Le blog de Jean-François Fiorina

Les 5 révolutions de la transformation numérique

CORNU EMIEUX Renaud, transformation digitale, transformation numérique

« La transformation digitale, c’est avant tout une transformation culturelle avant d’être une mutation technologique », Renaud Cornu-Émieux. Photo DR.

Regards croisés sur l’entreprise et l’école du futur. Au menu, cette semaine : où en est-on dans la mutation numérique des entreprises ? Avec Renaud Cornu-Emieux, titulaire de la Chaire « Digital Natives » Orange, responsable communication de Digital Grenoble (FrenchTech) et fondateur de l’École de Management des Systèmes d’Information (EMSI). Pour la prochaine interview, c’est Renaud qui prendra la plume ou plutôt le clavier ! Il me posera ses questions sur l’école du futur ! À noter également l’adresse de son nouveau blog

Jean-François FIORINA (JFF) : Pourquoi GEM s’est-elle engagée aussi fortement dans le digital, à travers sa Chaire Orange, la French Tech, ses écoles telles que l’EMSI ?

Renaud CORNU-EMIEUX (RCE) : premier point, les membres qui participent au comité scientifique et pédagogique de l’EMSI dont le président du CIGREF, le président de SYNTEC numérique, le directeur d’ORACLE, des DSI, sont unanimes : ils manquent, aujourd’hui, de talents spécialisés dans le numérique. Idem pour l’international.

JFF : mais il y a 30 ans quand j’ai commencé mes études, on nous disait, il manque de programmeurs informatiques. Beaucoup d’écoles se sont montées, et le temps que les étudiants arrivent sur le marché du travail, il n’y avait plus de boulot ou la demande avait évolué !

RCE : sauf qu’aujourd’hui les talents qui sont recherchés sont de trois natures :

  • des talents technologiques et techniques.

Je vais être un peu provoc’ mais pour ceux-ci, le temps du système éducatif classique n’est pas compatible avec le temps du besoin ! Ce qui est explique la naissance des écoles privées dans le secteur.

  • des compétences dans la transformation digitale, dans la conduite du changement. Nous sommes dans le management avec des profils qui comprennent ce qu’est le numérique.

GEM est idéalement placée depuis 31 ans puisque l’école forme des étudiants hybrides qui confortent cette demande. GEM est également sur un territoire, Grenoble, en pointe dans le numérique. Elle dispose d’une Chaire « Digital Natives » qui évolue vers la thématique des « talents de la transformation digitale », d’équipes de recherche dédiées, d’une école spécialisée – l’EMSI, école de management des Systèmes d’information… Ces équipes – actives et reconnues – produisent de nombreux travaux et recherches : business modèles, usage des réseaux sociaux, économie du partage…

  • des profils entrepreneuriaux. 

C’est une tendance forte, la demande augmente et GEM est également très bien positionnée avec son incubateur, son mastère spécialisé, son Institut, entre autres.

 

JFF : quand on parle de digital ou de numérique, est-ce une approche différente ?

RCE : pour moi c’est la même chose ! Le premier commentaire de mon premier post sur mon blog m’expliquait qu’ « on ne dit pas digital, on dit numérique ».
J’ai pris le Larousse, à « digital », c’est marqué : synonyme de « numérique ».

JFF : si on devait donner une explication pédagogique et explicable à tout le monde ?

RCE : Pour moi, la transformation digitale se déploie dans 5 directions :

  • Les business models se transforment.

Tout le monde est dans la tempête : l’industrie du disque est en mutation complète depuis 15 ans, tout comme la presse. L’hôtellerie a suivi, elle est engagée dans le processus. L’industrie minière sera peut-être la dernière à être impactée. Entre ces extrêmes, il y a le monde de l’éducation, les écoles, le monde de l’automobile…

  • Les façons de faire ont changé. L’open innovation est rendue possible par le numérique.

Le marketing évolue. L’innovation par l’usage est rendue possible. Les RH changent, en matière de recrutement, de valorisation des compétences…

  • De nouveaux entrants.

Aujourd’hui, les start-up interagissent avec les grands groupes. Ils sont même un moyen pour eux d’externaliser la R&D. En rachetant une start-up, ils rachètent des compétences et des savoir faire absents de leurs effectifs.

  • De nouveaux écosystèmes.

Les entreprises dites brick and mortar ou pure players ne vivent plus dans des univers séparés. Le mouvement va dans les deux sens : Michelin investit les canaux numériques tandis que Spartoo, entreprise leader du commerce en ligne, ouvre des magasins en dur… son premier à Grenoble, sa ville « natale ».

L’idée est donc de se dire que mon parcours d’achat de produits ou de services commence sur mon ordinateur – à la maison tranquille -, puis je vais voir le produit en magasin et, au final, je le paye avec mon smartphone. Du multi canal, on passe à l’omni canal, tout se mélange. Il n’y plus de frontière dans les entreprises. 

  • De nouveaux modes de management.

Pour que tout cela fonctionne, il faut sortir de la structure d’organisation pyramidale. On parle d’ « entreprise libérée » à GEM. Dominique Steiler – titulaire de la Chaire Mindfulness introduit la notion d’ « entreprise florissante ». Le management devient cellulaire mais l’entreprise a aussi un rôle à jouer dans son écosystème pour développer des start-up, des partenariats. La transformation digitale, c’est avant tout une transformation culturelle avant d’être une mutation technologique.

JFF : concrètement qu’est-ce que cela veut dire pour l’entreprise, le numérique ? Cela interpelle et effraie ? Pourquoi ?

RCE : parce que justement, c’est nouveau. Même le groupe Gartner qui est le tenant du ROI dans les projets explique aux dirigeants d’entreprises que sur des projets big data, il faut oublier le ROI ! Expérimentez, essayez d’avancer et de « recoller les morceaux ». Si vous n’y allez pas, d’autres iront à votre place ! Le risque n’est pas de perdre UN marché mais de perdre l’INTEGRALITE du marché. C’est cela qui fait peur, parce que c’est un monde où les repères sont beaucoup moins présents.

Comment les entreprises s’y prennent-elles ? L’exemple d’Essilor dont le DSI a été le parrain d’une promo de l’EMSI est éclairant. Dans 5 ans, leurs verres seront peut-être imprimés sur imprimante 3D. Que deviendra alors leur business modèle ? Leur approche est la suivante : ce n’est pas certain que cela arrive mais le risque est suffisant pour se mettre à travailler, à imaginer l’évolution de notre business. Sur le big data, par exemple, Essilor comme nombre d’entreprises disposent de montagnes de données sur leurs clients depuis des dizaines d’années. Ils sont en train d’imaginer de nouvelles offres de services basées sur l’analyse de ces data.

JFF : du coup n’est-ce pas une sécurité que de se mettre en insécurité pour changer ?

RCE : La seule chose qui est certaine dans les années qui viennent, c’est que la transformation sera permanente. Les écoles de management ont un sacré rôle à jouer. Nos étudiants sont capables de porter ce changement. Il y a également une prise de consciente des écoles d’ingénieurs. Il y a deux ans, quand je portais le message « il faut que les élèves d’écoles d’ingénieurs passent un an dans une école de management », je me faisais globalement « flinguer ». Depuis la rentrée, non seulement je ne me fais plus « flinguer » mais des directeurs d’écoles d’ingénieurs expliquent qu’il s’agit d’une démarche intéressante, poussée par les entreprises, d’ailleurs.

JFF : comment anticiper dans un monde dont on ne connaîtra pas la nature dans les mois et, encore moins, dans les années qui viennent ? En tant qu’établissement, que doit-on enseigner, de l’ultra-spécialisation, de la culture générale, les deux ?

RCE : Au vu des retours entreprises, et de ce qui se fait à l’EMSI et GGSB – les cas « fil rouge » – ou real business case sont intéressants. Des groupes de 4 à 6 étudiants s’immergent dans la réalité des entreprises face au changement. Cette démarche step by step produit de bons résultats.

Autre remarque importante qui ressort : casser les silos ! Les enseignements de marketing, de RH, de finance, la recherche et les entreprises, ne se croisent pas. Il faut réussir à casser les silos ! À donner de la transversalité. De la même manière, il faut lever les barrières entre les écoles d’ingénieurs et les écoles de management, entre l’école et l’entreprise, tout court. Il n’y a pas le « méchant » monde de l’enseignement qui refuse le monde de l’entreprise. Les entreprises, pour en avoir discuté avec quelques RH, sont bien conscientes qu’un effort est à faire pour être présentes dans les écoles. Dernier point, l’alternance, c’est le top du top !

JFF : et les entreprises attendent des choses qui n’existe pas…

C’est l’intérêt du cas fil rouge. Les jeunes ou les Exec travaillent sur des sujets qui n’existent pas encore. J’ai encadré l’année dernière un cas fil rouge pour les executive de l’EMSI sur la transformation digitale de l’entreprise Petzl, leader mondial du matériel d’escalade, basée dans les environs de Grenoble.

Résultat : non pas des solutions toutes prêtes mais des questionnements, moteurs d’interaction avec le directeur marketing, le DSI de l’entreprise. Visiblement le résultat a été bon et pédagogique. Ils ont eu 16/20 et j’ai cru comprendre que M. Petzl himself fait référence à ce qui a été produit dans ce cas fils rouge !

JFF : oui tu as raison, on ne peut arriver avec «  c’est comme ça qu’il faut faire » mais c’est plutôt le chemin qu’il faut montrer.

Merci Renaud.

Pour la prochaine interview, je te propose de faire le point sur le numérique vu de l’école du futur ! Prépare tes questions !

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