Le blog de Jean-François Fiorina

Le salon BETT de Londres ? Bombe à retardement pour notre système éducatif !

école du futur, école low cost

London BETT show, Education Technology

Suite de mon Education Discovery Tour ! Après Berlin voici ce surprenant salon des nouvelles technologies éducatives de Londres fin janvier. Quelle affluence ! « The place to be », les plus grandes firmes de l’IT, les EdTechs en passant par les Institutionnels présentent leurs technos, leurs solutions, leur vision de la pédagogie. Le futur de l’éducation se construit sous nos yeux. Je partage avec vous ce retour d’expérience avec enthousiasme – je suis un très bon public pour ce type de manifestation ! – et une inquiétude, si nous ne prenons pas rapidement le tournant, notre système éducatif va exploser…

De tous les salons « éducation » auxquels j’ai participé (hors prospection et marketing des programmes pour GEM), c’est le plus impressionnant. Surpris par la diversité des visiteurs ! J’ai même vu des groupes d’écoliers déambuler. Une très bonne idée, d’ailleurs, cela permet d’avoir automatiquement l’avis des plus jeunes et d’observer leur réaction. Par contre, le retour en classe risque d’être difficile et compliqué pour leurs enseignants quand ils constateront les différences entre ce qu’ils ont vu et ce qu’ils ONT !

Les « grands » font leur show (Microsoft, Apple, Google, HP) côtoient les EdTechs. Des stands très pros qui montrent un réel investissement et des animations très « fun » sur les stands. On voit bien que c’est le salon qu’il ne faut pas manquer.

Autre remarque, cette-fois très géopolitique, la présence de stands nationaux : Émirats Arabes Unis, Corée du Sud, Israël, Singapour, Islande, pays nordiques, la Turquie, et ouf ! La France.

Une confirmation de ce que je dis depuis quelques temps, l’importance des Etats dans la stratégie éducative également composante efficace de soft power. Des secteurs qui vont se développer et donc recruter.

J’espère que Najat Valot-Belkacem qui s’est rendue sur ce salon fera tout pour créer et développer une filière française des EdTechs que j’appelle de tous mes vœux. Il faudrait absolument que la BPI s’empare également de cette thématique.

Remarque philosophique

Passionné par toutes ces évolutions, je suis naturellement bon public et admiratif de tant d’innovations. No limit dans le cours et la notion de plaisir d’apprendre, d’enseigner. C’est bien, très bien, même s’il n’est pas facile de s’approprier au quotidien ces nouvelles méthodes pédagogiques, de suivre leur très rapide évolution.

Le ministère de l’Education nationale va devoir s’emparer de ce sujet et l’intégrer dans ses formations. Il serait également pertinent que les études de doctorat comportent pour ceux qui se destinent à l’enseignement de véritables modules de pédagogie. Ce qui se passe est absolument fabuleux mais si rien n’est fait, notre système scolaire explosera.

Que retenir ?

6 grandes thématiques :

1)   Les plateformes complètes d’enseignement, généralistes ou spécialisées. Objectif : le tout en un. Le professeur construit son cours, suit ses étudiants, les évalue, communique avec eux et leur entourage (quand ils sont mineurs),

2)    Des Systèmes d’Information dédiés pour supporter et faciliter la mise en œuvre de toutes ces technologies,

3)   L’assessment (ou évaluation), déjà abordée dans mon post « retour d’expérience »  Online Education Berlin,

4)   L’équipement de la salle de classe avec un grand nombre de stands proposant des écrans / tableaux de différentes tailles et des moyens d’interactivité,

5)   Les robots. Pour l’instant plus orientés vers un usage d’apprentissage du code et pour les Sciences de l’ingénieur,

6)   Le sensitif avec des classes immersives.

Deux stands sur la cybercriminalité : une préoccupation croissante au vu du nombre de données que possèderont les institutions d’enseignement et les acteurs de leur écosystème.

Des Regrets

  • Les stands des « poids lourds » sont pris d’assaut donc difficile de discuter et de les découvrir dans de bonnes conditions,
  • Surpris de la faible présence des big data, de la réalité augmentée, des serious games, encore moins de Mooc. Ils ne sont pas dépassés mais arrivent à maturité avec une professionnalisation et une  institutionnalisation des acteurs.

Des coups de cœur…

J’ai flashé sur ces produits. Gadget ou pas, utile ou pas, je ne sais pas. Seule, une utilisation permettrait de le savoir. Mais cela montre bien qu’il y a beaucoup de créativité et plus aucune limite autour d’une salle de classe ou d’un cours :

Et Ma sélection de solutions de photos prise sur le salon pour l’école du futur via Pinterest.

 

Un tel foisonnement d’idées, de technologies et d’applications possibles pose question. Comment s’approprier ces outils, les intégrer au quotidien, les tester? Comment former le corps professoral et préparer les élèves ! Il faudra faire des choix, alignés sur la stratégie des établissements, sur la création de valeur. D’où la nécessité de construire des dynamiques de laboratoires pédagogiques où se mêlent de la veille, du filtrage, des tests grandeur nature…

Autre question, le coût de cette mutation. Qui va payer l’augmentation inéluctable des budgets d’investissement et de fonctionnement ? J’imagine des collaborations, des mutualisations. Chaque établissement ne va pas pouvoir tout assumer.

Mais comme l’explique la récente étude de l’Université de Louvain sur l’Université en 2035, les étudiants s’attachent d’abord au sens de leurs études, au besoin de compagnonnage avec les professeurs qu’à la multiplication des outils digitaux. C’est à la fois rassurant puisque comme je l’ai toujours dit, nous assistons au grand retour de la pédagogie mais ne nous trompons pas de combat, la mutation digitale de l’enseignement/formation est en route. Le changement des usages et des modèles fait exploser nos certitudes. Pour nos établissements, ce sont autant de défis que d’opportunités ! Et si l’Education nationale ne s’approprie pas rapidement cette nouvelle manière de penser le fait d’enseigner, le risque d’explosion sera réel.

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Commentaires (3)

  1. Yves Epelboin

    Il y a plus grand encore : Educause aux Etats-Unis. Une délégation de dix français y participait cette année. Nous en faisons le compte-rendu le 12 février matin à l’AMUE. Un document est en cours d’écriture.

  2. Gnanou Edgard

    Merci Jean-françois, pour ce reportage ! Un vrai plaisir ces innovations. Je suis également bon public et en même temps avide d’imaginer les situations où je pourrais tester les techniques. Finalement, je sens que le compagnonnage n’excluent pas ces techniques mais lui donne de l’élan. il est de plus en plus vrai que pour peut qu’on s’y attarde un peu après un cours, les élèves sont demandeurs d’un accompagnement, de débats, et pas seulement sur un sujet mais sur un large spectre de problématiques liés au sujet ou pas.

  3. Yves Epelboin

    Le rapport sur Educause est sorti. On y trouve un chapitre sur la partie salon : http://formation.unpidf.fr/fr/mediatheque/media-54

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