Le blog de Jean-François Fiorina

À l’épicentre de l’innovation mondiale (et de l’école du futur !)

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L’équipe de choc des Gemiens sur le CES 2017 au service des adhérents de MINALOGIC, pôle de compétitivité grenoblois des technologies numériques. ©DR

Le Consumer Electronics Show — CES de Las Vegas s’est déroulé du 9 au 12 janvier 2018. Épicentre des nouvelles tendances technologiques mondiales, it’s the place to bepour les start-up, investisseurs et grandes entreprises. Mais aussi pour… les étudiants du Mastère Spécialisé Entrepreneurs de GEM partis en mission spéciale pour ses entreprises partenaires via le pôle de compétitivité MINALOGIC. Ils ont réalisé pendant le salon un travail de veille, de communication/valorisation et d’accompagnement des entreprises. Des Gemiens enthousiastes, des entreprises séduites par la démarche et avides d’informations. Une réussite parce qu’il s’agit à la fois d’une démarche pédagogique encadrée et d’un service rendu aux entreprises et à l’école. Retour sur ce moment d’exception avec des étudiants (CassandreJoseph, Yann) et leurs encadrants (Kathia RONEZ, pilote du Mastère Spécialisé  Entrepreneurs, directrice adjointe de l’Institut de l’entrepreneuriat et Jean-Claude LEMOINE, directeur de l’Institut de l’entrepreneuriat et d’Incubagem).

Jean-François FIORINA : votre initiative en quelques mots ?

Kathia RONEZ : Tout d’abord, la particularité de cette formation est la pédagogie par l’action. On y déploie la pédagogie HEC Entrepreneurs. Les étudiants passent 80% de leur temps au contact des entreprises. Nous accompagnons plusieurs entreprises de l’écosystème grenoblois et des pôles de compétitivité tels que Minalogic avec qui nous avons monté cette action. Nous avons décidé d’optimiser la présence et le travail des étudiants et des start-up engagés sur le CES, à la fois en amont pour définir les raisons respectives de leur participation, leurs objectifs (recherche de partenaires, levée de fonds). Tous les étudiants se sont penchés sur des problématiques différentes : identification des entreprises à rencontrer, communication, gestion du stand… Ils sont même arrivés un jour avant le début du CES pour monter les stands.

Cette promotion compte 30 étudiants en master soit en fin de programme d’écoles soit déjà ingénieurs, d’où la plus-value incroyable pour les entreprises. La qualité de ce Mastère réside dans la mixité des profils, la pluri-compétence cumulée de ces étudiants, l’idée est de s’enrichir les uns les autres.

Jean-François FIORINA : racontez-nous cette démarche originale de binôme étudiant-entreprise.

Kathia RONEZ : Nous avons travaillé avec MINALOGIC pour connaitre les besoins des entreprises, leur expliquer la nouveauté de la démarche. En parallèle, nous avons demandé à tous les étudiants de nous envoyer des mini-CV que nous avons transmis aux entreprises sélectionnées qui nous ont fait un retour sur les étudiants qu’elles voulaient rencontrer. Elles nous avaient envoyées au préalable leurs mini-cv pour que les étudiants puissent se positionner également. Par la suite, j’ai organisé un speed-meeting entre les étudiants et les entreprises pour tout combiner.

Comment se passe le choix des binômes ? Le choix de la mission ? L’organisation des autres missions de ce Mastère spécialisé (MS) ? 

Kathia RONEZ : Nous avions 3 missions : l’une directement rattachée aux start-up de MINALOGIC avec un accompagnement, une autre mission de veille et la dernière en communication.

Pour la mission de veille, nous avons pris notre bâton de pèlerin et nous sommes allés rencontrer les adhérents de MINALOGIC. Nous avons expliqué notre projet qui a mobilisé pour la première fois toute une promotion du MS pour le CES. De grandes entreprises comme ATOS, ENEDIS, CAISSE D’EPARGNE DES ALPES ont exprimé leur besoin de la manière suivante :« nous n’avons pas forcément la possibilité d’aller au CES par contre, nous nous posons vraiment des questions sur les avancées en termes de nouvelles technologies et d’impact sur nos entreprises demain. Nous aimerions donc que vos étudiants puissent avec ce regard frais, observer et nous faire une restitution ». Joseph était, par exemple, sur une mission de veille sur l’intelligence artificielle pour ATOS.

Joseph : En effet, j’ai effectué une restitution devant tout le département ATOS de Grenoble, mes ressentis, mes coups de cœur et puis les tendances que j’ai pu identifier sur le salon. Je rédige également un rapport plus approfondi sur l’analyse des tendances pour les années à venir que je remettrai à la direction Innovation d’ATOS.

Qu’est-ce qu’une veille ? En quelques mots…

Joseph : La veille, c’est une présence sur l’amont : quelles entreprises au CES pouvaient être plus intéressantes que d’autres, comment créer une feuille de route, identifier les immanquables ? Puis, c’est tout simplement arpenter les allées du CES pour trouver des entreprises susceptibles d’apporter de nouveaux éléments, de nouvelles informations. Et puis l’aval du salon ! Avec une phase de restitution : présentations et rapports. Au-delà, la veille supposait de savoir où en était l’intelligence artificielle aujourd’hui à travers plusieurs articles d’experts et une bibliographie.

 Pour cela, pas besoin d’aller à Las Vegas ? Sur les sites internet des enteprises, les réseaux sociaux, les informations foisonnent !

Joseph : L’avantage d’aller au CES, c’est cette concentration inédite d’entreprises qui présente les innovations de demain. Ce qui n’est pas toujours le cas sur leur site bien qu’il y ait souvent des annonces. Être le premier à avoir la bonne vision d’ensemble du marché de l’intelligence artificielle. Sur la voiture connectée, le tiers des exposants s’y penchait, c’est donc une tendance très forte pour les années à venir. Moins forcément le cas de l’intelligence artificielle qui veut détecter les émotions des animaux… C’est également un lieu de découverte de petites entreprises où il est possible de trouver de nouvelles idées d’application des technologies. Ce salon permet aussi de tester, savoir à quel point les promesses rencontrent la réalité.

Un autre élément important, plutôt que d’être dans de la constatation, cette fois-ci, tout se déroule pendant l’échange. Le contact in vivo avec les entreprises permet une comparaison plus concrète. L’analyse devient pertinente. Ce qui est incroyablement intéressant au CES ce sont les échanges, de nouvelles synergies émergent.

Dans la partie entreprises, avez-vous des exemples de missions types ?

Kathia RONEZ : Nous avons accompagné 9 start-up, comme Eyesee qui relève de l’intraprenariat chez HARDIS GROUP qui développe un drone inventoriste. C’était la première fois qu’ils allaient au CES, ils étaient même surpris que leur entreprise soit taguée par un certain nombre de personnes et se sont rendus compte du potentiel de leur produit. Finalement ils sont revenus avec de très bons contacts.

Et dans ce cas de figure, quelle était la place des étudiants ?

Kathia RONEZ : Paradoxalement les étudiants sont beaucoup plus à l’aise dans la relation client que des personnes issues d’un univers très technique. Les missions n’étaient pas toutes semblables mais leur ambition oui : se faire connaître et rayonner.

Cassandre : L’autre valeur ajoutée, c’est l’intelligence collective générée pour les start-up. Tous les étudiants étaient en lien les uns avec les autres, alors qu’entre les start-up, il n’y avait aucun lien. Ce sont de nouvelles connexions qui ont vu le jour. Stevie Wonder est même venu voir un étudiant sur la start-up HAP2U et il s’est dit que ce serait génial qu’il aille voir l’autre start-up de Rhône-Alpes ORIA qui lance la bague connectée au piano.

Si nous parlions maintenant de la réaction des entreprises ?

Kathia RONEZ : Le travail n’est pas encore terminé. Il continue jusqu’à la fin de l’année. Au départ, plusieurs des entreprises étaient partantes du fait de ce nouveau regard et par le côté opérationnel des étudiants. Et maintenant d’autres viennent nous voir directement pour savoir si, l’année prochaine, le même dispositif sera reproduit. Elles ont tout de suite compris l’intérêt de la dynamique de groupe.

Jean-Claude LEMOINE : Nous parlions des contacts directs que nous pouvions avoir au CES. Des directeurs d’entreprises au niveau mondial sont présents. C’est également la possibilité de rencontrer de grandes entreprises difficiles d’accès ou très peu présentes sur les salons même en France. Le CES offre un accès aux intervenants de haut niveau. J’ai ainsi pu présenter au n°2 de Michelin — Florent Menegaux —, et prochainement n°1, les start-up avec lesquelles nous avons travaillé. HAP2U qui propose écran à ondes ultrasoniques modifiant le toucher l’a bluffé. Le contact s’est établi.

Quelle est la phase suivante ?

Kathia RONEZ : Aujourd’hui les étudiants travaillent tous les mardis pour les start-up. Ils ont déjà qualifié tous ces contacts, donc maintenant ils envoient des documents, reprennent des rendez-vous.

Vous avez dû réorganiser le MS ?

Kathia RONEZ : J’ai revu toute l’organisation du MS pour que les étudiants aient du temps à consacrer aux entreprises.

Yann : J’étais sur la veille et couvrais le best of CES. Dans un premier temps, je me suis basé sur les Innovation Awards que les entreprises avaient pu obtenir et puis, dans un second temps, j’ai dégagé les nouvelles tendances. Je publiais une à trois vidéos d’une minute par jour sur le Facebook de l’école pour présenter un produit.

Alors, 3ème type de mission, la communication ?

Il s’agissait de mettre en avant les actions des étudiants pour les start-up, la veille, la création de synergies.

Qu’avez-vous retenus tous les 3 de ce salon ?

Une formidable expérience, une opportunité en or pour toute la promotion. J’ai eu la chance de pouvoir rencontrer et discuter avec des créateurs d’entreprises qui étaient assez âgés. Ils venaient au CES pour la première fois, c’était le rêve d’une vie, un réel accomplissement. En tant qu’étudiant, j’ai eu l’opportunité de participer à un salon de cette envergure et de pouvoir prendre conscience des multiples opportunités dans tous les domaines. J’ai réalisé qu’il nous faut seulement l’envie et la motivation pour réussir, c’est une leçon très concrète.

Cassandre : J’avais déjà travaillé dans des start-up donc j’avais déjà participé à des salons comme VivatechnologyMicrosoft expérience. Le CES est différent, nous avons la possibilité de rencontrer des personnes au top niveau mondial. Nous nous sommes sentis à l’épicentre de l’innovation mondiale.

Joseph : Je te rejoins dans cet aspect : être au cœur de la technologie, l’endroit vers lequel le monde se tourne pendant une semaine. Nous étions là, devant toutes les nouvelles technologiques qui vont sortir en 2018 et 2020 pour la plupart. J’ai particulièrement apprécié la responsabilité d’identifier les tendances. D’habitude, nous nous inspirions plus des rapports et du passé. Et là, à partir de ce que j’ai pu observer, je vais être capable d’émettre une projection pour l’avenir. D’autre part, nous avons tous déjà commencé à chercher des offres d’emploi ou de stages pour la suite et chaque entreprise réagit très positivement au fait que nous avons déjà une expérience de veille au CES. C’est significatif pour les entreprises.

Avez-vous eu des contacts entrants sur votre profil LINKEDIN ?

Cassandre : Nous en avions déjà eu plusieurs en amont alors que le CES ne s’était pas encore déroulé ! Ils nous demandaient de les accompagner en tant que start-up, souhaitaient en savoir plus sur le MS ou en tant que grande entreprise bénéficier d’une veille comme, par exemple, Orange. Un des buts de notre communication était la visibilité sur Linkedin.

Je me bats en ce moment parce que le monde académique n’a pas encore pris conscience de l’importance de Linkedin. Un profil bien identifié avec une belle ligne éditoriale est un élément qui permet d’être identifié et reconnu.

Kathia RONEZ : Cassandre a fait une formation de personal branding à toute la promotion.

Joseph : L’importance est là, une simple photo prise avec un smartphone à l’entrée du CES en est l’exemple. Lorsque nous voyons le nombre de vues générées sur LinkedIn parce qu’il y a un suivi, c’est incroyable ! 3000 vues par post ! Sachant que chacun des 30 étudiants de notre promotion a eu la même démarche de personal branding… Au vu du nombre de posts, nous avons dû toucher plusieurs dizaines de milliers de personnes. Et de bonnes cibles, identifiées.

Lorsque nous nous baladions dans le salon, de grandes entreprises nous interpellaient pour nous dire qu’ils savaient que nous étions des GEMiens. Alors que nous ne les connaissions pas.

Yann : Sur le stand de wavestone, la première phrase que la personne ait dite après avoir commencé à parler du MS Entrepreneurs, c’est « Est-ce que vous ne faisiez pas partie de la délégation CES ? ». Nous sommes identifiés et identifiables, et c’est un vrai plus pour nous dans toutes nos démarches.

Une belle réussite, côté organisateurs, quels sont les facteurs clé de réussite ?

Kathia RONEZ : Dès que j’ai commencé à réfléchir à ce projet, j’avais déjà ma stratégie. Les start-up sont notre cœur de métier, j’avais conscience de la valeur ajoutée des étudiants. Et aujourd’hui, c’est le retour qu’ils me font. Sur la mission veille, c’était un peu plus abstrait parce que nous ne savions pas les demandes que nous aurions et si pourrions les honorer : Fintech, blockchain

J’aspirais surtout à créer un moment très fort pour développer l’employabilité et valoriser le travail de mes étudiants. D’où l’idée de cette mission communication, le but étant de le faire savoir. Résultat, tous ont compris le poids du personal branding aujourd’hui. Nous leur avons aussi enseigné le pitch à l’américaine, en termes de compétences, ils continuent à se construire. Nous y avons cru dès le début comme en mes étudiants en lesquels j’ai toute confiance. Lorsque j’allais rencontrer les entreprises j’étais totalement sereine. Depuis plus de 20 ans sur ce Mastère Entrepreneurs, nous accompagnons des entreprises de toute taille. Je sais que je peux laisser chacun de mes étudiants faire des présentations devant des dizaines de personnes parce que la qualité est là.

Jean-Claude LEMOINE : J’ajouterais que l’aspect le plus positif, ce fut le regard des industriels et de l’écosystème sur le professionnalisme des étudiants. Le travail qui a été fait sur place a été très professionnel. Il y a une analogie avec l’hôpital. Lorsque que quelqu’un séjourne à l’hôpital, les ¾ du temps la personne est soignée par des internes, en aucun cas nous remettons en cause leur professionnalisme. Nous mettons notre vie entre leurs mains. Lors du CES, les entreprises se sont mises entre les mains de nos étudiants (qu’ils ont choisi) lors d’un évènement déterminant dans la vie de leur entreprise puisque ce sont des start-up majoritairement. C’est un point déterminant qui montre leur professionnalisme, à titre personnel, et la qualité du master entrepreneurs de GEM.

Deuxième point, en tant qu’enseignants, le CES nous a suscité cette question, face à cette multitude d’innovations, qu’allons-nous apprendre demain à nos étudiants ? Beaucoup de concepts classiques de marketing ont déjà volés en éclats tandis que d’autres arrivent comme le business du gratuit et ses impacts, les métamorphoses sociologiques et éthiques… Nous touchons à un domaine que je trouve passionnant. Nous devons nous adapter et suivre le mouvement parce que nos étudiants, eux, vont le vivre.

Allez-vous repartir l’année prochaine ?

Kathia RONEZ et Jean-Claude LEMOINE : Si nous pouvons, nous le ferons. Tout est mis en œuvre pour.

Si nous regardons les voyants :

         Satisfaction du client,

         Satisfaction des étudiants,

         Système rentabilisé,

         Retour en termes matériel et immatériel.

C’est une très belle opération.

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