Le blog de Jean-François Fiorina

Le financement de l’éducation, ce tabou français

droits de scolarité

Retour sur mon intervention lors de la conférence organisée par Educpros le 25 mai dernier sur le financement de l’Enseignement supérieur. Où je rappelais — une fois de plus — que l’Education a un coût. Qu’en prendre pleinement conscience ouvrira la nécessaire réflexion stratégique quant à son financement dans une perspective systémique où chaque composante de l’Enseignement supérieur français se renforce pour le bien de toutes ses parties prenantes (étudiants, familles, enseignants, personnels supports, etc) mais également des entreprises et du pays dans son ensemble.

D’abord un chiffre : 13873 €. C’est le coût d’une année d’études supérieures pour le financeur qu’il soit privé ou public. Ce chiffre calculé par l’OCDE n’est pas contestable et illustre parfaitement la dimension du sujet. Ne l’oublions pas, même s’il s’agit d’un tabou en France ! Le fait que l’Etat soit le principal bailleur de fonds a installé dans l’opinion le sentiment que les études sont « gratuites » du fait de la redistribution.

Pourquoi l’éducation a un coût ?

Comme toute entreprise ou organisation quel que soit son statut, un établissement d’enseignement doit faire face à une série de dépenses de nature variée :

  • dépenses d’investissement (locaux, infrastructures, système d’information…),
  • dépenses de fonctionnement qui se répartissent entre :
    • salaires (professeurs, personnels supports et autres),
    • fonctionnement classique,
    • fonctionnement spécifique (coût direct de la formation — achats de cas pour une business school, par exemple).

Un établissement de l’Enseignement supérieur fonctionne comme une entreprise du secteur des services à forte valeur ajoutée : en règle générale 60% de son budget est consacré aux salaires de son personnel.

Qui finance l’éducation et l’Enseignement supérieur ?

Deux philosophies structurent le paysage mondial :

  1. La philosophie anglo-saxonne plus libérale appliquée au secteur de l’éducation :
  • L’éducation est considérée comme un marché,
  • Où le client paye principalement (souvent très cher). On se rappelle les manifestations étudiantes qui ont ponctué les années 2010 et 2015 en Grande-Bretagne, à la suite d’augmentations successives et massives des droits de scolarité dans les universités du Royaume.
  1. La philosophie latine, nordique ou scandinave :
  • L’éducation n’est pas une marchandise,
  • C’est principalement un tiers qui paye : l’Etat ou les entreprises dans le cadre de l’apprentissage.

En Finlande ou en Norvège, par exemple, l’Etat assume 95 % ou plus du financement de l’éducation. À l’opposé, en Corée du Sud, au Japon ou aux Etats-Unis, celui-ci ne finance que 29 % à 38 %. En France, 80 % du financement est d’origine publique, soit plus que dans la moyenne des pays de l’OCDE (70 %). En Allemagne, cette part s’élève à 86 % et à 73 % en Espagne.

Des frais de scolarité à géométrie variable

Les frais de scolarité n’ont pas la même base selon les secteurs comme dans les business schools que je connais bien ;=)

  • Pas de financement de l’Etat sauf de rares exceptions,
  • D’où l’obligation de générer ses propres ressources.

Nos écoles ont arbitré/joué sur plusieurs facteurs :

  • Les frais de scolarité, la taille des promotions, la largeur du portefeuille de programmes,
  • Les entreprises avec l’apprentissage et la taxe d’apprentissage, les Chaires et les fondations,
  • Les appels à projets et autres subventions.

MAIS cela ne suffit plus au financement du développement des grandes écoles (business schools)

Un palier est atteint :

  • en termes de capacité de production (professeurs, salles) due aux accréditations,
  • en termes de frais de scolarité (limite acceptable).

Et l’étape suivante s’annonce délicate puisque nos coûts de revient vont encore augmenter pour les raisons suivantes :

1- Hausse des salaires :

  • du corps enseignant,
  • des autres personnels du fait de la spécialisation des métiers (international, digital, recherche de financement).

2- Coût du recrutement du fait de l’intensification de la concurrence.

3- SI, Digital & Transformation numérique.

4- Sécurité et cybercriminalité.

5- Innovation pédagogique :

  • Projets (pour GEM, par ex le Shop connecté ou le playground de GEM,
  • Nouveaux espaces pédagogiques
  • Ressources pédagogiques.

6- Services :

  • Accueil et accompagnement,
  • Cellules spécialisées (emploi / carrières, par exemple).

7- Coûts marketing et de recrutement.

8- Politique sociale (un peu paradoxal mais indispensable)

Nous sommes en fait un restaurant ou un hôtel de luxe dont les frais fixes sont importants pour maintenir et développer la marque, le niveau de service.

Voir également mon post  » Toqué ? Grandes écoles et restaurants étoilés : même combat ! « .

Comment réussir le financement des grandes écoles ?

La solution mobilise plusieurs leviers :

         Les entreprises : en faisant mieux faire connaître nos services, de l’appui au recrutement de talents en passant par la formation continue ou la recherche opérationnelle,

         Les alumnis en mobilisant tout particulièrement les étrangers car ils sont culturellement plus enclins à donner à leur « alma mater »

         La mutualisation de nos forces et moyens pour plus de synergie entre les établissements,

         En optimisant tout ce que peut apporter le nouveau statut des EESC.

Sans oublier d’affiner en permanence la stratégie et d’affirmer un positionnement original.

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Commentaires (2)

  1. Antoine

    Merci

  2. Yann Gourvennec

    Merci pour cet article aussi utile qu’intéressant Jean-François.
    En fait il s’agit d’un point fondamental de nos argumentaires et je vais garder précieusement ce lien.
    Si cela était possible, j’aimerais en faire une version anglaise, seriez-vous d’accord ?

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