Le blog de Jean-François Fiorina

L’engouement Edtechs ne faiblit pas en cette rentrée, bien au contraire !  

Les initiatives foisonnent, pas une journée sans qu’une Edtech n’apparaisse pas dans la presse. La création d’une filière française dans ce domaine – que j’appelais d’ailleurs de mes vœux en mars 2015 – est devenue incontournable. L’ensemble de la communauté est d’accord sur le constat. La question de sa mise en place et de son leadership sont — par contre — plus problématiques.

Edtechs : un monde très divers

Le paysage des Edtechs se décompose en différentes familles sans réel point commun, sans compter le nombre impressionnant d’événements manifestations qui l’anime. Un temps plein ne suffirait pas pour en faire le tour !

C’est également un monde qui se segmente. Difficile de trouver des affinités entre Edtechs positionnées sur les classes maternelles ou primaires et celles qui s’adressent au supérieur.

Ce monde de la Edtech doit également relever le défi de la construction de la relation avec les établissements d’enseignement supérieur pour s’institutionnaliser et structurer une filière crédible et pérenne. Sentiment d’ailleurs exprimé par l’un de ses plus ardents défenseurs, Victor Wacrenier, dans un entretien à Newstank, le 28 septembre dernier.

J’entends fréquemment ces commentaires — des deux côtés — « comment travailler ensemble ? », « on ne sait pas trop avec qui traiter ? ». Il faut le reconnaître, du côté des établissements, nous avons du mal à appréhender ce que peuvent nous apporter ces nouveaux acteurs.

Edtechs : entre menaces et opportunités

Nous sentons bien qu’elles sont à la fois une menace et une opportunité.

La menace ? L’exemple type est celui d’Openclassrooms dont la pertinence de la stratégie de développement lui a permis de faire une levée de fonds record au début de l’été. J’aurais pu également citer Coorpacademy dans le domaine de la formation continue. J’avais interviewé son fondateur Jean-Marc Tassetto, sur mon blog début 2017, qui lui aussi venait de réaliser une belle levée.

Vis-à-vis de ces nouvelles menaces, nous sommes d’autant plus désorientés que nos établissements sont habitués à une concurrence entre pairs et non à celle d’acteurs qui viennent potentiellement nous attaquer sur chaque maillon de notre chaîne de valeur.

Pour les opportunités, les exemples sont un peu plus nombreux. Je citerais les suivants : Klaxoon ou Beekast pour l’animation d’une intervention, Didask ou Domoscio pour la personnalisation des parcours, SpartED pour le microlearning.

Les Edtechs apportent également de nouvelles solutions qui facilitent l’expérience étudiante. Nous ne savons pas toujours bien nous organiser par rapport à ces offres.

Pour exemple, BCDiploma, solution de blockchain qui garantit que le diplôme obtenu par un étudiant est bien authentique ou encore TestWe qui digitalise les évaluations. Les modèles B2C nous perturbent également au vu de la possible perte de la relation privilégiée que nous tissons avec nos étudiants. Pas de meilleurs exemples que les plateformes de jeux-concours d’entreprises (cf mon post : Apprendre autrement : les nouveaux écosystèmes hors de la salle de classe) ou Firsthand qui offrent des solutions pour les alumni questionnant ainsi nos modèles économiques.

Edtechs / Enseignement supérieur : deux cultures à rapprocher

Il ne faut pas non plus occulter les conséquences de l’hyper-concurrence entre les écoles. Nous souhaitons disposer de solutions uniques et personnalisées alors que les Edtechs souhaitent vendre au plus grand nombre possible d’établissements. Pour favoriser l’accueil de nos nouveaux étudiants, un partenariat avec une start-up qui les aiderait à trouver un logement serait un plus sauf si… toutes les écoles proposent le même service ! Quid de l’élément différenciateur ?

Les projets du monde académique se font sur le long terme alors qu’une start-up répond à une logique très court terme. Par ailleurs, le monde de l’enseignement supérieur s’est engagé dans des politiques d’assurance qualité (accréditation, certification, etc). Les process sont complexes et doivent respecter un certain nombre d’étapes. Ce qui prend du temps donc peu compatible avec l’instantanéité de réaction d’une start-up.

Cette dimension se retrouve également dans les différences d’approche des problématiques. Les institutions d’enseignement supérieur ont une approche très scientifique (et académique) alors que les starts-ups développent une approche très démonstrative. J’évoquais cet aspect avec un acteur important du monde des Edtechs en soulignant la nécessité de la recherche en éducation pour pouvoir franchir une étape, sa réponse fut : « pour nous, pas nécessaire du moment que le job est fait ».

Beaucoup de gaps culturels à franchir ! Mais cette situation est tout à fait normale et va demander un peu de temps. Ce qui conforte le choix de nous positionner sur l’expérimentation plutôt que l’incubation !

Nous devons donc, nous institutions, réfléchir à la prise en compte de l’innovation pédagogique dans la carrière d’un professeur. C’est un sujet récurrent dont se sont emparées les différentes instances de l’enseignement supérieur. Le principe est qu’un professeur qui développe une innovation pédagogique puisse avoir les moyens de la mettre en place. Ce qui suppose du temps projets qui ne sera pas alloué à la recherche. Et tout le monde connait le fameux adage, « publish ou perish ». À nous, établissement de trouver des solutions et des actions de valorisation.

Quoi qu’il en soit, j’y crois !

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