Le blog de Jean-François Fiorina

Learning effectiveness : pour mieux enseigner au XXIème siècle

©DR

Comme speaker de la récente conférence internationale EMEA/AACSB (avril 2018), je suis intervenu sur le thème du Learning Effectiveness (efficacité/efficience de l’apprentissage) : standard n°12 AACSB. Au vu des échanges nombreux qui ont suivi, la question interpelle. Le critère porte sur les dispositifs d’évaluation des cours mais également sur les activités proposées par l’école pour qu’il développe ses aptitudes pédagogiques (accompagnement, formations, événements, incentives, etc). Ce critère doit tenir compte de la diversité des populations formées, des parcours et des niveaux adressés. Une approche globale de la pédagogie qui la place au centre du dispositif d’enseignement pour en faire une expérience riche, efficace et variée tant pour pour l’enseigné que l’enseignant ! 

Enseigner aujourd’hui : les constats

Le rôle de l’enseignant a changé. La logique du « tout est dans le cours » présentiel n’existe plus. Ce penchant latin de la pédagogie a laissé place à une scénarisation des modules pédagogiques avec plus d’interactions, de préparations/anticipations, de mises à niveau, d’alternance de plages synchrones et asynchrones, de présentiel ou non, et même d’apprentissages hors les murs de l’école comme j’ai déjà pu l’exprimer. La classe n’est plus aussi homogène. Elle est composée d’étudiants aux parcours et niveaux variés, aux motivations différenciées.

L’enseignant est maintenant en capacité d’adapter/inventer ses méthodes pédagogiques en fonction de sa matière et de ses étudiants ne se limitant plus au face à face. On peut parler d’organisation d’une expérience étudiante plutôt que de la suite de modules d’enseignement conduisant à un diplôme. L’enseignant joue tour à tour les rôles d’intervenant, d’expert, de coach, d’animateur, d’architecte, de chef d’orchestre où la pédagogie constitue le pivot et le moteur de l’ensemble du processus qui lui-même est intégré dans un process d’assurance qualité permanent. La technologie n’étant qu’un moyen et non une fin en soit. Et tout cela va encore évoluer exponentiellement.

Comment appréhender l’efficacité pédagogique ?

Cette performance pédagogique ou Learning Effectiveness recouvre un grand nombre de réalités :

  • Formation,
  • Accompagnement,
  • Valorisation/mutualisation des initiatives,
  • Apport de moyens au corps professoral afin qu’il puisse lui même se former et se tenir à jour, se sentir à l’aise quel que soit son statut ou sa matière.

Un exemple : la réponse de Grenoble Ecole de Management

Elle s’articule autour de 6 points clé :

  • S’appuyer sur une stratégie clairement identifiée et spécifique : nous avons décider — en tant qu’établissement de l’Enseignement supérieur — de favoriser l’expérience pédagogique des professeurs en partageant et en donnant les moyens pour de nouvelles pratiques pédagogiques. Une panoplie d’outils est mise à disposition : du coaching, à la formation en passant par la participation à des événements internes ou externes, etc.
  • Valoriser des pratiques et les communiquer

Toutes les écoles sont en réflexion sur ces évolutions. Nous avons de plus en plus besoin d’échanger, d’évaluer nos avancées, que la recherche également nous aide à évaluer l’efficacité des méthodes selon les matières : Quelle méthode en compta apporte les meilleurs résultats ? Quelles pratiques engagent durablement les étudiants ? Comment mieux les faire travailler ensemble ? Quel mix pédagogique mettre en place selon l’objectif visé ou la matière ? C’est un travail d’équipe.

  • S’appuyer sur un modèle pédagogique partagé

Le GEM learning model en ce qui nous concerne avec ses 4 piliers :

– l’humain — connaissance de soi, intelligence émotionnelle et projet professionnel,

– classe inversée et engagement de l’apprenant,

– projets intégratifs et opérationnels,

– gestion de l’imprévu.

  • S’appuyer sur un écosystème stimulant : la Edtech factory de GEM

Les idées et structures agiles telles que les Edtechs sont une source d’inspiration, d’expérimentation et d’évaluation de nos pratiques. Nous avons décidé de les intégrer dans notre démarche pédagogique. Comme j’ai pu l’expliquer dans l’un de mes articles dans The conversation.

  • Des incentives pour récompenser et mobiliser la communauté pédagogique

Le Prix de l’innovation pédagogique tient lieu de concours interne et permet à chacun de mettre en valeur son projet, sa réalisation.

La Journée de l’innovation pédagogique où conférences et ateliers offrent un moment privilégié de partage d’idées, de bonnes pratiques, de réseautage, de formation, d’anticipation.

  • Un centre dédié : le learning design

L’ensemble de ce dispositif s’ajoute aux évaluations que nous assurons au fil de l’année. La philosophie de l’efficacité pédagogique à GEM est que chacun — tout statut confondu — puisse se sentir à l’aise pas sans être enfermé dans un dogme. Il s’agit d’un processus, d’un état d’esprit à instiller. Cela demandera du temps et des moyens, nous ne sommes pas dans l’immédiateté.

Nous devons également poursuivre la réflexion sur la valorisation de la carrière des enseignants-chercheurs toujours sous le couperet du fameux « publish or perish ». Ce sont nos défis :

  • valoriser l’investissement pédagogique dans la carrière professionnelle des enseignants,
  • mutualiser les moyens et les outils entre établissements de l’Enseignement supérieur.

Ces chantiers sont importants et en perpétuel développement. Depuis 25 ans, date de début de mes enseignements, je suis impressionné par la professionnalisation dont ils ont fait l’objet. Cette mutation est quelquefois mal perçue par les étudiants qui adoptent un comportement consumériste. À leur décharge, je souligne qu’il faut les former, les sensibiliser à ces nouvelles pédagogies et méthodologies. Ils peuvent être déroutés après de nombreuses années d’apprentissage suivies dans un modèle traditionnel et formaté. Ils ont un besoin d’apprendre à apprendre ou de réapprendre à apprendre de manière différente. Nous devons bien sûr leur apporter les outils et les fondamentaux de l’employabilité en s’assurant que les concepts soient acquis et opérationnels, tout en les préparant à… l’inconnu.

D’où la nécessité de leur faire vivre ce que j’appelle une expérience pédagogique globale aux étudiants (et à leurs enseignants !), à la fois diversifiée et différentiée. Et donc en tant qu’établissement de l’Enseignement supérieur, faciliter toutes les occasions possibles de les créer !

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