Le blog de Jean-François Fiorina

En direct du marché de l’éducation au BETT de Londres

classe immersive

Une classe immersive. ©DR

De retour de ce salon londonien toujours enthousiasmant où l’énergie éducative circule à pleine vitesse ! Sa mission : « créer un meilleur futur par la transformation de l’éducation ». Elle se décline sur les stands où rivalisent les institutionnels (pavillons pays de plus en plus nombreux) – signe de l’importance du soft power éducatif -, les divisions éducatives des grandes marques de l’industrie (de Google à HP), les EdTechs et des ETI que je vois émerger au fil de mes passages. Quoi de neuf sur ce nouveau marché qu’est devenu l’École du futur ?

Ce que j’ai remarqué…

Essai de typologie des participants

 

  • Les grandes marques internationales telles que Google, Sony, Microsoft sont toujours présentes avec des investissements marketing colossaux. On sent bien que des parts de marché sont à prendre !
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La présence tentaculaire de MSN sur les stands du BETT. ©DR

  • Les fournisseurs de l’e-education,
  • Les EdTech,
  • Des ETI qui arrivent sur ce marché, signe de maturité ?
  • Les institutionnels, agences ou pays.

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J’ai également remarqué l’arrivée de la Russie (via le ministère de l’Education et de la Science) qui en a profité pour annoncer son prochain salon Moscow International Education Fair en février 2017 (31ème édition) dédié au recrutement d’étudiants.

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Autre nouveauté cette année, le double stand des Émirats arabes unis. Comme expliqué dans plusieurs de mes posts, l’éducation et la création de hubs spécifiques offrent de nouveaux positionnements pour ces pays historiquement peu influents dans le domaine éducatif (je pense ici au Qatar ou à Singapour pour l’Extrême Orient. Des thèmes abondamment chroniqués sur ce blog.

La force du Bett, c’est aussi d’inviter des collégiens et des lycéens. C’est génial de voir leur enthousiasme et leur intérêt. Ils préparent l’avenir.

 

L’éducation, un vrai marché au sens économique

 

Au vu de la diversité des nationalités présentes, nous sommes désormais sur un marché global en plein développement, très cosmopolite et dont les acteurs partagent des préoccupations communes.

Influence et économie sont les deux piliers de ce marché.

La dimension économique est très directement marquée dans la nommage des stands. J’ai noté Business in France, mais également la présence du ministère du Commerce international britannique ou le regroupement d’entreprises scandinaves.

 

Les nouveautés du BETT 2017

 

  • La cybersécurité

Une thématique nouvelle cette année. Elle impliquera des investissements conséquents et un traitement compliqué. On parle de data mais comment les maîtriser, les utiliser, dans quelles limites ?

La vague du cloud et de l’Internet des objets IoT, très présente sur le BETT, concerne très directement les nouvelles formes d’apprentissage via les EdTechs. Elle pose de nombreuses questions en termes de sécurité de la donnée, de vie privée, de fiabilité. Ce sont des enjeux qui émergent sur le marché de l’éducation, il faut s’y atteler car de très nombreuses solutions intègrent maintenant le cloud.

Je vous propose de relire, à ce propos, mon entretien avec Jean-François Pépin, délégué général du CIGREF, rassemblement des plus grandes entreprises françaises, « Tout dirigeant est responsable de ce qu’il choisit d’ignorer ! ».

  • L’Environnement de travail, l’optimisation de la salle de classe.

Rendre agréable l’expérience d’apprentissage passe par le bien-être de l’apprenant d’abord sur les lieux physiques. La classe « brick and mortar » est au centre d’un écosystème qui englobe des éléments concrets, espaces thématiques, mobilier, interactivité, mais également le suivi pédagogique, la relation entre l’apprenant et l’enseignant, entre les apprenants et l’extérieur, partenaires, experts, réseaux sociaux. Sont englobés dans cette démarche, les parents dans le primaire et le secondaire.

L’expérience de l’apprentissage s’enrichit et se prolonge sans cesse dans l’école du futur. Il crée un continuum, un process intéressant, sans limite.

Je reviens sur la notion de service global de l’établissement. La salle de classe s’intègre totalement dans cette démarche, avant-pendant-et après le cours. Une dimension stratégique que les directions doivent intégrer dans la stratégie globale de l’établissement : salles de classes nouvelle génération, préparation des équipes pédagogiques, des systèmes d’information ergonomiques et ouverts, des process simplifiés (présence, assessment). L’expérience pédagogique de la nouvelle salle de classe va permettre de bien mieux mémoriser les contenus d’un cours de type présentiel classique par un meilleur engagement.

  • Coup de griffe !

Pas facile pour les porteurs de lunettes comme moi de chausser les casques de réalité virtuelle. Dommage, pas très au point sur le plan ergonomique. Le genre de grain de sable qui peut freiner le déploiement d’une innovation…

Dans le droit fil d’un meilleur engagement de l’apprenant, cette classe immersive apporte beaucoup de valeur. Je la trouve plus vivante et interactive que la réalité virtuelle « traditionnelle ».

Ce dispositif permet d’imaginer des univers spécifiques pilotés par tablette sur grand écran dans la salle de classe. Cette dernière peut également être équipée pour faire ressentir des vibrations, du vent, le froid, le chaud, des odeurs…. Elle permet d’isoler tel ou tel acteur, carte ou élément pour approfondir, décrypter, jouer.

Le professeur est au centre des opérations. Il dirige comme un chef d’orchestre, peut faire une pause, redémarrer, analyser une attitude, s’attarder sur un élément comme une carte, un intervenant, du mobilier spécifique présents dans l’univers concerné. C’est un mix de réalité et de virtuel, ce qui fait sa force. On vit concrètement son apprentissage mis en situation !

La classe immersive ne s’adapte qu’à de petits groupes (10 personnes) et nécessitent des investissements importants.

J’imagine des applications sans limites :

  •  La mise en situation/simulation des étudiants lors d’une négociation internationale ou d’une réunion de travail mouvementée… avec de la gestion de conflits, la maîtrise du stress, la compréhension fine du langage non verbal…
  • Dans la grande distribution, l’optimisation de rayons par des mises en situation avec de la réalité virtuelle de manière illimitée.
  • La mise en perspective d’un conflit géopolitique avec cartes animées, jeux de rôles des parties prenantes, décryptage et élaboration de scénarios et leurs conséquences. War rooms en direct.
  • Différents scénarios de prospective avec sensations ressenties de type climatique, par exemple.

Quelles Conséquences pour les établissements ?

 

Le mouvement est bien sûr inexorable, nous n’y échapperont pas. Les pratiques éducatives, nos manières de gérer les établissements sont questionnées, bousculées voire « disruptées » par le digital et les nouvelles attentes et usages des étudiants, des entreprises.

Si le mouvement s’accélère, il n’en reste pas moins vrai qu’il véhicule ses propres limites, en particulier pour les EdTechs. J’ai tenté de les formuler dans un article sur The Conversation début janvier.

Mais vous le savez, je suis un enthousiaste et je m’émerveille de cette multitude d’innovations que j’ai pu découvrir sur le BETT 2017 qui donne le vertige. De nouveaux défis à relever !

Comment articuler toutes ces innovations dans nos établissements dont le rythme ne peut s’emballer ou s’arrêter en fonction de modes ou de technos de passage ? Nous pourrions nous engager dans une stratégie d’école du future basée sur de quick wins successifs. Mais pour quels effets à moyen et long termes ?

L’enjeu est d’identifier les tendances de fond et d’arbitrer avec une seule idée en tête, la création de valeur pour toutes nos parties prenantes (étudiants, entreprises, partenaires, personnels). Notre mission est à la fois de créer et de développer des projets long terme en implémentant l’innovation dans nos pratiques de manière globale (de la pédagogie à la gestion en passant par la communication).

Financement et conduite du changement seront les deux facteurs clé de la réussite de cette transformation :

  • Pour faire le lien entre innovations pédagogiques (contenus et méthodes) et principe de réalité (diversité des publics et modèles économiques),
  • Pour accompagner le changement du métier d’enseignant, en direction de l’étudiant, de la recherche, de l’entreprise et de la cité.

Cela donne des ailes mais quel projet vertigineux ! Nous ne sommes plus dans l’ajustement ou l’adaptation du cours, de notre manière de gérer l’établissement. Ce sont des changements profonds.

Je reviendrai sur la création de valeur pour une école, une grande école dans un prochain post. La technologie bien qu’omniprésente reste un outil, un moyen et non une fin, au service du projet et de la stratégie de l’établissement.

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