Le blog de Jean-François Fiorina

Ecole du futur : entre réflexion, enthousiasme et inquiétudes

Actualité intense côté école du futur si j’en juge par le nombre d’annonces et d’inaugurations ces derniers jours, sans compter notre Journée de l’innovation pédagogique qui s’est tenue mardi.

Si vous me lisez régulièrement, vous avez certainement pu découvrir mon enthousiasme par rapport à tout ce qui est en train de se passer et qui ne fait que confirmer l’une de mes phrases fétiches : « il n’y a plus aucune limite à la salle de classe ». Mais, attention, au-delà des aspects pédagogiques, il y a des signaux forts qui sont en train d’apparaître et qui nécessitent de notre part – à nous établissements d’enseignement supérieur – de bien réfléchir car nous allons devoir prendre des décisions hautement stratégiques.

Revue de presse entre enthousiasme, réflexion et inquiétudes.

OPENCLASSROOMS : la EdTech française d’envergure internationale

Dans un entretien avec Emmanuel Davidenkoff, lors de la sortie en 2014 de son livre « le tsunami numérique », nous avions évoqué l’arrivée potentielle de nouveaux acteurs dans le monde de l’enseignement. Ses propos étaient plus que prémonitoires : « Si demain, moi, établissement expert sur les aspects pratiques, je peux promettre à mes clients que pour une somme totalement modique, ils vont devoir valider certaines connaissances via des MOOCS produits par les meilleurs enseignants mondiaux, y compris les vôtres, peut-être que je peux commencer à sortir des offres distinctives, pas très chères, et commencer à faire un peu bouger les choses ». Ils sont devenus une réalité, entre autres avec OpenClassrooms, acteur européen majeur de l’apprentissage en ligne avec ses 3 millions d’utilisateurs par mois. Je cite souvent cette EdTech dans mes conférences ou dans les réunions en interne à GEM car elle illustre parfaitement ce monde des EdTechs qui est à la fois — à nous établissements d’enseignement supérieur — notre R&D, une source d’opportunités et une menace.

L’ambition d’Openclassrooms est de rendre accessible à tous la formation en proposant des parcours diplômants en ligne. Ils sont à la fois dans une approche B2C (l’individu est le client) que B2B (le client est l’entreprise pour ses collaborateurs) avec un tarif bien éloigné des nôtres et une offre impressionnante de parcours et titres (1000 cours en ligne, 300 certifications officielles et une trentaine de parcours diplômants de niveau Bac+2 à Bac+5). Autre avantage, ils ont créé le 1er centre d’apprentis en ligne. On voit bien la menace pour nous, notamment pour nos programmes professionnalisants et qualifiants. Je cite cette entreprise car elle vient d’annoncer cette semaine avoir bouclé une levée record de fonds de 60 M€ (à titre de comparaison, la filière française EdTech a levé 47,1 M€ au cours de l’année 2017)*. Même si la comparaison est un peu osée, 60 M€, c’est beaucoup plus que nombre de budgets d’école de management ! Toujours la même question, travailler avec ou contre ?
*Cartographie des tendances, édition 2017/18, Cap Digital

ATADAWAC

Anagramme que je connaissais pas et que j’ai découvert dans l’article « Pédagogie & technologie : à quand la fin des cours à l’ancienne ? » publié par le Parisien Etudiant à l’occasion de la publication de son classement 2018 des écoles de management.

ATADAWAC pour Any Time, Any Device, Anywhere and any Content. Cela traduit le souhait par tous d’apprendre quand on veut, comment on veut et où on veut. L’apprentissage est partout. On en revient finalement à cette notion d’expérience étudiante et d’apprendre hors de la salle de classe que j’ai abordé à différentes reprises dans mon blog :

À nous de décliner sous toutes ces formes le « learning », entre experiential learning, distance learning ou encore micro learning !

Learnspace

Autre événement, l’inauguration de Learnspace dont l’ambition est d’être un incubateur de dimension européenne. Après les arrivées des fonds Educapital et Brigteye, c’est une bonne nouvelle pour la Edtech France qui a besoin de se structurer en une filière pour favoriser le développement de ses acteurs. Je n’ai pas pu être présent à l’inauguration mais j’ai rencontré la veille deux edtechs dont une m’a particulièrement interpellé. Il s’agit de WAP pour We are Peer, start-up créée par une alumni EM Lyon. Son concept est une méthode d’enseignement basée sur l’échange entre « pairs ». On apprend les uns des autres, même entre… étudiants ! On voit bien l’effet démultiplication que cela peut entrainer.

 

Le rapport Can the universities of today lead learning for tomorrow university of the future publié par E&Y Australie

L’un des meilleurs rapports que j’ai pu lire sur l’école du future et ses conséquences en termes de stratégie.

Loin de toute idéologie, l’éducation apparait comme un marché avec ses acteurs et ses stratégies.

Les auteurs se posent la question de l’avenir du monde universitaire et après avoir interrogé nombre de leurs acteurs ont identifié 4 scénarii :

  • « Champion university » – Poursuite du modèle actuel
  • « Commercial university » – Libéralisation des universités
  • « Disruptor university » – Une université basée sur de nouveaux modèles
  • « Virtual university » – Université on-line

Ils précisent également pour chaque modèle quel sera le rôle de l’Etat, la nature de la demande, la prise en compte de la technologie et la structure du marché.

 

J’aurais pu également pu parler du manifeste EdTech France, de l’initiative de la France apprenante ou des Echos Start de jeudi consacrés à l’innovation et à l’école du futur ou encore de la tribune surprenante de Jeff Maggioncalda, CEO de Coursera, dans La Tribune et intitulée « La formation professionnelle, un enjeu stratégique pour la France ».

Une actualité donc très riche mais qui montre que l’école du futur a dépassé le stade de la pédagogie pour s’inscrire dans la réflexion stratégique des établissements. Comme indiqué en introduction, il va nous falloir prendre des décisions et peut-être aller vers des modèles économiques qui seront — pour reprendre un terme en vogue — « disruptifs ». Il ne faut pas tarder car quoi que l’on pense, l’éducation est devenue un marché dont les enjeux économiques et d’influence sont conséquents. La vitalité et le dynamisme d’un enseignement supérieur influent sur le dynamisme économique d’un pays. Nous ne pourrons pas le faire seul, l’Etat a un rôle primordial à jouer. Ne tombons pas dans le syndrome AIR France qui a longtemps sous-estimé la concurrence, l’arrivée des compagnies des émergents dont les parts de marché augmentent régulièrement ou le low cost qui a donné accès au transport aérien à de nouvelles populations.

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