Le blog de Jean-François Fiorina

COP21 et business schools : comment gérer la menace fantôme ?

COP21, enseigner le climat

À la veille des conclusions de la COP21, quelle parole pour les écoles de management ? Tout comme la cybersécurité (cf mon entretien avec le CIGREF) ou le terrorisme, la menace climatique est invisible mais omniprésente. La réduction des gaz à effet de serre pour les entreprises pose ainsi la question de la prise de conscience, du management et de la vision stratégique avant d’aborder celle de la technique ou du savoir faire métier. D’autant que les entreprises attendent des décisions claires et durables comme le montre la récente étude de l’Institut Montaigne ou qu’elles s’engagent déjà, de manière forte, comme ces 114 multinationales au sein du Global Compact, dans le cadre de la COP21.

Enseigner le climat ? Question volontairement provocatrice mais qui souligne un enjeu fondamental pour les écoles. Comment enseigner une telle discipline, extrêmement complexe, invisible et transverse ? Existe-t-elle d’ailleurs ? Comment intégrer cette demande de contenus dans nos enseignements sans éditer une énième liste à la Prévert pavée de bonnes intentions, de bonnes pratiques sans lendemain ? Comment ne pas entrer dans la seule logique technicienne ou purement métier ?

Les spécificités de notre école – innovation, diversité, géopolitique – vont nous aider à aborder cette question en prenant de la hauteur, en misant sur l’éducation. Pourquoi ?

Parce que c’est un besoin – et un engagement – des entreprises :

 

L’Institut Montaigne dans l’une de ses récentes études montre l’importance qu’attachent les entreprises à ce sujet. Elles ont besoin de clarté, de lignes directrices, de durée pour s’engager.

Nombre de mesures ont été prises sans tenir compte de leurs effets rebonds :

  • Perception négative des questions environnementales réduites à des réglementations complexes, contradictoires, voire inapplicables. Barrières à l’export pour le made in France vs importation massive de produits « climato unfrendly » !
  • Effets d’aubaine non maîtrisés par l’État. Rappelons-nous l’effet désastreux de l’épisode électricité photovoltaïque sur les entreprises ! À force de réduire le modèle économique à néant par la diminution progressive du tarif de rachat par EDF, le résultat s’est soldé par des dépôts de bilan à la chaîne dans les cabinets d’audit énergétique et les entreprises d’installation de panneaux photovoltaïques. Une casse sociale sans précédent, un message totalement contreproductif. Quel gâchis et quel démarrage de l’économie verte à la française alors que le potentiel est bien réel !

Le programme de l’ONU, Global Compact, mobilise les grandes entreprises mondiales, de Coca Cola à L’Oréal en passant par Dell. Lors de la COP21, 114 d’entre elles se sont engagées à réduire, par an, l’équivalent des émissions de gaz à effet de serre de 125 centrales à charbon !

Parce qu’il faut penser stratégie et management

 

Si le développement durable et les questions climatiques intéressent les étudiants, les emplois dans ces domaines resteront en nombre limité. Il faudra bien sûr des consultants spécialistes et des techniciens mais point de « responsable climat » ou d’embauches pléthoriques.

  • C’est une culture globale et managériale que nous devons insuffler à nos étudiants plus qu’une spécialisation verticale. Il y a d’autres écoles pour ces types de profils. Les écoles de management doivent investir la recherche de nouveaux modes de management et de gouvernance, de nouveaux business models climato friendfly à l’intérieur des grands groupes industriels mais également dans les start-ups, poissons pilote de l’innovation. Notre valeur ajoutée est là. Les cabinets d’audit comme Accenture mettent, d’ailleurs, en exergue la forte valeur ajoutée des industries non carbonées.
  • L’économie verte, l’économie circulaire ne sont pas des utopies. Les entreprises s’intéressent de près à ces modèles vertueux qui non seulement limitent les coûts, mutualisent, mais créent de nouvelles richesses. Plusieurs zones industrielles en France dont Centr’alp près de Grenoble ou Feyzin près de Lyon, expérimentent la circularité de l’économie très concrètement.
  • Les grands groupes interrogent leur modèle tels qu’Engie ou Suez dans une perspective économique et… géopolitique. Des pionniers sont maintenant devenus des industriels à succès, inventeurs de modèles économiques totalement inédits basés sur le cycle de la nature, la valorisation des déchets, l’engagement citoyen ou environnemental. Gunter Pauli fait partie de ces leaders de l’économie « bleue » comme il l’appelle et non plus « verte », peut-être déjà dépassée ? Cet entrepreneur et industriel a créé en dix ans, l’équivalent de 3000 emplois.
  • Je voudrais souligner le risque de décrochage des PME qui n’auraient pas la capacité d’intégrer ces nouveaux modèles. C’est un enjeu économique et social essentiel. Le développement de la nouvelle économie qu’elle soit environnementale ou numérique doit intégrer toutes les catégories d’entreprise en créant des écosystèmes participatifs. La puissance publique a un rôle de facilitateur et de stratège en la matière. Certains gouvernements européens l’ont déjà bien compris en appuyant le développement de leurs entreprises à l’international et/ou sur des secteurs à faible densité carbone, de manière forte et intégrée.

Parce que la société attend des réponses

 

Et tout particulièrement de la part des entreprises et des entrepreneurs, à l’heure où les États ne disposent plus de marges de manœuvre suffisantes. Nous formons ces nouvelles générations ! C’est donc par l’éducation, la recherche, l’innovation, le management dans toutes ses dimensions que nous ferons émerger cette nouvelle économie « climato compatible ». Notre rôle en tant que business schools est d’anticiper et d’accompagner ces mutations, de manière très concrète, par la recherche opérationnelle et par la formation de managers responsables et créatifs. C’est à la fois le rôle d’une école de management pour les entreprises et la société.

La Cop21 est un événement important que j’ai traité sous plusieurs angles : pédagogique et en tant que directeur de grande école de management (dans ce blog), mais également dans mes notes géopolitiques, sous le prisme, la semaine dernière, de la criminalité écologique et demain sous un angle géopolitique, Gouverner par le climat ?

Voir également mes tribunes dans the huffington post, de la semaine dernière. Et une autre en fin de semaine qui reprendra la synthèse de l’accord !

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