Le blog de Jean-François Fiorina

Accréditations et business schools : les dernières tendances

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69 écoles de management dans le monde disposent de la triple accréditation sur plus de 13 000 établissements (avril 2016). La France, très bonne élève !  Source : Wikipédia.

Il y a quelques jours se terminait la Conférence annuelle de l’EFMD à Rome, je saisis cette occasion pour faire le point sur les accréditations, l’un des facteurs de la réussite internationale des Business schools françaises. Sans elles, jamais GEM n’aurait pu atteindre son niveau. Comment fonctionnent-elles, à quelles conditions en faire des accélérateurs de changement et de développement, quelles tendances ? Fier également d’avoir reçu à Rome la nouvelle accréditation de l’EFMD pour notre Mooc « Penser global ».

Accréditations : définitions et spécificités

 

Sur les quelque 13 000 établissements qui délivrent un diplôme de management dans le monde seuls 10% bénéficient d’une accréditation internationale (chiffres fin 2012. Livre blanc des accréditations). La demande des établissements est croissante surtout dans les pays émergents à la recherche de la reconnaissance académique de leurs efforts depuis une vingtaine d’années.

On compte quatre grandes accréditations internationales : AACSB, l’historique, née en 1916 aux Etats-Unis devenue internationale dans les années 1990 ; AMBA (1967) à forte dominante britannique ; EQUIS (1997) qui résulte de la volonté de donner à l’Europe un label de la qualité des précédents ; EPAS (2005) la plus récente. Critères d’excellence et moteurs de progrès pour les business schools, les accréditations s’inscrivent dans une vision stratégique et de développement propre à chaque école. Il n’y a pas de figures imposées. C’est un préalable.

Leur vocation académique n’est pas limitative, elles s’appliquent à l’ensemble de la structure et nécessitent que toutes ses parties prenantes soient associées et convaincues. Les accréditations reposent sur des standards, des critères qualitatifs et quantitatifs. C’est un processus d’acquisition long, 4 à 5 ans, il est renouvelable dans les mêmes durées.

Pour en savoir plus sur les similitudes et différences entre les accréditations, consultez le Livre blanc sur le sujet paru en 2012, sous l’égide du chapitre des écoles de management co-rédigé avec la Conférence des Grandes Ecoles.

  • Système d’assurance qualité

Les critères d’évaluation sont communs, ils garantissent la qualité des enseignements, de la pédagogie et des établissements  C’est l’un des motifs d’adhésion au processus d’accréditation pour les établissements avec le développement de la notoriété, de l’image et de l’attractivité pour accéder, entre autres, à la dimension internationale. Cette dernière permet des accords de haut niveau avec d’autres établissements et entreprises.

  • Projet d’entreprise sur le long terme qui doit être porté par l’ensemble des parties prenantes de l’établissement

Il s’agit d’une approche globale, d’un projet d’entreprise qui doit être communiqué en interne/externe et porté par l’ensemble des parties prenantes, du corps professoral et de recherche à toutes les catégories de personnel de l’établissement et au-delà (partenaires, prestataires). C’est un projet structurant et fédérateur.

  • Évaluation par les pairs et participation aux activités

Qui mieux qu’un pair peut donner un avis sur notre métier très complexe ? Le système des accréditations fonctionne comme un réseau professionnel : c’est le « qui donne reçoit ». Chacun s’engage à plusieurs niveaux, cela peut se faire comme mentor pour accompagner les établissements dans leur démarche d’accréditation, comme membre de la PRT (Peer Review Team) lors de l’audit in situ ou dans les boards des différentes accréditations ou pour d’autres types de projets.

C’est aussi la participation aux différentes conférences (thématiques ou géographiques) qui permet de se tenir au courant des évolutions, d’échanger avec nos pairs ou avec nos partenaires. D’ailleurs, nombre de partenariats sont nés de rencontres lors de ces événements.

Petit clin d’œil, c’est le seul moment de l’année où je peux voir tous mes collègues français (ou la quasi-totalité) !

Il est également possible d’aider d’autres écoles à évoluer, à se développer, dans les PRT – Peer Review Team Evaluation – qui comme son nom l’indique évalue les écoles ou dans le Board.

Tout un écosystème s’organise autour des accréditations. L’EFMD prend, par exemple, de nombreuses initiatives pour animer sa communauté : conférences internationales, ateliers, publications, site internet… Il est important de se tenir au courant des évolutions (permanentes) des critères d’évaluation. Si la conquête d’une accréditation est une longue marche, sa perte peut être rapide et lourde de conséquences pour un établissement (fuite de candidatures aux concours, fragilisation des partenariats entreprises).

Les accréditeurs ont par ailleurs développé tout un éco-système. Par ex, pour l’EFMD :

o   En étudiant leur impact sur le territoire local et régional comme le BSIS-FNEGE.
Une initiative unique dans l’Enseignement supérieur français. Grenoble Ecole de Management a ainsi évalué son impact territorial à 437 millions € d’apport par an sur son territoire selon la méthodologie BSIS,

o   Ou leur Responsabilité Sociale et Environnementale : avec le Global Responsible leader initiative Responsabilité globale –  GRLI,

o   Partenariats (avec GBSN…).

Accréditations : les tendances, les enjeux actuels

 

  • Les récentes évolutions des critères d’évaluation

Assurance of learning : c’est la garantie que l’étudiant a effectivement bien acquis les connaissances et compétences énoncées dans le parcours pédagogique qu’il a suivi. Un process qui va au-delà de son évaluation traditionnelle. C’est à la fois une aide pour progresser en qualité et un élément de transparence pour nos parties prenantes

RSE : les notions d’éthique, de transparence, de développement durable dans les établissements sont de plus en plus prises en compte, avec des exigences plus en plus forte sur la question de la Responsabilité Sociale des Entreprises.

Risk management : point crucial s’il en est. Compte tenu des investissements toujours plus importants à réaliser en matière d’internationalisation, de pédagogie, de services aux étudiants et surtout de recrutement de talents professoraux sur un marché de plus en plus tendu, les accréditations s’orientent vers l’analyse des risques et en particulier du risque financier que courent les établissements. Quelques accidents ou scandales financiers ont obligé les organismes d’accréditation à demander à leurs audités une grande vigilance sur ces points.

  • Internationalisation

Le développement international des processus d’accréditations s’accélère. C’est une tendance de fond, tous les continents sont concernés avec de nouveaux demandeurs tels que la Thaïlande ou la Russie.

Les Chinois ont d’ailleurs intégré des méthodes pour accélérer le processus.

Les principales accréditations ouvrent des bureaux à l’international.

  • Les Nouvelles pédagogies appellent de nouvelles accréditations : EOCCS, par exemple.

La multitude des outils, méthodes et initiatives en matière de pédagogie entraînent la création de labels adaptés. C’est le cas de l’ EOCCS pour les formations online que propose l’EFMD.

Accréditations : loin d’être seules à évaluer les business schools…

 

Les accréditations ne sont pas une fin en soi. Sans stratégie et vision en amont, elles ne peuvent servir le projet d’établissement, le projet d’entreprise. Leur conquête est bien sûr un atout en matière de développement et de reconnaissance mais leur perte est également possible…

Elles ne sont, d’ailleurs, qu’une partie de la reconnaissance des établissements du supérieur. D’autres organismes d’Etat ou privés certifient et évaluent les diplômes en France :

  • CEFDG – Commission d’évaluation des formations et diplômes de gestion,
  • RNCP – Répertoire national des certifications professionnelles,
  • CGE pour les MS, MSc et Badge

Il ne faut pas aussi oublier les Classements annuels : ils figent à un instant T, la position de l’établissement. Et comme je l’ai dit dans l’un de mes posts précédents, si les JO sont organisés tous les 4 ans, les nôtres, pour les écoles de management, c’est tous les ans que nous sommes passés au crible ! Voir mon post à ce sujet.

Accréditations : quelques limites :

 

  • Les accréditations font souvent l’objet d’une critique récurrente : elles seraient facteurs d’uniformisation et de normalisation. Non. L’important, c’est la mission que s’est fixée l’établissement auxquels les critères d’évaluation peuvent donner des points d’appui pour l’amélioration continue de son projet. Cette mission est pour moi l’élément clef de l’école du futur. Je l’ai souvent dit et publié, sans mission, il sera difficile à un établissement d’enseignement supérieur d’exister
  • Les accréditations nécessitent un fort besoin d’explication, de pédagogie et d’explication auprès des parties prenantes. Vrai.
  • Les exigences et audits demandent beaucoup d’implication des personnels pour y répondre, les équipes n’ont plus le temps de souffler. Attention à la surenchère !
  • Les différents critères selon les accréditations peuvent être sujets à d’éventuelles évolutions en cours de processus.
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Commentaire (1)

  1. Thomas

    Dans cette liste des éléments qui expliquent la réussite des ESC, vous oubliez une explication fort simple (mais qui est passée sous silence depuis de nonbreuses années, car elle remet en cause l’évolution récente de beaucoup d’écoles) : la sélection à l’entrée (= concours HEC).

    Tout le monde sait bien que seules les formations sélectives sont monneyables sur le marché du travail ; et la réussite de la filière « ESC » vient du fait que les écoles captent les meilleurs étudiants par le système Prépa+Concours.
    fBS qui a voulu s’en éloigner a vu les étudiants s’enfuir en courant : c’est bien la preuve que les étudiants savent où se trouvent les filières sélectives et celles qui le sont moins…

    Ceci est tellement vrai que les ESC offrent des débouchés intéressants et reconnus depuis 30 ou 40 ans, donc bien avant la vague des accréditations – ce qui relative l’impact des ces dernières.

    En tant que recruteur, je regarde avant tout le parcours du candidat dans son ensemble: où sont les preuves (concours, diplômes, année à l’étranger/en entreprise) que le candidat a travaillé pour construire son parcours? Ceci est pour moi beaucoup plus déterminant que les labels que possède ou non une ESC.

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