Le blog de Jean-François Fiorina

Paradis fiscaux, faut-il les enseigner ?

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Que faire ? Depuis quinze ans, j’ai pris le parti de parler des paradis fiscaux, dans un souci de transparence, sans manichéisme. Parce qu’il s’agit de géopolitique et de culture générale. J’ai d’ailleurs écrit, fin 2015, une Note Clé à ce propos ainsi qu’une tribune dans le Huffington Post, sans compter mes conférences et mes cours qui abordent le sujet. Rassurez-vous ! Les directeurs de GEM ne sont pas sur la liste des Panama papers !

Expliquer n’est pas cautionner. Et selon mon expression favorite, cela peut être légal mais pas du tout moral. Cessons d’être naïfs, nous ne vivons pas dans un monde de « bisounours ». Les paradis fiscaux existent. Je fais également référence à un entretien avec Jean-François Gayraud, spécialiste de la criminalité géo-économique. Oui, il faut en parler dans une logique d’explication et non d’optimisation. Que sont les paradis fiscaux ? Les montages financiers ? Quelles questions et enjeux soulèvent-ils ? Quelles dérives ? Cela fait partie de la culture générale de la mondialisation que j’appelle aussi de la géopolitique… Plus il y aura de transparence, plus il y aura de connaissance sur les paradis fiscaux, plus leur influence et la tentation de les utiliser diminueront.

Comme directeur d’école, les questions d’éthique et de leadership sont centrales. Et les plus délicates à gérer. Nous sommes face à un système mais surtout face à des hommes et des femmes, parties prenantes d’un système. Comme l’expliquait avec pertinence Jean-François Pépin, délégué général du CIGREF (association et fondation « grandes entreprises et numérique ») dans notre entretien sur la cybercriminalité, « ce n’est pas un problème technique mais un problème de management. Tout dirigeant est responsable de ce qu’il choisit d’ignorer » Sic ! Le sujet dépasse largement le seul périmètre des paradis fiscaux pour englober la criminalité économique au sens large.

Comment former et préparer nos étudiants à affronter de telles situations dans les années à venir quand ils seront en situation de responsabilité dans les états-majors ? C’est la mission d’une business school. Comment éviter qu’ils mettent « le doigt dans le pot de confiture » ? Dans une salle de classe, aujourd’hui, quasi 100 % de l’effectif va trouver cela odieux. Il n’empêche que quelques uns seront tentés et franchiront la ligne jaune. Par frustration, ego, appât du gain, logiques de pouvoir ou de pressions internes… Que faire ? Comment préparer l’être humain à ce genre de situations complexes ?

Nous devons aborder ces sujets difficiles liés à la criminalisation de l’économie. La mondialisation offre beaucoup d’opportunités positives mais également des externalités négatives. Il faut garder l’esprit critique et ouvrir le débat avec des intervenants extérieurs membres d’ONG ou de la société civile dans nos formations ou lors d’événements spécifiques.

Un des arguments est, bien sûr, d’insister sur les conséquences des paradis fiscaux sur les États, les sociétés humaines donc sur nous tous. Pour, là encore, susciter une réflexion éthique sans angélisme ou naïveté. Comme citoyen économique et citoyen tout court, Homo œconomicus et Homo sapiens

La réflexion sur la criminalité doit se poursuivre au-delà de cette question des paradis fiscaux comme celle du terrorisme, des cyber attaques sous l’angle de l’entreprise et des contributions possibles à la géopolitique.

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