexes qui s’ajouteraient aux existants sans cohérence d’ensemble.
  • Ces compétences du 21ème siècle sont, en quelque sorte, l’huile que l’on met dans le moteur pour le faire fonctionner. Mais leur acquisition sans connaissances académiques et sans développement personnel, sans culture générale, ne donne pas un bon « produit » fini !

Les études menées par WISE  ou Boston Consulting Group-BCG, / insistent sur ces nouvelles compétences mais rappellent, pour le premier, que le savoir faire (know how) et le savoir académique restent essentiels puisque classés en 2ème et 3ème positions après les interpersonal skills (compétences de communication et d’interaction) ; pour BCG, savoir appliquer les savoirs fondamentaux (fundamental literacies) est placé en tête avant la gestion de la complexité et les qualités personnelles (character qualities).

Michel Serres, dans son livre « Petite Poucette », explique l’importance d’apprendre à transformer l’information en connaissance. Les flux d’informations, à l’ère digitale, sont tels qu’on ne peut plus être cet espèce d’accumulateur d’informations, qu’il faut les transformer en connaissance. L’interactivité, l’ouverture, le croisement, le multicanal permettent de transformer tout cela en connaissance.

Et c’est ici que je reviens à la réflexion sur la stratégie d’établissement que j’ai souvent évoqué. On voit bien dans la typologie des acteurs de l’enseignement supérieur que les écoles comme les nôtres auront un plus dans cette vaste knowledge machine. Nous offrirons cette capacité à acquérir des compétences supplémentaires, à les transformer en savoirs « utilisables », en connaissances. J’ai souvent dit que dans l’école du futur le numérique pourrait changer pas mal de choses. Ces compétences du 21ème siècle sont des compétences qui devront être la plus value de l’établissement à condition de les intégrer dans la pure pédagogie pas seulement en créant des systèmes collaboratifs ou des MOOCs. J’ajouterais dans la boucle, l’entreprise. C’est avec elle que nous devons avancer sur le sens que nous donnons à cette plus value.

  • On parle également de l’arrivée de nouveaux acteurs (Google, Amazon…) dans le monde de l’éducation. La force des écoles, ce sont les services qu’elles apportent. Apprendre le leadership, la stratégie et le collectif, ne sont possibles qu’en situation d’agir. Les étudiants acquièrent ces compétences et leur mise en cohérence. C’est un vrai plus face aux systèmes automatisés ou digitaux.

Un professionnel compétent selon Le Boterf, spécialiste de la question des compétences, c’est une personne qui sait combiner des facteurs. Il est le fruit d’un processus qui permet d’agir avec compétence en situation professionnelle. Il s’agit d’une évolution complexe que seule la technologie ou la machine ne peut remplacer.

On s’aperçoit que les compétences du 21e siècle ne sont une finalité en soi. Elles doivent s’intégrer à un programme pédagogique avec une régularité tout au long des cycles scolaires dès le primaire. La culture générale est en le plus bel exemple. Attendre qu’en bout de chaîne l’enseignement supérieur le fasse ne fonctionnera pas !

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Commentaire (1)

  1. Pingback: Quelles compétences pour le 21ème siècle ? | Conseil en orientation scolaire et professionnelle

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