Le blog de Jean-François Fiorina

10 ans de présidence de la banque Passerelle. Quels retours d’expérience ?

Passerelle ESCA l’heure où Jean-Guy Bernard, DG de l’EM Normandie vient d’être élu Président de Passerelle, après ma démission, une page se tourne. Je livre dans ce post mes retours personnels sur ces 10 belles années à la tête de cette association. Je me souviens des premières réunions  auxquelles j’ai participé. Des écoles ne sont plus là, d’autres se sont positionnées. Le recrutement est devenu l’enjeu majeur pour nos établissements, source essentielle de revenus, dans un contexte concurrentiel exacerbé y compris à l’international.

Quels enseignements retenir de cette décennie ?

D’abord la pertinence et les réussites – depuis 25 ans – du modèle « Passerelle ». Elles s’expliquent par les raisons suivantes :

  • Mutualiser nos besoins communs : communication, promotion et admissionssans toucher à la stratégie interne des écoles participantes.

Le modèle fonctionne depuis plus de 25 ans.

Il a permis aux écoles membres d’assurer leur développement. La hausse du nombre de places proposées par les écoles Passerelle a été supérieure à celle des places offertes pour les classes prépas, maintenant ainsi une certaine sélectivité.

Passerelle est, à ce jour, la banque leader sur le marché des admissions parallèles, que ce soit en termes de candidats ou de nombre de places.

Dans ce monde un peu tourmenté des écoles de management, on voit que des mécanos complexes, au départ magnifiques, peuvent se transformer en catastrophes gigantesques. J’ai toujours voulu développer une politique de partenariats avec ce modèle en tête : renforcer ce qui peut être mutualisé entre établissements, sans toucher au reste. Chacun conserve son indépendance et son autonomie. Cela permet de faire vivre nos identités, c’est notre force.

Concrètement nous multiplions ainsi les opérations de communication, relations publiques et de promotion pour toucher beaucoup plus d’étudiants sans doublonner les moyens logistiques, financiers et humains . Pour les familles, l’offre est rendue mieux visible, et l’accès facilité par un seul point d’entrée.

  • L’importance croissante des étudiants non issus des classes préparatoires.

Dans les écoles de management, les candidats issus de prépas restent majoritaires dans les admissions en première année. Mais ils ne représentent plus que 35% à 40% des effectifs d’une promotion – toute école, tout classement confondus.

Nos recrutements se sont ouverts. Il y a besoin de cette diversité, parce les talents sont partout. Ces différentes voies d’accès passent obligatoirement par un concours, une sélection, pour gagner sa place à la seule force de son mérite. C’est ma philosophie pour que chacun, dans la salle de classe, puisse se regarder dans les yeux. C’est une garantie de cohésion et de qualité. J’y suis très attaché.

  • Une grande fierté d’avoir élargie l’offre en créant d’autres formes de concours, au-delà des admissions parallèles.

Je pense aux concours Diversité sociale et Post-bac, mais également au travail engagé sur le handicap avec un pool d’entreprises.

Toujours dans cette logique de diversité et de mutualisation, toujours dans cette logique de simplification – même si l’accueil des organismes n’est pas le même selon les régions.

Grande réussite et grande fierté d’avoir créé un Concours international – Passworld. Il augmente progressivement ses effectifs pour mon plus grand bonheur.

En « chassant en bande », nous sommes plus forts et permettons aux candidats de maximiser leurs chances d’intégrer une formation qui leur convient. Les Australiens et les Québécois ont compris depuis longtemps les avantages de cette formule.

  • Une structure aujourd’hui solide et professionnelle. 

Quand j’ai pris les rênes de Passerelle, il s’agissait d’une structure informelle. Dix ans après, c’est une association avec 9 salariés qui dispose de locaux et qui a fait ses preuves. Tout n’a pas été facile, l’aspect humain est essentiel. Il y eu des postures de gouvernance qui ne correspondaient pas à mes souhaits personnels mais, sur ce chemin très compliqué, nous avons réussi tant bien que mal, chaque année, à progresser, à faire le job. C’est un élément qui apporte beaucoup de fierté : créer, constituer, incarner une idée, un concept, se battre pour son développement.

J’ai vu apparaître et se développer des stratégies étudiantes de plus en plus fines pour entrer dans les écoles. Je collabore avec des étudiants de plus en plus informés, on observe maintenant des stratégies de contournement… Ce sont les formations bachelors qui ont actuellement le vent en poupe qu’ils soient dans nos écoles ou à l’étranger. Ils sont en train de piquer des bons candidats aux prépas !

 

Plusieurs regrets, néanmoins :

  • Trois échecs, dans cette voie de la mutualisation :

o    en matière d’admission pour les Mastères Spécialisés,

o    de formation continue,

o    ou de réponses aux appels d’offres.

Nous sommes cependant allés jusqu’au bout de la réflexion.

Pour les Mastères Spécialisés, à la fois formation initiale et executive, il n’est pas toujours évident de trouver des points communs. Comme les MS, leurs populations sont très diverses.

En matière de formation continue, les écoles n’étaient pas prêtes. Trop de divergences et de différences les séparent encore. Le numérique et le e-learning ont bouleversé la donne.

Vers une mutualisation avancée en répondant à des appels d’offres communs : internationaux, d’entreprises. Il y avait – là encore – une trop grande hétérogénéité parmi les membres pour que cela puisse fonctionner.

  • Les admissions sur la diversité.

Beaucoup de préjugés, de stéréotypes à propos de nos écoles perdurent. Au vu de la situation, cela me paraît aberrant, ces querelles sont d’un autre âge. Mais il faut savoir que certains établissement nous ferment toujours leurs portes ….

  • Et bien sûr, l’énorme regret, celui de ne pas avoir pu centraliser les affectations des admissions parallèles.

Je suis bien conscient de l’importance hautement stratégique du recrutement étudiant pour une école à l’heure où ses autres sources de financement diminuent ou stagnent. Un recrutement manqué, ce sont 3 à 4 ans de difficultés financières pour un établissement.

Pour autant, un très grand danger nous menace si nous n’arrivons pas à trouver de solutions pour coordonner les affectations des candidats admis.

Cyniquement, certains pourraient se réjouir du déficit de recrutement dans certaines écoles. Un concurrent de moins ! Mais, c’est l’inverse qui risque de se produire. Une communauté dont le nombre de membres diminue limite automatiquement sa visibilité et son attractivité. Que penser d’une compétition sportive dont le nombre des équipes engagées diminuerait chaque année ? Nous avons besoin de montrer notre unité, de nous serrer les coudes alors que la concurrence s’intensifie. Je rejoins les préoccupations d’unité et de solidarité pour lesquelles milite Loïck Roche, Président du Chapitre des Ecoles de Management.

La concurrence est multiforme, en témoigne ce tweet @uniworldnews qui renvoie vers un article dénombrant pas moins de 9 nouvelles formes de concurrence pour les business schools !

La bataille va être intense et nous allons devoir montrer quelle est notre valeur ajoutée (et être capable de le prouver !) pour attirer des étudiants et des entreprises. D’où la nécessité d’avoir une stratégie et de bien définir sa mission (pour rappel, lire mon analyse du STRANES). Il va falloir être attractif.

Si le SIGEM a totalement pacifié et fluidifié le système des prépas, pour les admissions parallèles, j’ai l’impression de me battre contre des moulins à vent. Si rien n’est fait, le boomerang nous reviendra en pleine figure. La trop grande diversité de pratiques entre les écoles nous est dommageable. Sur un modèle de type APB, cela pourrait s’envisager sans aucun problème. L’heure est aux choix politiques. Des écoles vont être en très grande difficulté si ces choix ne sont pas faits rapidement.

On le voit, nos enjeux et défis dans les années à venir sont considérables. A l’heure où les écoles françaises brillent dans les classements internationaux, ce serait dommage !

J’ai démissionné car mon périmètre d’intervention s’est élargi au sein de GEM : supervision de l’ensemble des écoles de GEM (GGSB, EMSI), en plus de l’Esc et donc de l’ensemble des programmes étudiants, de l’executive education, des alumni, des relations entreprises, de la taxe, le CRM et de la direction commerciale sans oublier bien évidemment toutes les réflexions liées à l’école du futur. Beaucoup d’occupations et de nouveaux défis ! Qui ne m’empêcheront pas d’assister aux différentes réunions séminaires Passerelle bien sûr !

Avant de tourner cette page, un petit mot à l’ensemble des collaborateurs et des collègues Passerelle avec qui j’ai travaillé. Rien n’aurait été possible sans leur aide et leur complicité. Un grand merci pour m’avoir soutenu voire supporter ! Vous connaissez mon tropisme pour le sport et la compétition, alors prenez le mot « supporter » dans tous les sens du terme !

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Commentaires (2)

  1. Bourcieu

    Plusieurs milliers d’élèves intégrés dans les Grandes Ecoles de management grâce à l’Association Passerelle au cours des 10 années écoulées. Un grand MERCI à Jean-François FIORINA pour avoir porté l’association pendant ces 10 années et à GEM pour avoir été la locomotive des Ecoles Passerelle (toujours dans un esprit de solidarité).
    Et félicitations à Jean-Guy BERNARD pour son élection à la Présidence. Le bureau sera autour de lui pour poursuivre l’aventure et le succès.

  2. Bruno Dufour

    Pour l’enjeu Exec Ed.. penser à l’offre FNEGE dans le cadre du programme SEEDS
    Scholl Executive Education Survey, sur le mode BSIS…
    La Fnege cherche des pilotes…l’offre est intéressante
    cordialement
    Bruno Dufour

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