Le blog de Jean-François Fiorina

Étudiants réfugiés : les accueillir comme leurs pairs

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©DR

À la suite de la demande du ministère de l’Enseignement supérieur, la Direction de GEM a décidé d’accueillir dix étudiants réfugiés par an. L’école s’est mobilisée et rapprochée de la COMUE/UGA (Université Grenoble Alpes) qui coordonne et oriente les candidatures. Les trois premiers de nationalité syrienne viennent de démarrer leur cursus à la rentrée. Cela fait partie de nos missions, surtout dans le contexte géopolitique que nous connaissons. Discussion avec Jaclyn Rosebrook Collignon, responsable RSE/Développement durable au sein de l’école qui s’est chargée de faire le lien avec la COMUE et d’organiser leur accueil.

« Cela n’a pas été trop compliqué de les accueillir dans nos programmes, de plus, cela fait partie de nos valeurs, de nos engagements comme institution d’enseignement supérieur. Mais on sait qu’on ne touche qu’une petite partie de l’iceberg. Il y a plus de 1,8 million de réfugiés en Europe, dont on estime 350,000 étudiants potentiels. Nous ne nous substituons pas, non plus, au réseau associatif très dense qui effectue l’essentiel du travail d’accueil et d’accompagnement comme l’ADATE, ADA ou APARDAP » explique Jaclyn. On dénombre près de 150 associations en Rhône-Alpes qui travaillent en relation avec les migrants. Une dispersion qui ne facilite pas, d’ailleurs, leur visibilité et leurs actions. « Il y a un besoin de coordination, de bénévoles et de mécènes pour renforcer leurs activités, essentielles par ailleurs, car les pouvoirs publics se déchargent beaucoup sur elles » précise-t-elle.

COMUE Grenoble : une intéressante manière d’orienter les étudiants réfugiés

Après une première formation – DU en Français Langue Étrangère (FLE) – dispensée sur le campus par le CUEF (Centre Universitaire d’études françaises), les étudiants migrants sont orientés par la COMUE dans les établissements selon leurs souhaits, leurs anciens diplômes ou niveau d’études. Une forme de « hub » intéressant – a priori unique en France – qui répertorie les programmes de formation des partenaires et une adresse mail etudiants-refugies@univ-grenoble-alpes.fr À chaque établissement de voir, ensuite, s’il est possible de les accueillir et de les intégrer dans les cursus. Une dynamique locale dans laquelle l’école s’est intégrée, également portée par les collectivités territoriales qui sont souvent en première ligne sur la question des migrants. La ville de Grenoble est également partie prenante du dispositif.

Parallèlement, leur statut de réfugié est vérifié pour éviter les possibles blocages administratifs ultérieurs. D’autres questions se posent : le statut étudiant leur fait perdre, par exemple, le bénéfice du RSA ; leur manque d’équipement peut poser problème ou la perte de la copie d’un diplôme ou d’une référence professionnelle… Il faut donc faire preuve de souplesse, trouver des solutions au cas par cas, mobiliser les services de l’école qui ont été très réactifs, le CROUS pour des bourses, fournir du matériel pour bien travailler, en prêtant un pc portable pour un des étudiants, par exemple. Mais également faire passer des tests de langues équivalents au TOEIC pour éviter des frais qu’ils ne peuvent assumer ou organiser des examens exceptionnels.

Etudiants réfugiés : « Ils sont tellement motivés et source de richesse »

Accueillir mais pas assister, ils ne doivent être ni stigmatisés ni assistés, c’est dans cet état d’esprit que l’école a décidé de travailler. D’autres étudiants au sein de l’établissement peuvent aussi se retrouver dans des situations de détresse…

« Les candidats qui se sont présentés à GEM ont suivi le processus de recrutement habituel comme leurs pairs. Je les ai entendus tout comme les directeurs de programmes pour évaluer leur choix, leur motivation et leur niveau. On a, bien sûr, envie de les aider, de ne pas de les mettre en échec. Ils sont tellement motivés ! Et par leur simple présence, une source de richesse. J’aimerais en savoir plus sur leur histoire mais j’évite, par pudeur. J’essaie de faire la part des choses. Ils ne portent pas leur histoire sur leur visage » confie Jaclyn.

Accueil des étudiants réfugiés : plus de diversité et de solutions ?

L’expérience a montré qu’il est possible de recruter assez facilement des étudiants réfugiés dans le cadre des programmes établis, s’ils disposent, d’un statut officiel de réfugié, des copies des diplômes, d’un niveau de langue, etc. Une manière aussi de montrer que d’autres écoles peuvent se lancer à l’aune de ce que nous avons vécu. « Il faudrait pouvoir intégrer davantage de ces étudiants en France et faire en sorte qu’ils arrivent jusqu’à nous. » En moyenne, le statut de réfugié en France s’obtient en 18 mois ou plus.

Par contre, ouvrir l’établissement à celles et ceux qui ne disposent plus de traces de leur passé étudiant, pourrait constituer une seconde étape. Certains professeurs sont d’accord pour accueillir des auditeurs libres afin qu’ils ne perdent pas trop de temps, d’autres sont prêts à leur donner des cours de FLE. « Nous imaginons même d’intégrer des chercheurs réfugiés » indique Jaclyn.

Autre sujet, les nationalités en présence. L’école n’a reçu que des demandes de ressortissants syriens pour l’instant, pas d’autres nationalités touchées par les conflits géopolitiques actuels. Est-ce l’orientation gouvernementale qui a joué ou le fait que d’autres nationalités s’orientent via des filières plus « historiques ». Ne faudrait-il pas plus de diversité ? D’où l’importance de continuer de bien travailler collectivement sur le territoire avec toutes les parties prenantes (COMUE, associations, collectivités, etc). La réponse ne peut être que collective et non le fait d’un seul établissement. C’est ce que nous avons toujours défendu, le modèle de mutualisation. En voici un autre exemple d’application.

 

 

 

 

 

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