Le blog de Jean-François Fiorina

Grandes écoles : clap de fin ou expansion ?

la fin des grandes ecoles

Emballement et feu roulant de déclarations ces dernières semaines sur l’avenir des grandes écoles et des business schools françaises de la part de Bernard Ramanantsoa, « Sommes-nous au bord du groufre ? » ; de Bernard Belletante (emlyon) ou de plus récentes, d’Alice Guilhon (Skema) sur l’éventuelle départ de son école à l’étranger, du président de la CCI de Paris sur AEF à propos du Qatar et de Singapour « pas contre l’idée d’investir dans HEC » ou de Sylvia Lacoste (Kedge) dans The Conversation « les écoles doivent-elles devenir des entreprises comme les autres ? ». Ça cogite beaucoup dans l’enseignement supérieur mais nos préoccupations ne s’expriment pas (ou plus) à la même échelle : pour les universités se pose la question de leur existence à l’intérieur de l’hexagone ; la nôtre — grandes écoles et business schools — celle d’exister à l’international dans un environnement hyper concurrentiel. Mon décryptage et vision des enjeux vers une fin d’année mouvementée.

Les grandes écoles toujours en ébullition

La discussion reste intense sur la question du financement alors que nos besoins augmentent dans un environnement international très porteur… pour nos concurrents ! Il me semble utile de rappeler que les business schools ont assumé — depuis 20 ans — leur développement par leurs propres moyens sans subvention, y compris à l’international.

Aujourd’hui la bataille s’intensifie, elle est encore possible parce que nous sommes performants. En témoignent le nombre de business schools françaises accréditées et leur place dans les classements internationaux. Un fait qu’oublient régulièrement les politiques et l’opinion publique. La prochaine marche sera très haute, les investissements à venir sont conséquents : l’immense chantier de l’innovation pédagogique s’ouvre et il faut toujours investir pour attirer les meilleurs étudiants et enseignants-chercheurs. D’autres pays entrent dans la course, ils saisissent l’occasion d’un Enseignement supérieur renforcé comme un élément structurant de leur soft power. L’Enseignement supérieur est compris comme un levier d’influence aussi puissant que le culturel, l’économique ou le politique.

Notre bataille ne fait que commencer : exister et poursuivre notre développement au plan international et servir les besoins des entreprises à cette échelle.

Grandes écoles : Sommes nous des entreprises ?

Question pertinente à laquelle je répons oui, au sens littéral du terme. Attention à l’interprétation du mot, « entreprise ». Nous en sommes une mais un peu particulière.

Dans le cas de GEM, notre nouveau statut d’EESC — Établissement d’Enseignement Supérieur Consulaire — répond aux besoins d’évolution des écoles. Nous sommes des entreprises par la force des choses et ce type de statut nous permet d’exister et de nous développer sans viser un objectif marchand. C’est un moyen et non une fin en soi. J’ai déjà eu l’occasion d’en parler, s’il est bien géré et organisé, c’est un atout mais qui supposent d’autres méthodes de fonctionnement. 

Grandes écoles : Entreprises de quel type ? 

Entreprise de formation ? Non ce serait trop réducteur en termes de publics adressés et de services proposés.

Quand on balaie l’ensemble des services et prestations qu’offre une grande école de business qui sont trop souvent méconnus et même des entreprises, je considère que nous sommes d’abord des entreprises de services aux entreprises.

Nous devons également avancer dans la transformation du parcours étudiant qui doit devenir une expérience étudiante unique. Cette notion de SRM – Student Relation Management — dont j’ai précisé les contours doit guider l’ensemble de notre stratégie et actions.

L’entreprise comme l’étudiant sont au cœur de notre dispositif. Il vient vivre une expérience qui va au-delà des seuls cours dispensés conduisant à son diplôme. L’étudiant vient vivre une expérience qui inclut les activités pédagogiques, l’accompagnement professionnel et le développement personnel, l’intégration aux réseaux et la mise à disposition de ressources multiples. Dans cette bataille internationale, ce seront des éléments clés dans le choix de tel ou tel établissement.

Il faudra également rendre fluide et accessible ces parcours et expériences complexes. Ce que le numérique peut nous aider à faire. L’école du futur induit aussi de nouveaux espaces spécifiques et physiques. Et bien évidemment des collaborateurs ou des professeurs capables d’accompagner dans tous les domaines tant les étudiants que les entreprises partenaires. Cela demande des moyens qui ne se limitent plus à la taille des promotions ou des frais de scolarité !

Ce bouquet de services est à prévoir dans un continuum de vie, pour suivre et accompagner nos alumnis jusqu’à leur retraite, s’ils en auront une !

Des stratégies basées sur des missions précises et une vision à long terme des écoles réfèrent — là aussi — au vocabulaire de l’entreprise. Et n’oublions pas que les accréditations internationales (EQUIS, AACSB, AMBA) nous ont permis cette réflexion et ce cheminement.

Ce n’est en aucun cas de la science fiction mais les prémisses de la mise en place de l’école du futur qu’imaginent activement tous les acteurs de l’Enseignement supérieur !

Et demain que serons les grandes écoles ?

Des entreprises de la data ou des médias ? La somme des connaissances que nous produisons ou traitons à travers les rapports de stage ou d’étonnement, les publications des professeurs, les livres, les veilles se chiffrent en dizaines de milliers d’unités. Nous réfléchissons à la valorisation de ces contenus et les nouveaux business modèles qu’ils induisent. Quand les GAFA tel qu’Amazon ou Google investissent dans le savoir et les contenus, ils constituent un trésor de guerre qu’ils pourront valoriser en devenant pourquoi pas, à leur tour, des entreprises de formation en ajoutant une couche de valeur pédagogique. Seront-ils nos futurs concurrents ? Peut-être. En tout cas, les médias en ont fait la douloureuse expérience depuis maintenant vingt ans.

Nationalité et actionnariat d’une grande école

Skema déclare être une business school internationale dont le siège social pourrait migrer à Singapour tandis que le président de la CCIP déclare que le Qatar et Singapour s’intéressent aux écoles telles qu’HEC pour y entrer au capital.

Au-delà du clin d’œil géopolitique, je fais bien de m’intéresser à cette discipline pour comprendre les mutations actuelles ! La question mérite d’être posée quand un certain de pays ont bien compris que d’investir dans les écoles performantes et installées confère un puissant levier de soft power. Et qu’ainsi, ils font « coup double » en gagnant plusieurs décennies d’investissement matériel et immatériel pour atteindre le top niveau des business schools ou des écoles d’ingénieurs qu’ils visent.

Le Qatar est un très bon exemple de ce type de stratégie. Il a tout intérêt à disposer d’une business school d’envergure internationale d’autant que nous avons besoin de financement… Quant à Singapour, il compléterait son offre de service et consoliderait son internationalisation. D’autres acteurs pourraient suivre.

Mais quel dommage que des pays étrangers récoltent les fruits du travail des business schools françaises ! Quelle perte d’influence pour nos entreprises, nos étudiants, et le pays globalement. Ces problématiques incluent d’autres aspects toujours d’une actualité brûlante : la formation professionnelle, l’apprentissage et sa taxe…

Suite la semaine prochaine : dans ce contexte et sur un plus plan pratique, ce que doit être la business school du 21ème siècle ?

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