Le blog de Jean-François Fiorina

Financer ses études auprès de particuliers prêteurs : la bonne idée de Studylink

Studylink

De gauche à droite : Julien Salinas et Jérémy Ruet, fondateurs de StudyLink avec Jean-François Fiorina (DGA Grenoble Ecole de Management).

Ils sont deux, se sont connus sur les bancs de la même école de management et, après quelques années d’expérience, ont décidé de créer, ensemble, une entreprise, Studylink. Avec une idée, celle d’adapter le crowfunding au financement des études supérieures. Jérémy et Julien (voir leurs parcours plus bas), geeks, inséparables et complémentaires viennent de lancer la 1ère plateforme en France de mise en relation étudiants /prêteurs particuliers sur une niche encore quasiment vierge en France. Rencontre avant leur départ pour le debriefing du lancement de la plateforme, ce sera comme d’habitude pour leurs grandes décisions, une mise au vert, cette fois-ci dans le Vercors pour quelques heures !

Jean-François FIORINA : Comment vous en êtes arrivés à Studylink ? Cette idée de plateforme de crowdfunding pour financer ses études ?

Studylink_financement_études

 

JEREMY : tous les deux, nous avons dû faire un prêt étudiant pour financer nos études et moi notamment j’avais comme garant ma mère qui était seule. Au moment de chercher mon prêt, je me souviens d’une anecdote. La banque avait appelé l’employeur de ma mère pour vérifier qu’elle soit bien en CDI. C’était assez infantilisant quand même, assez dégradant, mais surtout cet appel m’a fait prendre conscience qu’obtenir un prêt n’était pas facile.

Et d’où est venue l’idée ? Avec Julien on est quand même très tournés hightech, très tournés internet, on est des geeks, clairement. J’ai vu arriver le mouvement du crowdfunding dédié aux entreprises sous forme de prêts et sous forme de dons. Nous avons trouvé l’idée vraiment intéressante, dans l’air du temps, d’avenir. Nous l’avons mise en regard de notre expérience, du monde de l’éducation supérieure que l’on connaît par la force des choses.

JULIEN : Jusqu’au jour où Jérémy a eu l’idée en lisant des documents de l’AMF, un peu techniques, de voir qu’il était possible d’effectuer des prêts rémunérés aux étudiant via le statut d’intermédiaire en financement participatif. C’est un cadre légal un peu spécifique, une niche qui n’était pas occupée.

En fait, juste pour compléter, le régulateur a permis depuis un an aux plateformes de faire du financement participatif sous forme de prêt en ouvrant une brèche dans le monopole bancaire de manière assez réduite. Il l’autorise aux particuliers dans un cas exceptionnel : le financement de formation initiale ou continue où un prêteur privé peut prêter directement à des particuliers avec ou sans intérêts.

Vous avez donc créé Studylink, concrètement, c’est quoi ?

JULIEN : Concrètement en trois mots c’est une plateforme de prêts étudiants participatifs.

Crowdfunding ou pas ?

JULIEN : Crowdlending techniquement. C’est une sous-catégorie du crowdfunding. Ce qu’il faut savoir c’est que le crowdfunding est divisé en trois catégories : prêt (crowdlending), don ou prise de participation au capital. Nous sommes dans la catégorie « prêt » avec ou sans intérêt. Notre solution permet à un étudiant de pouvoir effectuer son prêt étudiant directement auprès de particuliers.

JEREMY : L’idée c’est que l’étudiant puisse venir sur la plateforme et emprunter aussi bien à ses copains, ses parents, qu’au réseau des anciens de son école, qu’à des investisseurs bienveillants qui veulent aider les jeunes et l’éducation. L’étudiant peut aussi bien emprunter à taux zéro qu’avec intérêts. On suppose qu’un copain va plutôt lui prêter à taux zéro alors qu’un investisseur qu’il ne connait pas va plutôt prêter avec intérêts.

Et concrètement comment ça se passe ? Je suis sûr d’avoir la somme parce que vous vous refinancez ? Je suis étudiant, je me connecte sur votre plateforme, qu’est-ce que j’ai comme choix ? Et si je ne parviens pas à collecter la somme, dois-je payer quelque chose ?

JEREMY : c’est le principe du « tout ou rien », sur un modèle de campagne. On détermine avec l’étudiant quel est le montant dont il a besoin. Puis il effectue sa campagne. S’il n’atteint pas son objectif, il ne reçoit pas l’argent mais ne paie rien.

Et vous le déterminez en face à face, en virtuel, par e-mail ?

JEREMY : en contact direct avec les étudiants qui s’inscrivent sur la plateforme soit par téléphone soit en rendez-vous quand c’est possible.

JULIEN : des outils sont à disposition sur la plateforme en dématérialisé pour aider l’étudiant à prendre des décisions.

Avez-vous une méthode de scoring qui vous permet de dire si c’est un bon, un vrai étudiant en tant que tel, ou quelqu’un qui a bien compris le système et qui va essayer de se financer de cette manière ?

JULIEN : Effectivement on travaille sur du scoring, mais ce qu’on veut vraiment c’est jouer le jeu du financement participatif. Nous sommes des intermédiaires, les prêteurs sont juges de la qualité des étudiants donc surtout notre travail c’est de fournir les bonnes informations aux prêteurs pour qu’ils puissent décider en connaissance de cause.

JEREMY : nous vérifions de façon concrète s’il s’agit bien d’un étudiant. Nous exigeons certaines pièces : certificats de scolarité, réalité de l’inscription à l’école, obligations légales de lutte anti-blanchiment et aussi une petite analyse qui précise quel est notre avis sur le profil de l’étudiant, à la fois son profil académique en fonction de son école et son profil financier, s’il a déjà eu des prêts en cours, si c’est un étudiant étranger, etc.

Vous le faites en automatique sur un questionnaire et sur de l’intelligence artificielle ou il y a un vrai service et vous rappelez la personne ?

JULIEN : Il y a les deux, c’est un mix, l’idée, c’est de profiter un maximum de l’automatisation. Pour ensuite compléter et vérifier en cas de doutes.

JEREMY : Nous permettons à l’étudiant de nous contacter parce qu’on estime qu‘il n’a pas forcement le tissu de connaissances suffisant pour déterminer lui-même son prêt étudiant. Je me souviens à l’époque quand je suis allé voir ma banque qui m’a parlé de « différé partiel » et de « différé total », c’était un peu obscur pour moi. Donc nous souhaitons maintenir une relation humaine et pas uniquement d’homme à robot. Le site fait certaines choses mais pas tout, nous prenons le relais en contactant les étudiants si besoin.

Êtes vous capables de monter en volume avec un nombre d’étudiants important sans avoir à recruter massivement ?

JULIEN : En phase de démarrage, on pense assumer un assez grand nombre d’étudiants. A moyen terme, nous prévoyons rapidement de recruter des interlocuteurs dédiés aux étudiants.

Donc je remplis mon dossier vous me dites oui/non. Et les prêteurs de l’autre côté ?

JULIEN : Quand vous remplissez votre dossier en tant qu’étudiant, l’originalité, c’est que vous allez définir un taux maximum. Cela veut dire que le prêteur va pouvoir vous prêter entre zéro et ce taux maximum : un copain peut vous prêter à taux zéro alors qu’un autre prêteur au taux maximum.

On laisse la latitude au prêteur de choisir selon son degré d’affinité s’il prête plutôt à taux zéro ou avec intérêt. Vous êtes prêteur, vous vous inscrivez, vous arrivez sur une page où vous rentrez vos critères et vous voyez toute une déclinaison d’étudiants qui sont proposés et correspondent à ces critères. En fonction décidez si vous allez leur prêter, vous définissez le taux entre zéro et le taux maximum et le montant. de leur localisation géographique, en fonction du type d’école, vous analysez leur profil et vous

Ce montant est encadré par la loi, il est assez faible. Le cadre du financement participatif impose que vous ne puissiez prêter que mille euros avec intérêts ou quatre mille euros sans intérêts par étudiant. Donc ensuite vous pouvez prêter à autant d’étudiants que vous le souhaitez.

Par contre, je peux avoir plusieurs prêteurs ?

JULIEN : Oui, l’étudiant va certainement se retrouver, par exemple, pour un emprunt de trente mille euros avec cent prêteurs parce qu’on estime que le volume, le montant de prêt moyen sur une plateforme de prêt est environ de deux cent euros par prêteur, donc c’est assez faible.

Vous allez démarcher les emprunteurs potentiels ou c’est l’emprunteur qui arrive avec son réseau ?

JEREMY : Le but c’est qu’il y ait les deux sur la plateforme. L’étudiant a intérêt à maximiser le nombre de prêteurs. Nous lui donnons tous les outils nécessaires pour communiquer autour de son profil et de sa campagne, LinkedIn, Twitter, Facebook … afin qu’il puisse ramener des gens pour lui prêter et nous, parallèlement, nous assurons sa promotion grâce à la plateforme pour attirer des internautes prêteurs. Il y a également les anciens de l’école, des réseaux de chefs d’entreprise intéressés pour aider financièrement un futur diplômé.

Sur sa propre campagne, chaque prêteur pourra identifier quelle est la part qui est ramenée par l’étudiant. C’est-à-dire que sur une jauge de quinze mille euros vous avez deux couleurs, et sur l’une des couleurs, c’est la partie qui est ramenée par l’étudiant. En tant que prêteur, vous pouvez dire « ce qui est sympa c’est que je vais prêter pour cet étudiant aux côtés de sa famille, de ses amis ». C’est rassurant de prêter à un étudiant qui a déjà récupéré de l’argent auprès de ses proches.

Mais alors pourquoi passer par vous alors que ses amis et sa famille peuvent prêter directement ? Vous êtes l’intermédiaire, allez-vous vous y retrouver s’il ne paye pas ?

JEREMY : Depuis quelques années nous avons pu voir se développer les cagnottes en ligne pour faire un cadeau en commun plutôt que s’échanger de l’argent entre personnes. On connaît bien le sujet parce qu’il y a une troisième personne qui est au capital de Studylink avec nous qui s’appelle Thibault St-Georges qui est aussi de GEM. Il a monté le pot commun. Ça a fait un tabac, au début on avait du mal à comprendre l’intérêt d’utiliser un service internet pour ça.

StudyLink répond au même besoin mets pour un prêt étudiant. Cela permet de ne pas avoir à se préoccuper de contraintes techniques, de ne pas avoir à parler d’argent entre copains, entre famille, entre cousins, c’est délicat de parler d’un crédit, de calculer les mensualités de remboursement. Là, on s’occupe de tout, c’est très rapide, il n’y a plus besoin de parler d’argent, c’est Studylink qui s’en charge.

JULIEN : Absolument, en fait l’intérêt pour l’étudiant et ses prêteurs c’est d’enlever à la fois la contrainte technique de comment on va faire et la contrainte morale de comment va se passer plus tard les remboursements.

Et si on ne rembourse pas ? Qui paye ? Une assurance supplémentaire ?

JEREMY : Nous travaillons sur des solutions. Pourquoi l’étudiant ne rembourserait pas ? Accident de la vie, décès, invalidité ? Nous avons une solution d’assurance possible pour l’étudiant en cas de décès. Pour les problèmes liés à la vie active, difficulté à trouver un emploi, à rembourser, nous comptons sur le fait que le prêteur est conscient qu’il prend un risque même s’il a validé le profil de l’étudiant dont le potentiel est avéré. Il s’agit d’une plateforme de mise en relation, l’idée reste que les prêteurs sont des gens bienveillants pour l’étudiant. Le but est aussi de trouver des solutions amiables qui ne seraient pas possibles dans certaines banques : pourquoi ne pas consulter la communauté des prêteurs en leur disant que l’étudiant a des difficultés à trouver un emploi, proposer de décaler le remboursement de trois, quatre, cinq mois.

JULIEN : pour compléter ce que dit Jérémy, nous sommes persuadés que ce lien affectif qui est créé, parce qu’il y a un vrai lien qui se crée, va aider toute la mécanique type réseau social où l’étudiant va communiquer avec le prêteur, échanger, parler de son profil. Ce lien affectif rend le taux de défaut très faible, c’est ce qu’on anticipe en tout cas mais il y a toujours un risque. Au final, c’est toujours le prêteur qui choisit l’étudiant à qui il souhaite prêter en fonction de l’assurance et des garanties proposées.

A l’inverse, il pourrait compliquer la relation, c’est-à-dire qu’on est dans le pur affectif où j’ai, moi, en tant qu’étudiant beaucoup d’affection pour la personne qui m’a prêtée. Si je la « plante », cela qui risque d’être très délicat alors qu’avec une banque cela reste neutre et factuel non ?

JEREMY : l’expérience nous dit, quand on compare à ce qui se fait en micro-crédit auprès de personnes dans les pays du tiers-monde, que le taux de défaut est extrêmement faible. Parce qu’un lien moral existe entre les prêteurs et l’emprunteur.

JULIEN : ce côté réseau social est vraiment important pour nous. Il y a un intérêt commun bien compris entre le prêteur et emprunteur, tout le monde veut que l’étudiant rembourse. Si l’étudiant a besoin d’aide pour trouver un stage, pour se faire du réseau, il se peut que le prêteur voudra l’aider. Ce n’est pas une obligation, c’est une option pour celles et ceux qui veulent s’engager.

C’est donc un réseau social de plus, pourquoi ne pas essayer un partenariat avec LinkedIn ?

JEREMY : c’est intéressant, on remarque que les étudiants, avant d’intégrer leurs études supérieures ne sont pas présents sur LinkedIn, souvent ils s’inscrivent pendant leur scolarité ou à la fin. Nous souhaitons que Studylink puisse être le premier réseau professionnel de l’étudiant avant même d’être diplômé. Un bon chemin pour déboucher sur un profil Linkedin.

JULIEN : On connait aussi bien Wizbii, tout est possible.

Est-il prévu d’aller chercher du cash pour initier le système ou êtes-vous uniquement dans votre rôle d’intermédiaire qualifié entre les deux parties ?

JULIEN : il faut savoir que la loi interdit à une entreprise de prêter à des particuliers via le financement participatif. Macron va peut-être faire bouger les choses. Cela nous ouvrirait énormément d’opportunités parce qu’une entreprise pourrait venir prêter à un jeune.

Pour gagner de l’argent il vous faut beaucoup de volume.

JULIEN : Oui, tout à fait.

Les deux parties payent ?

JEREMY : Oui, il y a deux types de commissions, une qui est très réduite du côté de l’étudiant, qui correspond à ce que prennent les cagnottes en ligne : 3% en une seule fois. L’étudiant qui emprunte dix mille euros recevra neuf mille sept cent euros. Il ne paiera ensuite plus rien à StudyLink. On ne l’a pas estimé au hasard, les plateformes de crowdfunding, oscillent plutôt entre 5 et 8% de commission flat.

On prend également une commission sur les intérêts perçus par le prêteur, 11.5%, parce qu’il y a les impôts qui passent par-là et vous qui allez prêter à 3% à un étudiant vous devrez payer 39.5% d’imposition sur ces intérêts, plus nos 11.5% de commissions. C’est-à-dire que vous aurez un taux net de moitié de votre taux brut. Si vous prêtez à 3% après impôts et commissions, vous toucherez 1.5%.

Vous avez intérêt à continuer d’exister pendant longtemps parce que je suppose que les durées de remboursement sont relativement longues, qui se substituerait à vous en cas de défaillance de votre part ?

JEREMY : C’est déjà pris en compte et très encadré, et c’était un de nos premiers choix aussi, de ne pas faire subir de dommages collatéraux à nos premiers emprunteurs et prêteurs.

On travaille avec un prestataire de paiement, qui s’appelle SMONEY, qui est une filiale du groupe bancaire BPCE, cette société s’occupe de toutes les données sensibles, de la création de monnaie électronique et de faire les transferts des portefeuilles. C’est-à-dire que jamais Studylink ne disposera à la fois des numéros de CB et des données financières de ses clients. Avec cette société SMONEY, qui est solide parce qu’elle appartient à un grand groupe bancaire, on a ce qu’on appelle une clause de gestion extinctive, donc il est prévu que SMONEY s’occupe du bon déroulement et du remboursement de tous les prêts effectués dans la cas où Studylink disparaitrait.

Le crowdfunding est quelque chose de très à la mode en ce moment, comment se fait-il que personne n’y ait pensé pour les études ?

JULIEN : On nous pose souvent la question, la première raison c’est que c’est un cadre qui est assez récent, et qu’il faut du temps. Mais déjà des gens commencent à y penser parce qu’on voit émerger d’autres projets pas du tout aussi aboutis que le nôtre, et d’autres veulent faire la même chose que nous.

JEREMY : C’est un sujet à la mode, ça fait une petite dizaine d’années qu’on en entend parler sauf que d’un point de vue réglementaire c’est pas du tout ancien, le décret qui permet de faire du prêt avec intérêt date d’octobre 2014. On est sur une législation qui est extrêmement récente. En France, le marché est émergent, aux Etats-Unis, il est mature.

JULIEN : Et sachant que le marché du prêt étudiant reste encore petit par rapport au marché du prêt aux entreprises. Aujourd’hui, une quarantaine de start-up font du prêt aux entreprises, mais le prêt étudiant reste un petit marché pour lequel visiblement personne ne se lance, peut-être que les banques ont l’idée mais ça met du temps à bouger.

L’accueil des banques ? Elles ont un marché gigantesque donc vous n’allez pas les affaiblir mais Studylink, c’est quoi pour elles ? Un petit caillou dans la chaussure ? Un complément ?

JEREMY : C’est plus de la curiosité pour l’instant. Pas de sensations hostiles des banques rencontrées. Elles nous regardent un petit peu comme quelqu’un apportant quelque chose de nouveau donc on ne se place pas en concurrence directe avec les banques, c’est plutôt complémentaire.

Effectivement la banque a un regard un peu binaire, soit elle prête soit elle ne prête pas, nous sommes entre les deux. Quelqu’un qui aura du mal à obtenir un crédit dans une banque, faute de garanties financières, mais qui a pour autant un super profil académique et de super compétences, pourra trouver un financement sur Studylink. On apporte, par la transparence et la mise en relation directe, un service complémentaire aux banques.

JULIEN : les banques voient plutôt d’un œil intéressé les start-up comme nous qui se lancent dans une optique, peut-être un jour, de rachat que dans une logique de concurrence. En tout cas les quelques rapports qu’on a eus n’ont pas du tout été hostiles.

Phénomène très à la mode, vous servez un peu de laboratoire d’expérimentation.

JEREMY : C’est exactement ça, on a même eu les yeux doux de certains groupes bancaires qui voulaient nous faire venir dans leurs incubateurs. Quand on a commencé à chercher nos solutions d’assurance, tout de suite, les fonds de capital risque de ces groupes se sont intéressés à notre projet parce que c’est nouveau, innovant et, pour eux, les Fintech, c’est stratégique et d’avenir.

Vous disiez en préambule avoir deux profils différents, comment vous répartissez les rôles entre vous deux ?

JULIEN : La répartition de rôles complémentaires, c’est un élément clé. C’est ce qui fait que ça fonctionne si bien avec Jérémy, depuis un an qu’on travaille ensemble. La troisième personne pour commencer par elle, Thibault, a vraiment un rôle de conseil étant donné qu’il est déjà passé par la levée de fonds, les avocats, etc. C’est quelqu’un qu’on connait bien, il a plus un rôle passif mais grâce à son rôle de conseil, il peut débloquer une situation.

Vous dites êtres complémentaires, les rôles sont répartis, qu’en est-il pour Julien ?

JULIEN : Moi c’est plutôt la partie technique, et puis marketing puisque c’est quelque chose dans lequel j’ai travaillé et que j’aime bien.

JEREMY : Moi plutôt la partie financière parce que mine de rien il y a beaucoup de calculs. La partie commerciale aussi et tout ce qui reste, la communication, etc.

JULIEN : Sachant que l’avantage aussi c’est que je ne pense pas être seulement un geek et Jérémy n’est pas particulièrement un banquier non plus, on est pas dans le stéréotype, ce qui veut dire que par moments on peut se débloquer l’un l’autre, c’est vrai qu’il y a plein de choses que Jérémy fait que je ne saurais pas faire et inversement. Nous sommes sur la même longueur d’ondes, tous les deux polyvalents. Un exemple concret : j’ai beau être le développeur, sur le site, c’est Jérémy qui a fait la vidéo.

JEREMY : En fait on est assez multitâches et on arrive toujours à avoir un avis sur ce que fait l’autre. Même si je ne suis ni développeur ni codeur je suis en mesure de comprendre comment fonctionne la base de données, comment fonctionnent les grandes masses, nous échangeons et discutons.

JULIEN : Ce qui nous caractérise c’est qu’on a tous les deux un côté système D déjà en école de commerce. On touche à tout et on aime pas rester dans un domaine que l’autre connait.

L’avenir ? La version 2 ?

JEREMY : on estime pouvoir financer une cinquantaine d’étudiants d’ici la fin de l’année. L’idée, c’est de lever rapidement des fonds pour pouvoir nous développer de façon plus globale. Le marché du financement étudiant est d’abord français et ensuite plutôt multi-local que global donc on a des ambitions qui sont grandes mais qu’il faudra revoir et analyser en fonction de chaque pays où on ira.

C’est peut être confidentiel mais à long terme ? Développer, vendre, financer d’autres types de projets ?

JULIEN : déjà développer, c’est notre première entreprise donc on aimerait en faire quelque chose qui marche et qui réussit. Et ensuite, on en a beaucoup parlé avec Jérémy, nous ce qui nous tente, c’est de travailler ensemble et de monter des projets avant tout, mettre toute notre énergie dans cette entreprise.

JEREMY : En fait, c’est un peu délicat de se projeter, d’envisager une sortie étant donné le nombre d’incertitudes sur l’avenir du crowdfunding en France, la position des banques parce qu’elles sont attentistes, elles regardent, quelles seront leurs position dans un an, dans deux ans, quand on aura prouvé que le concept marche ?

Notre position s’adaptera et on verra ce qu’on peut faire. Mais c’est un peu tôt de tout de suite se dire qu’on veut sortir au bout de tant d’années.

Entrepreneur c’est une bonne voie pour les étudiants diplômés d’une école de management ?

JULIEN : Oui, à fond ! Pour avoir travaillé cinq six ans en entreprise, ce que j’adorais dans l’école de commerce, c’était la polyvalence qui fait qu’on peut toucher à la fois à l’informatique, au marketing, à de la compta, et cette polyvalence nous l’avons exercée dans la création d’entreprise. Il faut vraiment avoir ce côté débrouillard, être bon partout.

JEREMY : Pour compléter, dans tous les ans avec lors de mes entretiens d’évaluation avec mon ex employeur je disais ne pas assez utiliser mes compétences parce que j’avais une tâche très précise à savoir financer les entreprises françaises, etc. C’était frustrant de ne pas utiliser l’anglais ou la programmation. Je n’ai jamais autant utilisé mes compétences que depuis qu’on a créé Studylink. Donc effectivement, c’est une super façon d’utiliser tout ce qu’on apprend en école de commerce.

Oui, enfin il y a moins de confort en termes de revenu.

JEREMY : Peut-être mais il y a une satisfaction de se dire qu’on arrive à obtenir des résultats pour notre société par rapport à ce qu’on a dans la tête ce qui est d’autant plus agréable que de le faire au sein d’une grosse structure.

JULIEN : En école de commerce, je pense qu’il y a beaucoup de jeunes qui ont le goût du challenge, et pour le goût du challenge, entreprendre c’est ce qu’il y a de mieux.

JEREMY : Je remarque aussi que l’expérience salariale avant a été un bonus pour nous.

JULIEN : On n’aurait pas pu faire ce qu’on a fait aujourd’hui sans expérience professionnelle.

JEREMY : Tout à fait parce que notre niveau d’expertise, ce qui nous permet de développer un site à la fois technique et financier, on l’a acquis dans le monde de l’entreprise et à la sortie d’études, je ne suis pas sûr qu’on aurait pu aller aussi vite.

JULIEN : On aurait pu monter d’autres entreprises mais pas une entreprise comme celle-ci.

Parce que très pointu en terme de réglementation ?

JEREMY : Oui, tout à fait, du point de vue juridique et réglementaire. La plus grande difficulté reste malgré tout la gestion des priorités sur un projet de cette taille.

JULIEN : Il n’y a que des choses extrêmement urgentes. L’expérience permet aussi d’avoir plus de crédibilité devant des avocats, des banquiers, des assureurs, c’est rassurant.

Quels sont vos conseils pour diminuer la pression ? Vous êtes ensemble en permanence, est-ce que vous avez des éléments qui vous permettent de vous aérer avant d’en arriver à une empoignade virile ?

JEREMY : Justement le gros coup de pression, on l’a eu, il y a quelques semaines quand il a fallu sortir le site. Nous l’avons géré plutôt dans l’anticipation avec Julien. Nous aimons bien planifier, on discute beaucoup. On a plutôt bien passé la vague, on arrive à le faire de manière assez informelle.

JULIEN : Cet après-midi typiquement, petit débriefing à la suite de la sortie du site et repositionnement stratégique pour les trois quatre prochains mois. On prend le vert, sortie en montagne pour discuter de la suite.

JEREMY : Nous sommes passionnés de nature, de montagne également donc, on va peut-être monter dans le Vercors. Calepin et « to do list » en main, on va prioriser ce qui est important, sortir la tête du guidon, le piège étant de se mettre des œillères et de ne plus rien voir autour.

JULIEN : Et à côté tous les deux, on aime bien se dire les choses clairement, on est plutôt francs l’un avec l’autre donc on se parle beaucoup, comme dans un couple la communication, c’est important, il est donc rare de garder quelque chose sur le cœur. On discute et jusqu’à aujourd’hui ça a très bien marché !

 

Qui sont-ils ?

Julien Salinas, diplômé de GEM, parcours Grande Ecole, double diplôme avec Télécom Bretagne en école d’ingénieur. Carrière à la fois mi-technique, mi-commerce en SSII : conseils en informatique, chef de produit. Plusieurs clients traités parallèlement en freelance pour développer des plateformes web pendant cinq ans avant de créer Studylink.

Jérémy Ruet, diplômé de GEM, passé par le concours passerelle après un BTS en alternance. Spécialisé en finances, dernière année en alternance dans une banque, chargé d’affaires entreprise, spécialisé dans le financement d’entreprises. Puis cinq ans dans cette même banque, toujours spécialisé dans le financement. Création de Studylink au début de l’année 2016.

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