Le blog de Jean-François Fiorina

Coup de Klaxoon sur la Edtech qui monte… rencontre avec son créateur

KlaxoonBox lifestyle overhead BD

©DR

Pas geeks les pédagos français ? Contre-exemple avec Klaxoon, cette start-up basée à Rennes à qui l’Amérique fait les yeux doux : Stanford, New-York University s’y intéressent de près… Un concept d’apprentissage innovant et interactif pour les entreprises réinventé pour l’enseignement supérieur et le grand public. Rencontre avec son créateur Matthieu Beucher.

 

Jean-François Fiorina : Matthieu Beucher, vous êtes un serial entrepreneur, après avoir créé l’entreprise Regards en 2009 pour former de manière innovante le personnel des entreprises, vous lancez Klaxoon, un des fleurons de la Edtech française pour l’Enseignement supérieur et le grand public. Quel est votre parcours ?

Matthieu Beucher : Avant de lancer ma première entreprise j’ai travaillé une dizaine d’années dans l’industrie. J’ai commencé en tant qu’ingénieur R&D chez Daimler, à la production chez Valeo, également dans le conseil pour Alten. Du design à la conception, de la production à l’accompagnement client, j’ai parcouru des environnements très différents qui m’ont beaucoup appris.

Matthieu Beucher Groupe Regards

Matthieu Beucher ©Frenchweb – Joseph Postec

Fin 2008, la crise financière a fortement secoué l’industrie. Le réveil a été brutal pour beaucoup d’entreprises. J’ai constaté qu’il était très difficile de comprendre les mécanismes en jeu. Dans un monde clairement interdépendant je me suis dit qu’il était temps d’imaginer des outils plus efficaces pour assurer le partage des connaissances.

C’est un point qui m’a toujours interpellé : la façon dont les gens apprennent les uns des autres. Je baigne dans ce questionnement depuis tout petit ! Mes parents sont professeurs, ma femme également. J’ai toujours porté une attention particulière à l’éducation … J’ai donc décidé de devenir entrepreneur, pour imaginer de nouvelles façons d’apprendre.

C’est toute l’ambition de Regards, qui est à l’origine de l’aventure Klaxoon. Faciliter l’apprentissage dans le monde professionnel. Pendant sept ans nous avons beaucoup travaillé avec les grandes entreprises pour proposer des outils innovants pour des apprentissages plus interactifs, plus dynamiques. Nous avons souhaité bousculer le e-learning en proposant des formats plus vivants et plus adaptés au rythme de la vie professionnelle.

Nous avons voulu tirer des enseignements de toute cette expérience accumulée avec les entreprises. Nous avons toujours eu en tête de proposer un produit qui ferait la synthèse de toutes les bonnes idées expérimentées avec les clients de Regards et qui serait accessible au grand public professionnel. C’est ainsi qu’est né Klaxoon. Avec cette même idée de simplification de l’apprentissage, de changer la posture de la personne qui souhaite transmettre, de quitter le schéma classique de la formation ou réunion descendante en entreprise, avec les outils de présentation classique à faible efficacité.

Le projet de R&D a commencé début 2013. 18 mois plus tard la version bêta était lancée avec quelques grands clients et, officiellement sur le marché en Mars 2015. Au total nous avons recruté une quinzaine de talents et investi plus d’un million d’euros pour concevoir la première version de Klaxoon. Et la KlaxoonBox.

Klaxoon Box lifestyle

Klaxoon Box ©DR

Jean-François Fiorina : Des professionnels de l’éducation vous ont-ils aidés dans le montage du projet ? Des diplômés de sciences de l’éducation, des pédagogues spécialisés ?

Matthieu Beucher : Oui ! on s’est beaucoup appuyé sur l’expertise accumulée à travers Regards, qui totalise une vingtaine d’experts en pédagogie issus de diverses formations.

Au-delà de la pédagogie, Klaxoon est le fruit d’une rencontre entre plusieurs expertises : développement, technologie, design… Une conception interactive, et beaucoup d’échanges. On partage les idées, on développe, on voit ce qui fonctionne et les axes d’amélioration. En termes de pédagogie, on a choisi de sortir des codes et des pratiques généralement utilisés dans l’éducation ou le monde professionnel.

Klaxoon est une solution qui va permettre à n’importe qui d’être autonome dans le transfert d’une connaissance, sans être noyé dans la technicité.

La solution est construite autour de learning techniques qui ont fait leur preuve mais l’expertise pédagogique doit s’effacer lorsque que le client utilise la solution, et c’est une des forces de Klaxoon. Nous utilisons un vocabulaire très simple, compréhensible par tous. Ceci demande un vrai effort, des mois et des mois de travail. On s’inspire des pratiques grand public, de Twitter par exemple, qui pousse le créateur de contenu à faire un effort de synthèse, un exercice très bénéfique pour l’apprenant.

Klaxoon Devices

©DR

Nous sommes convaincus qu’il vaut mieux faire 10 questions très light qu’une question trop complexe. Toute cette philosophie est présente dans la solution. Il y a une discussion agile permanente dans nos équipes pour rendre Klaxoon facile d’accès.

Il n’y a même rien à installer pour utiliser Klaxoon. Avec le cloud la solution est disponible partout et tout le temps et avec la box, l’accès à cette solution est possible même sans Internet. Toutes ces dimensions-là sont issues d’un effort de simplification pour lever les barrières à l’interactivité en session de travail.

Jean-François Fiorina : Combien de personnes travaillent chez Klaxoon ?

Matthieu Beucher : Klaxoon c’est une équipe d’une trentaine de collaborateurs : 15 personnes côté R&D/Conception, 15 sur la partie accompagnement client.

La croissance est forte, ça grandit très vite. Il faut accompagner nos clients dans la conduite du changement, être présent auprès d’eux pour les former. Surtout lorsque l’on a 50.000 utilisateurs dans 114 pays ! D’où notre voyage aujourd’hui à New-York pour aller à la rencontre de nos utilisateurs sur le marché américain, pour comprendre comment on peut les accompagner, les former et les outiller de manière encore plus simple. L’équipe a vocation à grandir, autant sur le côté technique que sur le côté accompagnement client pour soutenir notre développement viral.

Jean-François Fiorina : votre business model si on devait le définir ?

Matthieu Beucher :

Notre business model est orienté licence utilisateur. Il y a 500 millions d’utilisateurs de Power-Point, on pense que pour beaucoup d’entre eux on peut les aider à faire mieux au quotidien. Klaxoon a vocation à équiper un individu avec une licence qui lui est propre. C’est la formule à partir de 49€ par mois. Il y a également le système de box qui vient étoffer le service pour s’affranchir des contraintes d’accès à internet. Ces box sont en modèle locatif à partir de 99€ par mois.

Jean-François Fiorina : votre financement c’est 100% Regards et financements français ? étrangers ?

Matthieu Beucher :

Klaxoon est une solution 100% Made in France ! Nous nous sommes totalement autofinancé jusqu’à maintenant.

A présent, nous entrons dans une période où la croissance est vraiment très forte et les opportunités nombreuses. La question de la levée de fond va devenir brûlante pour se donner les moyens d’accélérer.

Jean-François Fiorina : Est ce que les responsables de formation ou les acheteurs aux USA ont les mêmes types de réactions que des acheteurs français ?

Matthieu Beucher : je peux vous parler de notre expérience au CES, avec l’Award que l’on a reçu en janvier 2016. Une semaine à Las Vegas qui nous a permis de croiser le monde entier, des universités, des entreprises et également beaucoup de Français. En quatre jours nous avons eu la chance d’avoir un aperçu du paysage nord-américain et du niveau d’attente du marché. Ce qui nous a beaucoup marqué aux Etats-Unis c’est le lien qui unit les entreprises et les universités. On sent qu’il y a une belle relation entre eux avec beaucoup d’échange, de partage. Le monde professionnel est à l’écoute des bonnes pratiques mises en place à l’université. Et inversement !

Les entreprises qui sont venues nous rencontrer telles que Nike, Dell ou même Intel, n’hésitaient pas à nous demander : « super ! Mais qu’en pensent les universités ? ».

Nous avons eu également la chance d’avoir de très bons retours des universités américaines. « C’est pertinent !» « On n’a jamais vu ça ! »

D’ailleurs cet intérêt des universitaires se poursuit puisque nous avons attisé la curiosité de l’université de Stanford qui nous a contacté, nous avons réalisé une démo à l’Université de New-York et nous sommes en test avec le MIT.

On sent qu’il y a une place pour Klaxoon. Les entreprises américaines ont à cœur d’apprécier les entreprises qui ont su clairement identifier quelle était leur valeur ajoutée. Nous travaillons beaucoup sur cet aspect-là puisque Klaxoon peut apporter beaucoup sur différents axes. En outre, Les américains sont très friands des métrics que l’on met à disposition pour trouver la meilleure manière d’évaluer les effets positifs de Klaxoon sur la mémorisation, la créativité et l’efficacité.

Klaxoon Results HD

Dans le même temps, en France, nous avons de plus en plus de démarches avec le monde éducatif. Et nous sommes surpris par l’accueil très positif que reçoit Klaxoon.

Je repense notamment à notre premier test avec l’université de Rennes 1 en 2014 dans un amphi de 300 étudiants en licence économique. Les enseignants ont été, à notre grande surprise, très ouverts à passer d’un format de cours très descendant à un format interactif. C’est une attitude que nous avons souvent rencontrée : des enseignants dans un milieu qui parait très cadré mais qui sont prêts à être très créatifs et à bouleverser complètement leurs pratiques. Les pédagogies actives sont de plus en plus présentes dans le paysage. Klaxoon ouvre de nouvelles perspectives. Dans le monde Anglo-Saxon on constate également un autre manque, c’est que même si l’interactivité est parfois plus développée dans le monde éducatif, il y a une coupure nette avec les pratiques du monde professionnel. Klaxoon assure la continuité de la pédagogie active depuis l’école jusque dans la vie active.

Jean-François Fiorina : les prochaines étapes ?

Matthieu Accélérer ! Notre défi c’est de changer de dimension pour réussir à accompagner nos clients dans ces changements d’usages et de postures.

Jean-François Fiorina : des questions concernant GEM ou plus largement les écoles ?

Matthieu Beucher : j’ai quitté l’école il y a un petit bout de temps et je constate à quel point c’est en train de se transformer. J’ai quitté un monde très figé, et je découvre aujourd’hui un monde qui bouge, passionnant, plein de promesses ! J’adorerais étudier dans ce type d’environnement. Quel est votre feedback à ce sujet ? Comment vivez-vous ce changement des pratiques d’apprentissage, des relations avec les étudiants ?

Jean-François Fiorina : c’est passionnant, plusieurs remarques.

La première, puisque vous êtes parti de la formation continue, mon impression est que les entreprises sont plus avancées en matière de nouvelles pédagogies et de numérique que les écoles, et je ne parle même pas de l’université. Parce qu’il y a un aspect de duplication, de volume, qui est particulièrement important, cela s’inventait chez nous pour aller dans l’entreprise. Maintenant, c’est l’inverse.

Aux Etats-Unis, les écoles et universités font tellement de formation continue qu’elles ont une crédibilité scientifique forte. C’est ce qui explique l’effet miroir dont vous parliez.

Autre constat : l’éclatement de la promotion. À l’heure actuelle, nous n’avons pas ou nous n’avons plus, comme dans le « temps » – c’était il y a encore 15-20 ans ! -, une unité de promotion, de lieu et de formation. Tout le monde rentrait en même temps, les séquences de formation étaient alignées et l’unité de gestion était le groupe.

Si je prends mon programme « Grande Ecole », j’ai un peu plus de 3500 étudiants, il y a quasiment plus de parcours qu’il n’y a d’étudiants ! Il nous faut des solutions qui nous permettent à un moment donné de rationnaliser, d’avoir un temps de rassemblement avec des solutions qui soient très simples d’utilisation pour un étudiant à Singapour, NY, Casablanca ou Grenoble.

L’autre point, maître mot de la pédagogie en ce moment, c’est l’interactivité. Votre solution est intéressante, puisqu’en ce moment quand vous prenez un groupe, vous posez une question, vous aller perdre du temps dans le tour de table, les silences, alors que votre solution permet à l’enseignant de maîtriser la dynamique globale, les mots importants apparaissent selon leurs occurrences en nuages de tags.

Matthieu Beucher : C’est intéressant. Cela fait écho à un retour d’expérience d’une enseignante qui utilise la fonction vote/sondage de Klaxoon pour libérer la parole. Le fait de voter engage l’auditoire. Et une fois que l’on a pris position sur une question, la discussion s’engage naturellement. Alors même que depuis 10 ans, elle constatait une forte baisse de la participation des étudiants dans ces mêmes groupes. Un bel exemple d’usage ou Klaxoon booste la participation.

Jean-François Fiorina : Oui parce la pédagogie va venir renforcer tous ces outils numériques. Le prof sera encore plus au centre du dispositif, il devra scénariser son cours. Et avec une solution qui permet de valider, anticiper, accélérer ou ralentir, la session, cela devient particulièrement intéressant. Surtout dans des classes dont la population devient de plus en plus hétérogène, en termes de connaissances, de langues, de parcours, du fait de la diversité que nous avons souhaitée. Et qui maintenant est devenue réalité.

KlaxoonCloud BD

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