Le blog de Jean-François Fiorina

L’école des nouveaux espaces

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©melbourne learning lab

 

À l’heure des Edtechs, de l’éducation online et de la puissance des GAFA, le bâtiment et ses espaces seront — paradoxalement ? — cruciaux dans l’école du futur. Point d’ancrage, lieu de tous les apprentissages et de la socialisation, lieu de vie et d’ouverture à la société, partie prenante de la marque, les espaces de l’école du futur vous structurer — déstructurer ! — la manière de penser l’éducation. Alors que vient de se terminer le 2ème Summit on innovative learning spaces, je ne pouvais que traiter ce sujet cette semaine !

 L’organisation actuelle des lieux du savoir est basée sur des fonctions, façon hôpital ou monastère ! De grands couloirs et des salles de part et d’autre.

Ce schéma ne sera plus pertinent dans l’école du futur où la notion de flux prédomine (apprentissage, socialisation, rencontres, défoulement, repos, etc). Tout s’organise autour de la pédagogie et de la vie. Le bâtiment reste un élément important dans l’écosystème du savoir et de l’école du futur. Il s’y intègre comme le lieu de passage et de l’interaction de toutes les parties prenantes. À ce titre, il doit — au sens propre et figuré — décloisonner les espaces, rendre fluide l’expérience des parties prenantes (étudiants, enseignants, professeurs et supports, partenaires, grand public et citoyens, etc).

De quels espaces parlons-nous dans l’école du futur ?

 

  • Des salles de classe, façon classe de Maternelle.

Imaginez de grands espaces modulables en fonction des activités : découverte, lecture, discussion, café, etc. Une classe maternelle y ressemblerait et encore plus suivant la méthode Montessori où le matériel pédagogique peut se déplacer en fonction des activités de chacun ou des groupes.

Pour ce qui est du supérieur, le mobilier reconfigure la salle là aussi en fonction des activités et des différentes séquences de la session d’apprentissage (étude de cas, travail en groupe, visionnage d’une vidéo, discussion avec un intervenant à distance, explication de l’enseignant, évaluation, etc). L’enseignant coache et anime, l’apprenant construit son parcours en fonction des attendus et de ce qu’il souhaite.

  • Des salles de classes sur équipées en tableaux connectés, systèmes d’informations, mobilier, tout en restant un lieu de vie que l’enseignant et les élèves investissent pleinement. L’idée est également de se libérer des plannings complexes incluant 2 ou 3 salles en simultané. Il y a unité de lieu.

La dimension FaB Lab offre des possibilités de créativité (écriture sur les murs), d’agora (restitution et échanges), la création d’espaces pilotes tels que des shops connectés ou des salles de marché. On peut même imaginer que la salle de l’école du futur viendra à l’apprenant même s’il n’est pas présent physiquement grâce à la réalité augmentée. Ou l’inverse qu’il découvrira de nouveaux mondes dans une salle de réalité virtuelle !

On trouvera des espaces dédiés à la production de la connaissance et de l’apprentissage in situ, en vue de la création de MOOCS, de serious games, de vidéos, etc.

  • La bibliothèque, centre de ressources. Je suis très fier de notre bibliothèque à GEM, un outil de travail, de connaissance, stimulant la curiosité et l’esprit critique. Elle accueille aussi les week-ends les étudiants et fait le plein même pendant la saison de ski !
  • Des espaces de vie très divers propices à la création et aux contacts

On imagine pouvoir y vivre et se dire — ce qui est déjà le cas — « mince l’école est fermée aujourd’hui ! ». Avec des espaces sportifs, de méditation, de musique, de restauration, une war room, une salle de journalisme, une salle TV, des incubateurs.

Nous devrons peut être également réfléchir à la mise en place de nouveaux espaces du type The Camp, campus d’innovation d’un nouveau type, qui vient d’être inauguré près d’Aix en Provence ou « contracter » avec ce type d’espaces.

J’imagine dans les services proposés celui du logement. Même si cela nous éloigne de notre métier, c’est une dimension à intégrer dans l’écosystème de l’école du futur.

Nous ne sommes pas (plus) dans l’école virtuelle même si cette dimension est — et reste — stratégique. Nous sommes dans le monde physique celui de l’accueil et de la rencontre. Les deux vont de pair et sont complémentaires. Les géants du Net — GAFA et autres — amorcent d’ailleurs un retour au monde physique (Les Echos, 3/10/2017 page 9) pour accompagner leurs clients tout au long de leur vie, multiplier les occasions de contact. Le nouveau siège d’Apple à 5 milliards de dollars et 6 ans de travaux vient de voir le jour tandis que Facebook imagine une ville à son image !

L’école du futur ne poursuit pas les mêmes buts mais doit relever les mêmes enjeux de lien, de collaboration et aussi de communication. Ce qui fait la transition vers ma 2ème partie.

De quels enjeux parlons-nous pour les espaces de l’école du futur ?

 

  • Des enjeux de conception/gestion d’espaces

Le monde qui se construit est enthousiasmant. Mais sa conception et son fonctionnement imposent une vision et des méthodes. Le bâtiment est donc pensé selon des flux et la mobilité, sur l’expérience étudiante comme décrit dans l’un de mes récents posts, et bien sûr, au service de modes d’apprentissage complexes et innovants.

  • Des enjeux financiers

L’école du futur, ce n’est pas un simple coup de peinture même connectée ! Les bâtiments comme la pédagogie du futur bousculent les modes traditionnels de penser l’espace et la salle de classe.

Il y a donc un travail en amont important à réaliser avec toutes les parties prenantes de l’école (profs, personnels supports, direction, architectes du bâti, architectes SI, maîtrise d’œuvre, etc) pour co-concevoir et fabriquer ces nouveaux espaces. Ils impactent nos manières de penser nos métiers et la relation à l’autre, en présentiel et virtuel. Ils ont un coût important, ce sont des investissements physiques qui vont structurer nos activités au cours des prochaines décennies.

  • L’ouverture à la cité 

J’imagine l’école du futur ouverte sur la ville, la société et le monde. C’est déjà fait en termes d’ouverture à toutes les diversités. Ce doit l’être aussi pour la cité et la proximité. Les partenaires de l’école qu’ils soient entreprises, associations, collectifs doivent se sentir chez eux pour venir travailler avec les étudiants ou des professionnels. Nous devrons également prévoir des espaces de co-working pour nos partenaires ou nos alumni ou pour toutes personnes qui souhaiteraient éventuellement entrer en contact avec nos étudiants.

Pourquoi ne pas offrir la possibilité aux entreprises d’organiser certains codirs et comex à l’école ? Les flux ne se sont pas limités aux murs de l’école mais à l’extérieur vers le monde réel, là où se passent le business, la vie sociale…

  • Des enjeux de communication, de sécurité, de fonctionnalité

Pourquoi ne pas imaginer des opérations de branding ? Ce ne sont pas des gadgets. La perception de l’école va changer. Il faudra cependant canaliser les évolutions, préparer les équipes à ces changements de paradigme, préparer les étudiants, former les enseignants, imaginer les nouveaux métiers qui accompagneront l’ensemble.

Le bâtiment de l’école du futur sert son évolution tout en restant dans la souplesse et l’agilité. Les cycles de vie économiques, technologiques, sociaux s’accélèrent. Il y a donc nécessité de ne pas se figer dans une nouvelle doctrine mais d’imaginer ce qui sert au mieux les « usagers » de l’école et la stratégie de l’établissement. Attention au décalage, à l’effet gadget, au « beau » ne servant pas l’utile. L’essentiel est de réussir l’appropriation par les étudiants, les enseignants et toute la communauté de l’école dans et hors les murs.

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