Le blog de Jean-François Fiorina

La vague entrepreneuriale : mode ou changement d’ère ?

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L’entrepreneuriat est redevenu un thème porteur, identifié comme l’un des leviers de croissance de notre économie. La CGE en a fait le thème de son Congrès national, tous les établissements d’enseignement supérieur – universités, écoles d’ingénieurs, business schools -, le monde du numérique, les co-workers, les réseaux féminins, s’en sont emparés. À l’heure où nos étudiants du MS Entrepreneurs bouclent leur mission création, voici ma vision de l’entrepreneuriat.

 

Les raisons de « l’entrepremania »

  • La vague de l’Y. L’une de ses caractéristiques de la Génération Y, c’est l’envie d’autonomie, de devenir son propre patron, de s’affranchir de toute structure, de créer son propre emploi. Le numérique répond bien à cette demande. Aujourd’hui, on peut créer très facilement. Une bonne idée bien exécutée peut rapporter gros sans investissements élevés : un ordinateur, une connexion et de l’huile de coude ! Avec, à la clé, des investisseurs potentiels si l’idée rencontre son marché rapidement. Beaucoup tentent leur chance d’autant que créer juridiquement sa structure ne coûte plus rien. Rappelons-nous qu’il n’y pas si longtemps – les temps reculés des années 80 ! –, on ne pouvait constituer sa société qu’avec un apport minimal en capital de 7500 € !
  • L’analyse approfondie de « l’appel » à l’Entrepreneuriat ne reflète pas forcément un net regain chez les jeunes mais plutôt une opportunité à saisir, une expérience à tenter, à acquérir.

Il y a, certes, un intérêt plus marqué, une écoute et des projets de plus en plus nombreux. S’il est considéré comme une manière de créer son propre emploi dans une économie stagnante, beaucoup voit l’entrepreneuriat comme une très belle « carte de visite » d’entrée dans le monde du travail comme ce fut le cas, dans ma génération, avec les grands cabinets d’audit.

  • Le rôle des business schools

Si notre vocation est de fournir aux entreprises les compétences et les talents dont elles ont besoin, nous forgeons, d’abord, un état d’esprit, un savoir être : l’esprit d’entreprendre en intra ou par la création d’une structure nouvelle.

Nous sommes là pour susciter et détecter les envies de nos étudiants, pour créer un cadre favorable au double épanouissement de leur projet et de leur personnalité. Si devenir entrepreneur ne convient pas à tous, il est essentiel d’être formé, accompagné, coaché. Le parcours de création n’est pas de tout repos, l’environnement compte pour beaucoup, tout comme les rencontres avec celles et ceux qui ont réussi.

Les business schools donnent les moyens de construire cet écosystème dans ses murs et hors les murs, dans un esprit d’ouverture sur son territoire et à l’international.

La réponse de GEM

Elle se situe à trois niveaux.

D’abord agir sur le levier du développement personnel et de l’individu

  • Je le rappelle la culture générale offre des clés de compréhension du monde, de sa globalisation, de ses évolutions. GEM propose de cultiver sa propre culture générale à travers ses associations, ses événements. Cette vision s’applique également à l’entrepreneuriat dans toutes ses dimensions y compris à l’international.
  • Entreprendre sur ses points forts. Par un coaching personnalisé en développement personnel, chaque étudiant, en se connaissant mieux choisit de manière éclairée son orientation et peut entreprendre sur ses points forts identifiés.

Le Bureau des talents de GEM a pour vocation de révéler les talents de chacun.

Flécher des parcours « Entrepreneuriat » tout au long de la scolarité

  • Électifs, parcours, spécialisation : l’étudiant, en fonction de sa motivation et de l’avancement de son projet, se forme à l’entrepreneuriat tout au long de sa scolarité. Comme je l’expliquais, si tout le monde ne nait pas entrepreneur, on peut tenter de le devenir. C’est un vrai métier, à 360°, qui nécessite la mobilisation de compétences variées, à la fois humaines, managériales et techniques.

 

Préparer son lancement

Si l’environnement grenoblois est propice à la création d’entreprise, le « passage à l’acte » doit être accompagné. C’est pourquoi nous avons créé deux structures au sein de l’école qui permettent de concrétiser son projet :

  • L’Incubateur, IncubaGEM destiné aux étudiants et diplômés en création. Il a suivi 125 projets depuis 2011.
  • L’Institut de l’entrepreneuriat. À la fois centre de formation (Mastère Spécialisé Entrepreneurs), centre d’accompagnement des créateurs et entrepreneurs, et centre de recherche sur l’entrepreneuriat, l’Institut est au carrefour de toutes les composantes de l’école pour cette thématique.

 

Limites et questionnement

  • L’engouement suscité par l’entrepreneuriat génère un trop plein d’acteurs, de nature et de qualité très variables. Un phénomène bien français que l’on retrouve dans nombre d’activités où associations, entreprises de conseil, collectivités locales, État… investissent la thématique tous azimuts la rendant peu lisible et confuse. Concurrence et cannibalisation font rage entre acteurs dont la légitimité laisse quelque fois à désirer. Un porteur de projet au plan local a même intérêt à établir une cartographie des acteurs avant d’aller frapper à la première porte ! Sinon il risque d’y perdre beaucoup de temps !
  • Tout le monde ne peut pas être entrepreneur. J’ai déjà abordé cette question précédemment mais il est bon de rappeler que la création est un parcours du combattant. Notre pays ne valorise ni le risque ni l’échec, inhérents à la création, il faut donc savoir les vivre et les surmonter.
  • Le statut « étudiant entrepreneur » est une bonne chose mais il faudrait qu’il soit accessible à tous, directement.
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Commentaires (2)

  1. Laura Ricci

    Bonjour Monsieur,

    Votre article m’a beaucoup intéressée.

    Cependant, en tant qu’employée dans une PME, je me pose une question : à force de parler et de valoriser seulement l’entrepreneuriat, on efface le travail de tous ceux qui permettent aux entrepreneurs de créer et de développer leurs projets, voire, pour aller plus loin, de de toutes celles et ceux qui jouent un véritable rôle social, mais qui ne sont pas reconnus : les « petites mains », les femmes de ménage, les ouvriers, le personnel de santé, les travailleurs sociaux… tous les petits salaires qui ne font pas la une des médias (sauf quand on parle de conflits sociaux).

    Peut-être suis-je hors sujet par rapport à votre article, mais bien qu’intéressée et stimulée par les innovations, les idées, les projets, etc., je commence à être lassée par l’apologie de l’entrepreneuriat.
    Ca ressemble à de l’élitisme qui, au lieu de tirer tout le monde vers le haut, nous divise et exclut les « non-entrepreneurs » en les rendant invisibles et non-méritants.

    Bonne continuation à vous,

    Laura Ricci

  2. Pingback: Les grandes écoles peuvent-elles former des entrepreneurs ? | Blog Headway

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