Le blog de Jean-François Fiorina

Mes convictions pour l’enseignement supérieur en Afrique

Enseignement supérieur en Afrique, cop 22

L’Afrique, territoire de tous les imaginaires ne laisse personne indifférent encore moins le monde de l’enseignement supérieur. À la fois décrié par les dérives qui minent son image (Ecole fantôme, faux diplômes) et convoité comme nouveau territoire de développement, les grandes manœuvres ont débuté. En témoigne l’arrivée des « grandes » marques de l’éducation (Centrale, Dauphine, ESSEC…) qui investissent les lieux. Pour ma part, je me mobilise à chaque fois qu’il est possible d’apporter une aide concrète comme ce livre édité avec l’INSEAM ou via EDAF (Deans Across Frontiers) dont je suis membre du board. Une excellente idée portée par l’EFMD que je soutiens, à la fois par conviction, envie et parce que cet immense territoire, en matière de géopolitique, influence et impacte de plus en plus le nôtre. Ce que je crois – de retour de la conférence EFMD/GBSN au Ghana – concernant ce continent plein d’optimisme et d’envie malgré ses difficultés !

Cet engouement global justifie, en partie, mes convictions que je partage dans la deuxième partie de ce post. L’Afrique sait nous surprendre comme son passage au numérique et surtout à la téléphonie mobile, source de développement. Ce secteur pourrait atteindre 10% du PIB global du continent. Elle sait aller vite. J’ai apprécié ce « Manuel anti idées reçues » à propos de l’Afrique, une étude réalisée par le cabinet de réassurance Euler Hermès qui ne nie pas son retard mais le valorise paradoxalement grâce à sa capacité à « sauter des étapes » quand il le faut.

Des événements d’envergure internationale s’y déroulent de plus en plus régulièrement tels que la COP22 à Marrakech, des forums économiques et de la francophonie, bien sûr, des conférences de l’AACSB ou de l’EFMD. Vous noterez plus loin que les investisseurs historiques – européens et américains – sont maintenant challengés par les chinois, les coréens, les japonais (cf la journée africano-japonaise à la fin du mois d’août). Le Maroc est en première ligne.

C’est maintenant toute l’Afrique qui voit se développer le secteur de l’enseignement supérieur, anglophone et lusophone au-delà des zones traditionnelles francophones et d’Afrique du sud. Certains voient dans cette internationalisation, un puissant facteur de changement pour le continent.

Afrique : d’immenses défis à relever

Les besoins dans tous les domaines sont importants : infrastructures, réseaux, corps professoral mais le potentiel économique est bien réel. Les entreprises locales ou étrangères restent en forte demande de compétences surtout en matière d’encadrement.

L’éducation et l’enseignement supérieur sont bien sûr des défis politiques majeurs à relever pour que l’Afrique puisse développer son influence au-delà de ses frontières. 

Et si la France constitue la première destination des étudiants africains en 2015, en hausse de 5,2% (Campus France) avec 133 893 étudiants accueillis, Jean-Marc Ayrault, lors de l’ouverture des Rencontres Campus France sur le thème « l’Afrique à l’honneur », à Paris le 7 novembre 2016, a déclaré que l’enseignement supérieur est « devenu un secteur économique à part entière avec parfois une compétition brutale, qui n’est pas toujours au service de la qualité. Nous qui avons une exigence, nous devons être présents aussi sur ce secteur économique et donc développer nos offres et le faire dans un esprit de coopération mutuelle bénéfique ».

Convictions africaines

  • Pas de modèles de business schools (ou d’écoles) en mode “copier/coller”

Pour des business schools fortes et impliquées. C’est d’abord à son propre territoire qu’une business school doit penser et servir. Sans économie locale forte, pas de business school forte. L’objectif prioritaire est donc d’être un acteur capable de répondre aux besoins actuels et futurs de sa zone d’influence directe.

Un écosystème vertueux en matière de business schools ne doit pas se « contenter » d’afficher une ou deux grandes marques de la « super élite » mais plutôt un grand nombre d’écoles connectées aux réalités afin d’apporter de la valeur économique et matérielle, bien sûr, mais également pour la société toute entière et son développement.

Un message quelquefois difficile à expliquer car les écoles de business en Afrique se fixent des missions comparables à leurs consœurs des pays du nord. Attention aux pâles copies d’établissements occidentaux « moyens »…

En tout cas comme je le spécifiais dans l’introduction, les grandes manœuvres se poursuivent et le Maroc, pôle de stabilité, constitue le hub ou la tête de pont africaine de plus en plus d’établissements de renom qu’ils soient français ou non (Australiens, Américains, Britanniques, etc) avec l’appui de fonds d’investissement.

Je crois aux missions spécifiques. Être capable de se forger une niche précise, une personnalité, une identité construites et basées sur ses propres forces et surtout ne pas avoir peur de l’afficher !

C’est dans la diversité de l’offre, d’écoles de catégories et de spécialités différentes que chacun s’y retrouve. Revenons un instant sur la très belle réussite de l’entreprise malgache Socota qui fut l’objet de deux posts en septembre dernier. Sa stratégie gagnante ? Différenciation, qualité, puis montée en gamme.

Ces business schools doivent développer leur propre modèle. Ce fut d’ailleurs le thème d’un atelier animé par Howard Thomas, professeur à la Singapore Management University. Lire l’ouvrage collectif auquel il a participé sur l’Afrique et les business schools. Un article de Global focus aborde aussi cette question « faut-il un modèle africain de formation au management ».

Business schools africaines : quelques idées :

Cela suppose des échanges entre écoles africaines en vue de la création d’un réseau de coopération, de mutualisation et d’influence.

– Cela suppose de produire des contenus spécifiques (études de cas, recherche, articles). Je rappelle le livre que nous avons édité avec l’INSEAM (Institut Euro Africain de Management).

– Des prises de position plus « politiques ». Un modèle se construit sur une ligne claire qui n’élude pas les prises de position sur des sujets difficiles. Quel meilleur exemple que l’éthique ? Nous enseignons à tous nos étudiants d’avoir des attitudes responsables comme de ne pas payer de commissions occultes qui perpétuent la corruption. Mais que faire et que dire quand celle-ci est omniprésente où l’étudiant africain peut, tout à la fois, en être l’acteur, la victime et qu’il l’a expérimentée ?

  • Pour qu’émigrer ne soit plus la solution

En 2020, ce sont 1,2 milliard de personnes en Afrique qui chercheront du travail. Elles sont aujourd’hui, 600 millions. Seuls les développements économiques et sociaux seront une réponse crédible à l’immigration. L’intensification des flux migratoires n’est une solution pour personne. Que se passe-t-il dans un désert économique ? Rien sinon le développement d’un terreau fertile aux groupes extrémistes

  • L’entrepreneuriat : moteur du développement

Elle créera de l’emploi car la plupart des entreprises publiques sont sclérosées. Je le vois également comme un facteur d’ascension sociale pour les nouvelles classes moyennes montantes.

Par de multiples formes :

– De la pure création (liée à des applications dans le domaine du numérique ou du digital). L’Afrique n’échappe à la vague des startups en témoigne le concours initié par Africa4tech. Et questionne l’entreprenariat au prisme du développement durable, social et féminin.

– La formalisation du secteur informel.

– Favoriser la transmission au sein des groupes familiaux pour les pérenniser.

Mais comment former et sensibiliser à l’entreprenariat de manière efficace ?

  • Rendre visible les efforts

Comment exister sans être visible ? Faut-il viser les accréditations ? La réponse est complexe car au travers de mes expériences de mentor, le chemin est difficile. Il s’agit d’une excellente manière de se mobiliser autour d’un projet d’entreprise, de motiver. Les accréditions sont sources de progrès et de gestion de la qualité.

Dans le cas de l’Afrique, tout est à construire alors que pour nos établissements l’exercice n’est pas facile ce le sera d’autant moins en Afrique. Les notions de corps professoral permanent, de valorisation intellectuelle sont nouvelles. Elles nécessitent des investissements conséquents et des visions à long terme

Comment aborder d’autres critères comme la parité ? Dans certains pays, en 2016, c’est la 1ère fois qu’une fille fait des études supérieures. L’appréciation est donc différente. L’accompagnement EDAF est une bonne première étape pour aider au développement de l’enseignement supérieur en Afrique.

Les défis sont immenses mais l’énergie et l’optimisme des habitants de ce continent me donnent de l’espoir pour l’avenir de leur système d’éducation et celui du supérieur.

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Commentaires (2)

  1. ludwig Kreitz

    Merci Jean-Francois pour ce blog sur l’Afrique
    Ludwig

  2. Malick DIOUF

    Merci pour cet article sur vos convictions africaines que je partage totalement même si j’ai quelques réserves sur la proposition de « rendre visibles les efforts » par des accréditations.
    Votre piste sur « l’entrepreneuriat: moteur de développement » me semble la solution clé pour l’Afrique, comme en témoigne les derniers résultats du « Global Entrepreneurship Monitor» (http://www.gemconsortium.org/report) qui résument à quel point l’entrepreneuriat a le vent en poupe en Afrique, plus que partout ailleurs dans le monde. Cela comme pour dire que, mieux que quiconque, les africains ont compris que le développement de leur continent passera inévitablement par l’entrepreneuriat.
    Cette évidence est aujourd’hui partagée par la majorité de la jeunesse africaine, mais cette jeunesse aura indéniablement besoin de formation de qualité pour relever ce défi.
    Elle aura également besoin de modèles qui leurs ressemblent et qui les inspirent…

    Étant moi-même d’origine sénégalaise et diplômé de Grenoble École de Management avec mon associé (Master Management SI, promotion 2012/2013), nous avons créé notre startup LAfricaMobile.com en 2014, entre le Sénégal et la France, spécialisée dans les solutions de marketing digital ciblant la Diaspora Africaine.
    Nous avons été élus meilleure start-up TIC du Sénégal en Afrique de l’ouest en 2016 (http://jambartechawards.com/index.php?jam=Jambar2016).
    Aussi, nominé finaliste des « AppsAfrica Innovation Awards 2016 » (https://www.appsafrica.com/appsafrica-innovation-awards-finalists-2016-are-revealed/) parmi les quatre meilleures campagnes réalisées en Afrique sur le mobile en 2016.

    Nous pensons sincèrement que la meilleure façon de « rendre visibles les efforts » et « exister » dans ce continent au moment où tous les grands acteurs internationaux cherchent à se positionner stratégiquement, c’est de fédérer puis mettre en avant des exemples formés dans vos écoles et qui réussissent en Afrique.

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