Le blog de Jean-François Fiorina

Embarquons dans l’entreprise du XXIème siècle !

développement durable, entreprises

Le Parlement vient de voter, dans le cadre de la loi PACTE, le nouvel objet de l’entreprise. Il intègre désormais sa dimension sociale et environnementale pour une entreprise qui sert non seulement ses actionnaires mais également ses salariés par une prise de décision élargie et les préoccupations de la société civile comme partie prenante. Une question qui pourrait faire un sujet d’examen pour nos étudiants : « L’entreprise du XXIème siècle, quelles propositions ? », vous avez trois heures… Mes remarques spontanées quant à cette mesure qui va dans le bon sens tout en ajoutant un fort degré de complexité auquel nous devons nous préparer. Et qui reboucle avec mon post « Que faut-il enseigner aujourd’hui ? » publié en 2011.

Pour nous business schools, cet article de la loi a bien sûr un impact sur notre recherche académique pour imaginer les modèles économiques et sociaux du monde de demain mais également sur ce que nous devons enseigner. Nous ne sommes qu’au début de cette révolution que nous avons d’ailleurs intégrée dans notre stratégie d’établissement et dans nos programmes, chaires et associations.

Le nouvel objet social va dans le bon sens 

  • Le sujet est parfaitement en phase avec les grands enjeux sociaux et environnementaux auxquels nous devons faire face. En témoignent le « dernier » appel du GIEC pour agir sur les gaz à effet de serre avant que le climat de la planète ne soit hors de contrôle et la remise du prix Nobel d’économie à deux chercheurs américains qui modélisent la bonne manière de tenir compte des contraintes climatiques et d’y palier dans notre fonctionnement.
  • Il conforte la quête de sens que demandent à la fois les salariés et nos étudiants. Lire à ce propos, le récent et très bon dossier du magazine Challenges « Ce que recherche les étudiants ».

Avec cependant des interrogations… comment préparer nos étudiants à ce nouvel objet de l’entreprise ?

  • Comment intégrer la notion de transversalité propre à ces sujets ?
  • Que recouvrent ces enjeux sociaux et environnementaux selon le type d’entreprise concernée et secteur d’activité ? Quels points communs entre une entreprise telle qu’Airbus, Auchan ou une start-up ? Les plus grandes ont intégré — au moins dans leur communication — cette dimension sociétale.
  • Nous sommes dans les fameuses compétences du XXIème siècle : analyse critique, prise de recul, aptitude à la discussion…
  • Quelle prise de décision ? Qu’est-ce que prendre une décision dans une entreprise en tenant compte des enjeux de marchés, sociétaux et environnementaux ? Ces questions remontent souvent des discussions que j’ai avec des chefs d’entreprises : « les étudiants ne savent pas prendre des décisions encore moins dans des situations complexes englobant ces enjeux ». À nous de travailler sur ce point. Les décisions ne seront pas globales ou générales. Une décision X dans une entreprise A n’aura aucun sens dans une entreprise B.
  • La formation des enseignants et l’organisation des cours ne correspondent pas à ces nouveaux enjeux. Ce n’est en aucun cas pas leur faire injure de dire qu’ils ne sont pas encore formés à ce type d’approche transversale alors qu’ils sont classés par discipline et qu’il faudra bien que quelqu’un prenne le lead dans les projets et les décisions. L’économiste Jean Tirole dans Le Monde du 5 octobre 2018 soulignait ce besoin de transversalité pour comprendre la société, en intégrant dans sa discipline toutes les dimensions des sciences sociales et, en particulier, celle de la sociologie au risque de figer la pensée dans un modèle dépassé. Attention également à ne pas négliger les disciplines fondamentales car ce sont elles qui permettront une transversalité éclairée.
  • Cela ne correspond pas à des métiers mais plutôt à des compétences. Que recouvrent-elles ? Ce que les Canadiens appellent les « habilités » doivent être identifiées, définies et certifiées sur ces questions.
  • Une remarque plus globale, les étudiants veulent du sens, c’est tout à fait louable mais cette définition de l’entreprise nécessitera une plus grande maturité de leur part. En d’autres termes, on peut suivre un cours sur la transition écologique, l’apprécier, être évalué. Mais est-ce suffisant pour appréhender et prendre en compte la complexité des enjeux de l’entreprise, du marché à l’environnement en passant par le social. Cela obligera les étudiants à plus d’exigence, à accumuler de l’expérience ? J’en reviens à cette notion de prise de décision toujours plus complexe…

Voici pour ces réactions à chaud qui appellent une nouvelle définition de notre manière d’enseigner pour ne pas empiler sans fin des couches de savoir. Malgré tout cette approche est intéressante même si elle recouvre des notions encore abstraites. Cela permettra peut-être de faire la différence pour attirer des étudiants dans la perspective de faire rayonner sa marque employeur.

Pour nous qui avons mis en place la géopolitique dans nos cursus, ce n’est pas simple. Peut-être mettrons-nous aussi en situation les étudiants lors des concours oraux pour voir comment ils réagissent ?

Attention ne nous leurrons pas ! Tous ces éléments — en discutant avec des entrepreneurs et des étudiants — participent à la performance globale de l’entreprise comme des moyens et non comme une finalité, à la différence que cette performance n’est plus automatiquement liée à un résultat financier mais à des éléments immatériels apports de valeur et de différenciation. Les étudiants prendront des décisions uniques dans des situations uniques auxquelles des réponses toutes faites ne fonctionneront pas.

Que cette école du futur est passionnante !

 

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