Le blog de Jean-François Fiorina

Relations grandes écoles-entreprises, comment ça marche ? L’exemple d’Accenture

relation ecole entreprise

J’interroge régulièrement les acteurs de l’écosystème des business schools. Aujourd’hui, Accenture nous explique comment cette éminente entreprise de consulting gère sa relation avec les grandes écoles où elle recrute ses jeunes talents. On y parle de U-Team Leader et U-Team Champion avec Catherine Ferreira, Victoire Jaubert et Gaël Barjot. Décryptage.

Jean-François Fiorina (JFF) : Quels sont vos parcours et fonctions dans le cadre des relations entreprises au sein d’Accenture ?

Catherine : Je suis une ancienne de GEM – promotion 2001. J’ai toujours travaillé dans le conseil. Chez Accenture Strategy, je suis senior manager, au sein de la Practice Talent & Organization. Nous adressons les problématiques humaines des grands projets de réorganisation.

Victoire est chargée des relations écoles, c’est mon relais pour toute l’animation de la communauté GEM Accenture. Chaque communauté est animée par deux personnes qui sont les points de contact avec les écoles : le U-Team Champion – c’est moi pour GEM – et le UTeam Leader qui est au plus près des anciens des écoles dans l’animation, éligible à partir du grade de manager. Deux events par an réunissent la communauté des Gemiens chez Accenture : c’est vraiment du networking. L’organisation est toute simple, autour d’un pot, avec la chargée des relations écoles qui donne les chiffres, un up-date sur ce que deviennent les anciens,  ce que sont les perspectives de recrutement pour l’année…

JFF : Est-ce que les communautés admettent les stagiaires, les alternants, les césures des écoles ?

Victoire : Oui, à une nuance près : la réunion de rentrée et la réunion de bilan, effectivement tombent un peu mal pour les stagiaires. Ils ne sont pas encore arrivés pour la réunion de rentrée, et déjà partis pour la réunion de bilan ! Mais beaucoup de nos stagiaires entreront dans l’entreprise en CDI, à 70 %. On capte donc très bien les nouveaux entrants CDI qui arrivent en septembre.

JFF : Les communautés existent-elles pour l’ensemble des écoles françaises ?

Victoire : de plus en plus. Traditionnellement, nous avons tendance à créer des communautés pour celles qui comptent le plus grand nombre d’anciens dans nos rangs. Ce sont elles qui vivent le plus longtemps et le mieux.

JFF : Y a-t-il une émulation interne, inter-écoles pour avoir le plus de collaborateurs recrutés ?

Victoire : Les meetings sont faits pour activer le réseau en interne entre anciens mais aussi pour promouvoir Accenture auprès de l’école.

JFF : Vous êtes chargées des relations écoles, quel est le lien avec les U-Team leaders et champions ?

Victoire : nous travaillons main dans la main, Catherine est plutôt la chef des Alumnis, c’est la U-Team Champion puisqu’elle est diplômée de l’école. Elle est la mieux placée dans cette relation école-université, elle connaît le réseau, a la vision d’une ancienne élève.

Comme je m’occupe de plusieurs établissements, j’ai une vision globale sur les formations mais pas dans le détail de chaque communauté. On se complète bien. Tout est préparé ensemble que ce soit la réunion de rentrée, la réunion de bilan, les différentes actions avec les écoles.

JFF : Est-ce que les U-Team leader ou les U-T champion peuvent intervenir en cas de conflits impliquant un diplômé GEM chez Accenture ?

Catherine : non et cela ne m’est jamais arrivé. Chez Accenture, il y a plusieurs niveaux de médiation possibles, il y a un counsellor qui est tout à fait autre chose que le UT Leader ou UT Champion. En cas de conflit entre un salarié et son supérieur, et en cas de médiation nécessaire, cela peut passer par les RH ou par le counsellor qui est dans son équipe, au plus près des projets.

Victoire : La communauté ne prend pas la place du counsellor ou d’un interlocuteur RH. Catherine : Il y a également un réseau Accenture d’advocacy (NDLR : système de défense des intérêts respectifs des parties prenantes). Nous sommes vraiment dans l’animation des réseaux des anciens et non dans l’intervention sur des missions ou des conflits internes. Il y a d’autres dispositifs pour palier à ces questions-là.

JFF : Excusez-moi pour le mot un peu brutal, ces communautés à long terme ne font-elles pas « mafias » internes ou ne génèrent-elles pas des conflits entre les différentes écoles ?

Victoire : Non au contraire. Les écoles de commerce prônent le réseau, nous conservons cette histoire et ce lien de promotion à l’intérieur d’Accenture mais pas au-delà. Nous travaillons beaucoup en équipe dans l’entreprise, quels que soient les identités, les branches, les écoles : une personne qui sort d’une école d’ingénieur sera susceptible de travailler avec une autre qui sort d’une école de commerce.

Nous organisons des challenges U-Team, chaque année. Cinq prix sont offerts : U-Team la plus prometteuse, U-Team la plus digitale, etc.

JFF : Catherine, avez-vous des jours dédiés à cette fonction U-Team ?

Catherine : non, c’est sur la base du volontariat.

JFF : Comment est perçu GEM chez Accenture ?

Victoire/Catherine : Lorsque l’on se présente dans une réunion, on va plutôt dire, « j’ai fait une école de commerce » ou « … d’ingénieur » que le nom de son école d’origine. Comme il y a beaucoup de diversité de profils, on ne va pas tout de suite entrer dans une case.

JFF : Des qualités ou un ADN particuliers qui reviendrait systématiquement quand on parle de GEM ?

Catherine : À ma connaissance non. On est plutôt très bien représentés dans la Practice Strategy. Les consultants sont identifiés plutôt par rapport au goût que l’on a pour la matière et le métier que l’on développe.

JFF : Victoire, quelles recommandations vous a-t-on donné concernant les écoles ? Maintenir des relations ? Les développer ?

Victoire : Nous nous efforçons de garder de bons contacts avec les écoles pour lesquelles les recrutements sont intenses.

GEM est dans la moyenne, question représentation des réseaux d’anciens chez Accenture. Ce n’est pas toujours le nombre qui déclenche la création d’une U-Team, certaines ont un effectif de 15 diplômés, d’autres 150. GEM se situe dans la moyenne soit une cinquantaine, son effectif croît de manière continue au fil des années, cela dépend aussi des promotions.

JFF : À vous de me poser des questions ! Que pensez-vous de notre communication en direction des anciens et avec Accenture ?

Catherine : Sur la partie anciens je peux répondre, je trouve qu’il y a beaucoup de communication dans un sens très positif. En plus, l’école a un campus parisien. L’école me paraît très dynamique. Pourvu que l’on soit inscrit finalement dans l’Association des anciens… c’est plutôt moi qui ait du mal à participer !

Victoire, est-ce que GEM a une communication particulière, niveau Alumnis ou Accenture?

Victoire : On arrive avec certaines écoles à mettre en place des actions plus personnalisées comme faire une présentation pour une cible bien précise. La difficulté de GEM, c’est la distance géographique… Que l’on rencontre avec d’autres… Je sais cependant qu’on peut vous joindre facilement.

JFF : Y a-t-il de bonnes pratiques à développer ?

Victoire : Que des anciens de l’école et actuels Accenturiens viennent faire une présentation en amphi. Beaucoup d’écoles le font.

Dans certains établissements, nous organisons des ateliers. L’objectif est d’apporter un service aux étudiants en leur donnant des conseils pour leurs CV, les réseaux sociaux, comment réussir son entretien de recrutement. Nous sommes présents mais sans faire la promotion d’Accenture.

Catherine : Avec qui, par exemple ?

Victoire : L’ENSIMAG, une école d’ingénieurs de Grenoble d’ailleurs, pendant leur semaine carrières. C’est un professionnel qui vient expliquer comment faire un CV. J’y vais avec ma casquette RH et une autre personne qui explique le processus de recrutement, comment s’y préparer, quel cursus elle a suivi… Voilà ce que l’on peut faire. Les étudiants se souviendront peut-être d’Accenture comme organisateur, ils se serviront de nos conseils même s’ils ne sont pas intéressés par l’entreprise elle-même.

JFF : Le digital va-t-il transformer les relations entre les entreprises et les écoles ?

Victoire : Pour moi non, nous sommes vraiment dans l’ère digitale du recrutement, les écoles s’y mettent. Mais je pense que les rencontres physiques existeront toujours de même que les forums. Dans les écoles, nous mettons de plus en plus en place des conférences mais l’étudiant cherche quelque chose d’individuel comme les ateliers. C’est ce qu’ils apprécient. Finalement dans un atelier « traditionnel », la personne sort son dossier papier, c’est toujours plus pertinent et efficace.

JFF : Une dernière question pour vous deux, le principal point fort de GEM ?

Catherine : Quand je suis rentrée à GEM, c’était le management technologique.

JFF : oui, il y a toujours une forte dominante technologique dans l’école.

Gaël (un gemiem d’Accenture qui se joint à la discussion) : Si je peux compléter, c’était technologique et interculturel quand je suis arrivé.

JFF : C’est l’innovation maintenant.

Catherine : L’image que j’en ai, c’est son côté franc-tireur, innovateur. La « petite » qui joue des coudes.

JFF : Et Victoire ?

Victoire : Je pense ne pas avoir assez de recul pour l’instant ni suffisamment connaître la formation mais GEM reste traditionnellement bien « collée » aux grandes écoles parisiennes de business.

Je pense que l’école est persévérante. Avec les classements, elle a bien réussi à tenir la longueur. GEM préserve quand même très bien ses positions.

JFF : Et pour vous Gaël ?

Gaël : Son positionnement unique, son agressivité, et surtout sa dimension technologique et interculturelle.

Victoire : Le rôle de la U-Team, c’est aussi de cultiver cette identité à l’intérieur du groupe. Vous le faites de votre côté, en créant du lien avec vos étudiants et, nous, en tant qu’anciens de GEM et actuels Accenturiens.

JFF : C’est à nous de travailler la mise en avant des compétences spécifiques de nos écoles : le management technologique d’innovation, la compréhension géopolitique du monde pour développer notre offre dans les entreprises.

Deuxième point, j’ai été très heureux, Catherine, que vous évoquiez la bonne communication entre nous. Nous sommes une école jeune et nous savons que, dans les prochaines années, ce qui fera la force d’une marque, c’est le réseau et le dynamisme de ses anciens. Nous devons franchir de nouvelles étapes : on sait que les Alumnis d’une école commencent à se replonger dans l’univers de leur école après 15/20 ans de vie professionnelle. Il y a eu la vie de famille, les évolutions de carrière et on se dit « Tiens je dois aussi tout ce parcours à mon école » et on y revient…

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