Le blog de Jean-François Fiorina

Rétroviseur, rétroviseur… que vois-tu ?

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Au seuil des vacances, jetons un coup d’œil dans le rétroviseur… Pour nous, GEM, c’est une belle année qui s’achève avec de bons résultats et beaucoup de projets stimulants. Sur mon blog, là aussi, des succès, de belles rencontres. Je pense, entre autres, à Martine Depas (FINANCIÈRE DE COURCELLES) et son interview « Comment l’éducation devient un marché » ou celle de Godefroy de Bentzmann (DEVOTEAM), «  35 millions d’actifs devront changer de métier » sur l’impact du digitalisation sur les organisations et les compétences.

La question de l’école est également revenue sur le devant de la scène médiatique. Plusieurs Unes du Parisien ont titré sur un nécessaire « Grenelle de l’Éducation » ou le boom des pédagogies alternatives. Imaginer l’école du futur dans un contexte de mondialisation et de concurrence internationale, c’est imaginer le futur de nos sociétés, le bien-être de leurs citoyens et leur prospérité. À ce titre, j’ai beaucoup apprécié, le thème proposé pour le Cercle des Économistes, Les Nouvelles formes de prospérité lors des journées d’été à Aix-en-Provence début juillet.

Nos établissements sont au cœur de la bataille des savoirs et des talents. L’école du futur ne pourra se construire sans de nouveaux moyens qui porteront les projets d’innovation pédagogique et d’explication/appropriation de notre monde en transition. Je débuterai, d’ailleurs, début septembre un nouveau cycle par un post sur ma vision des formes que pourront prendre l’établissement du futur dans l’Enseignement supérieur, son écosystème et ses Edtechs associées.

Ce que j’ai vu…

 

Sortir des postures et de l’idéologie

J’observe avec intérêt les réflexions sur l’intégration de l’innovation pédagogique dans le cursus des enseignants. C’est une très bonne chose que de sortir de la dichotomie salle de classe vs recherche. Les deux sont intimement liés, nous n’échapperons à une recherche de pointe en matière de pédagogie.

Par contre, quelle catastrophe, cette apparition du tirage au sort pour « sélectionner » les candidats. Quand Ubu rencontre Kafka ! Aboutissement d’une longue succession de renoncements. Surpris également de ne pas voir manifester les étudiants contre cette mesure alors que le seul mot « sélection » mobilise largement leurs organisations syndicales.

Le pays est face à la massification de l’Enseignement supérieur, face à une vague mal préparée tant sur le fond que sur son financement. Le désir de faire des études y compris longues augmente dans la population alors que les débouchés stagnent et que les flux ne sont pas orientés vers la demande à court-terme des entreprises et des organisations. À quoi cela sert-il de pousser autant d’étudiants dans les cycles licence-master où de nombreux seront en échec ou frustrés ?

 

L’enjeu bac+3

Ce sera vraisemblablement le futur champ de bataille entre l’université (licence, BTS, IUT testant le bac+3) et les grandes écoles sachant que les écoles pos-bac et les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) continuent à bien remplir leur rôle.

 

Cybersécurité et protection des données personnelles

Vraisemblablement l’un des enjeux économiques et sociétaux les plus cruciaux et sur lesquels nous sommes les moins préparés. En témoignent les ravages des récentes attaques à la fois sur les entreprises et les opinions publiques littéralement hackées par des campagnes virales, de fake news et de conditionnement. Notre prospérité et notre mode de vie ne pourront faire l’économie de vision et d’actions concertées quant aux dérives de la digitalisation massive de nos infrastructures économiques, démocratiques et personnelles. C’est la notion même de progrès que peuvent remettre en cause certains usages dévoyés des technologies.

La problématique cybersécurité nous touche à plusieurs niveaux :

  • en tant qu’établissement car nous sommes des cibles potentielles,
  • auprès des étudiants pour les sensibiliser et les former. Paradoxalement ce n’est pas évident pour cette génération dont la vision de la question est plutôt du registre du James Bond ou de l’improbable. Faut-il qu’ils soient touchés personnellement ou qu’ils l’aient vécu dans une entreprise pour en être conscients ? Nous allons former des spécialistes avec notre CQP — Certificat de Qualification Professionnelle en partenariat avec l’EPITA – école de l’intelligence informatique car il y a un besoin important de recherche et d’accompagnement des entreprises dans ce domaine.

Je renvoie à l’éclairante interview de Jean-François Pépin (CIGREF) que j’ai réalisée en 2015 : la cybersécurité, c’est du management, de l’humain, une tendance lourde et irréversible.

 

Et apprécié cette année…

Une nouvelle manière de voir l’Enseignement supérieur dans un triptyque : 

  • Une intelligence des territoires

L’équilibre des territoires en matière d’éducation s’impose au-delà de la seule réflexion d’aménagement, peut-on alors parler d’intelligence des territoires, d’offre globale territoriale et d’éducation ? Comment faire pour que les métropoles ne concentrent pas l’essentiel des budgets, des infrastructures et des établissements ? Comment faire pour que les villes moyennes bénéficient de ces apports intellectuels et économiques ?

Ne faut-il pas développer les réseaux tant physiques que numériques, créer des systèmes de liens, de passerelles et d’accompagnement pour qu’un territoire puisse exister dans un ensemble plus global ? La ville de Montereau est un exemple à observer quant à l’accès à l’Enseignement supérieur. Son maire Yves Jégo teste la Digitale Académie pour trouver des solutions aux 150 jeunes de sa commune sans solution post-bac.

  • Une orientation choisie et non subie.

J’ai souvent insisté sur l’importance d’une orientation anticipée pour éviter des choix par défaut, des choix subis ou imposés par l’échec. J’ai écrit quelques posts sur la question.

  • Faire le lien entre le lycée et le supérieur.

Que ce soit pour l’orientation ou ce lien plus fluide que je préconise entre le secondaire et le supérieur, certaines mentalités devront changer. Je suis toujours surpris d’entendre des discours d’ouverture pris individuellement et de voir que rien ne bouge dès que la structure Éducation nationale s’invite au débat. Les opinions sont en quelque sorte, « gelées ».

 

La vague entrepreneuriale et ses écosystèmes dans un monde global

L’étudiant est mondial tout comme l’Enseignement supérieur. Que ce soit pour son cursus universitaire ou la création de sa start-up, l’étudiant ou le jeune entrepreneur d’aujourd’hui fait son benchmark parmi la multitude des offres à portée de clics. Quel rapport coûts/bénéfices ? Quels services proposés ? Quels débouchés ? Plus de tabous dans l’analyse du marché, la localisation ou les choix effectués. La mondialisation de l’Enseignement supérieur n’est plus en marche, c’est un fait que nous vivons au quotidien. Pour être influent sur cet échiquier, universités et grandes écoles doivent travailler ensemble pour ne pas se retrouver isolés à l’échelle de la planète.

L’entrepreneuriat ne se pense plus comme la somme : cours + incubateur dans une grande école. Il est devenu une compétence indispensable dans tout le cursus. Notre valeur ajoutée aujourd’hui est d’accompagner les créateurs non seulement dans l’école mais au-delà, en direction des meilleurs incubateurs au plan national et international selon la nature de leur projet. Notre défi étant de conserver le lien avec ces porteurs du projet, de la conception à la gestion de l’entreprise en développement.

 

Le développement des Ed-techs : concurrentes ou alliées ?

Les Edtechs sont parties prenantes de nos environnements. Allons-nous travailler ensemble ou créer nos propres écosystèmes en tant qu’établissements ? Certaines start-up ont levé des fonds de manière très efficace. Je pense à Klaxoon, Corpacademy, Nomad ou Kartable. Rendez-vous en septembre pour le premier post de la rentrée sur Edtechs et stratégie d’établissements !

 

Un monde géopolitisé

Pour un passionné de géopolitique, l’année 2017 restera dans les annales avec la victoire du Brexit au référendum britannique et l’élection de Donald Trump à la présidence américaine. Je les vois comme des ouvertures possibles en terme de développement de notre Enseignement supérieur continental et international. À la fois par le risque que prennent les établissements britanniques en fermant la porte à certains talents et aux remous y compris dans le propre camp du président Trump que causent les débats houleux générés par le repli sur soi américain vis-à-vis des étudiants étrangers.

 

Être présent aux émergents

L’Enseignement supérieur doit servir le développement des pays émergents. Nous avons un rôle à y jouer sans vouloir y calquer nos modèles. Un rôle d’accompagnement, d’aide au développement, une présence voire une influence à conforter sur les plans culturels et économiques. Chaque pays construit son propre modèle, il faut donc agir de manière spécifique selon les cas (voir ma trilogie sur les systèmes chinois, saoudien et iranien).

 

Élections : le séisme politique selon Macron

La fin de cette très longue séquence d’élections politiques en France — débutée fin 2015 avec les Régionales — a marqué un tournant majeur y compris dans la vision de la France à l’international. On a envie d’y croire…

 

Climat, éthique, bien-être, environnement : des thématiques maintenant bien ancrées dans notre quotidien

Intéressant et rassurant de les voir s’inscrire dans le paysage de manière durable et surtout auprès des plus jeunes générations. Nos formations vont devoir les intégrer plus fortement mais comment bien les enseigner ? Un défi de plus à relever !

 

Bel été à toutes et tous ! Merci pour votre fidélité et vos marques d’intérêt au fil des années, chers lectrices et lecteurs.

Rendez-vous le 7 septembre pour la reprise du blog que j’espère encore plus riche, interactif et stimulant et des surprises !

 

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