Le blog de Jean-François Fiorina

Nouvelles routes de la soie et enseignement supérieur : vers de nouveaux modèles d’internationalisation ?

L'impact des routes de la soie sur l'enseignement supérieur dans le monde.

Qu’on l’appelle Silk road, OBOR (One Belt, One Road) ou Nouvelles routes de la soieCe projet d’un nouveau monde façonné à la main des Chinois est titanesque, hallucinant, fascinant, au-delà du réel, presque fictionnel, mégalomaniaque… Les qualificatifs manquent pour décrire ces nouvelles « routes de la soie ». Quelle que soit l’opinion — positive ou négative — que l’on peut avoir de ce projet, il aura un impact certain sur le monde et sur celui de l’enseignement supérieur. Ce serait une faute grave de l’ignorer et de ne pas l’intégrer dans sa stratégie, d’autant que les universités chinoises vont développer des initiatives le long des ces routes au fil des villes et des pays traversés, jusqu’en Afrique. Cette dynamique va leur permettre de fédérer et de structurer les différents systèmes d’enseignement supérieur. Le mouvement de toute façon est déjà lancé avec l’« Alliance of Silk Road Business School » dont sont membres Brest Business School (actionnaire est chinois pour rappel) et Skema.

En qui consiste ces nouvelles routes de la soie ?

Elles ont pour objectif de créer un grand nombre de liaisons, terrestres, maritimes et ferroviaires entre la Chine et l’Europe au travers de l’Asie Centrale. Au-delà de ces infrastructures, il s’agit d’une vision du monde certes orientée voire hégémonique mais dont l’ambition structure la pensée et le discours chinois actuels lui conférant une influence grandissante sur des parties du monde dont nous n’avions pas forcément saisis l’intérêt ou l’importance. Les grandes villes d’innovation à l’Ouest du monde resteront encore puissantes mais le tropisme vers ces nouvelles routes vont aimanter les investissements donc les entreprises et bien sûr le besoin de compétences et donc d’étudiants, au premier chef, ceux des business schools. Certaines d’ailleurs encore inconnues pourraient en tirer profit et saisir cette opportunité pour devenir, par capillarité, des acteurs incontournables et ainsi confirmer — ce que j’ai souvent dit — le basculement vers l’Asie, la Chine et l’Asie centrale.

Ce projet prévoit également des liaisons vers l’Afrique, de sa façade Est jusqu’au Maroc. On associe à ce projet le corridor économique sino-pakistanais qui doit relier la ville chinoise de Kachgar au port de Gwadar. Selon CNN, le projet englobera 68 pays représentant 4,4 milliards d’habitants et 62 % du PIB mondial (1). Il va façonner le monde de demain même si de nombreuses incertitudes subsistent quant à son financement.

Nous ne pouvons pas en tant que business-school rester à l’écart, au contraire, devons y participer. À cela, plusieurs niveaux  de réponse :

1- L’intégrer dans nos enseignements et nos programmes à la fois avec des modules généraux, géopolitiques et techniques (montages juridiques et financiers de projets par exemple). Se posera immanquablement aussi la question des langues. Même si l’anglais prédomine et restera la langue des affaires, nous devons nous interroger sur l’obligation ou pas de l’enseignement du mandarin. Autre aspect que nous devrons prendre en compte, les stages. Là aussi, nous devrons nous organiser pour que nos étudiants vivent, à un moment donné, une expérience en relation avec « les routes de la soie ».

2- Définir des parcours spécialisés ou des double cursus.

L’originalité sera d’imaginer ces cursus avec des institutions avec lesquelles nous ne travaillons pas forcément (géographie ou sociologie, par exemple) et qui opèrent dans des pays auxquels nous ne pensons pas naturellement (Asie centrale).

3- Créer du contenu

Peut-être l’aspect le plus pointu et difficile car il n’existe pas. De surcroît, Ce contenu est multidisciplinaire, transversal, complexe et sans limite. Ne serait-ce que sur la question logistique, quels points communs entre la gestion du port du Pirée, la ligne de train Wuhan – Dourges (Pas de Calais) et l’aéroport de Toulouse ?

À nous de le créer et rapidement en y ajoutant une dimension de soft power. Le contenu sera l’un des acteurs de cette nouvelle guerre de l’influence. La solution passera peut-être par le digital et la création de Moocs ? En tout cas, il nous faudra être innovant et y associer pleinement nos enseignants-chercheurs. Le débat sur l’ « utilité » de la recherche trouve ici toute son expression !

4- Etablir de nouveaux types de relations avec les entreprises.

Là aussi, des changements à prévoir. Ce ne seront plus uniquement les entreprises françaises que nous ciblerons en priorité mais toutes celles qui sont impliquées d’une manière ou d’une autre sur ces chantiers. L’occasion pour nous de bénéficier de nouvelles opportunités !

5 – Réfléchir à de nouveaux modèles d’internationalisation

Il s’agit vraisemblablement de la conséquence la plus importante et la plus impactante sur la stratégie de nos écoles. Jusqu’à présent, nous avions plutôt une internationalisation basée sur une approche marchés ou zones géographiques. Avec les routes de la soie, nous aurons plutôt des approches thématiques et transversales. Nous construirons notre internationalisation sur ces thèmes

Quoi qu’il en soit, nous n’avons pas le choix. Rester à l’écart de ce projet nous condamnerait à brève échéance. Considérons-le plutôt comme une fantastique opportunité ! Pour nous Business schools européennes, cette vision du monde peut rebattre les cartes. Et questionner notre positionnement : alors que les grands marques américaines conserveront leur influence, vers qui se tourner et comment pour maintenir et développer la nôtre ?

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