Le blog de Jean-François Fiorina

Charte des fêtes étudiantes : en finir avec les tabous

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Sujet d’actualité cette semaine avec la signature d’une Charte destinée à mieux encadrer les événements festifs étudiants dont les fameux « WEI » (Week-Ends d’Intégration). Ce texte proposé par la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, à la suite d’une concertation avec les établissements et les organisations étudiantes doit servir de base de discussion pour limiter les risques. C’est une bonne initiative pour plusieurs raisons que je me propose d’expliquer. À la fois parce que ces événements sont importants dans la vie d’un étudiant et qu’ils doivent rester de bons souvenirs.

Le sujet est pertinent. Il n’est plus tabou. Où l’on s’aperçoit que tout le monde est concerné, que les clivages idéologiques ne tiennent plus, que ce ne sont pas ces « élites dépravées » des grandes écoles qui sont ciblées. Tout le monde a en tête le scénario du dérapage, que cela se passe mal.

Fêtes étudiantes : halte à quelques idées reçues !

  • Le binge drinking ou prise d’alcool express et massive existe partout. C’est un fait. Je remarque cependant depuis quelques années qu’une petite minorité d’étudiants commence à exprimer que la fête n’est pas forcément synonyme d’alcoolisation effrénée.
  • L’âge de la première ivresse se situe en moyenne à 16 ans que ce soit en France ou à l’étranger selon une étude menée par GEM. Il s’agit donc d’un problème global et social qui débute en amont de nos établissements. La pédagogie et la sensibilisation doivent s’engager dès le collège/lycée. Cela nécessite une réflexion et des actions tout au long de la chaîne éducative.
  • Cela concerne tout le monde. Les étudiants avec lesquels nous avons le plus de plaisir à travailler et qui sont nos meilleurs ambassadeurs peuvent se révéler les pires éléments lors de soirées…
  • Le danger est à la fois individuel et collectif. L’étudiant seul et/ou l’ensemble du groupe peuvent se mettre en danger. Tous les à côtés et les intervenants extérieurs sont également des accélérateurs de problèmes comme la gestion des transports ou les accès aux bus.

Ces périodes de fêtes et de WEI sont pour Béatrice Nerson, directrice-adjointe des programmes et directrice du PGE, et moi, des périodes de tension et de stress intenses. C’est également vrai pour tous les dirigeants d’école.

Fêtes étudiantes : comment éviter les dérapages ?

Je ne m’exprime pas en vue de remettre en cause ou d’interdire les WEI même si leur formule — à mon sens — s’essouffle. Notre responsabilité est d’en être partie prenante pour accompagner et surtout ne pas fermer les yeux sur ces fêtes. Ce qui laisserait le champ libre à toutes les dérives. Comment faire ?

  1. Dialoguer en amont avec les organisateurs étudiants.

Ils sous-estiment les risques et manquent d’expérience en la matière au vu des effectifs de plusieurs centaines voire de plusieurs milliers de participants. C’est un métier et des compétences que d’organiser ces fêtes. À GEM, nous nous sommes adjoints les services d’un coordinateur sécurité professionnel. Sa mission est d’aider les étudiants pour qu’ils soient sereins et rassurés en toute circonstance y compris en cas de crise. Son regard est également précieux quant aux risques générés par les prestataires extérieurs, risques souvent cachés que seul un regard averti peut déceler au cours des transports, dans les salles, dans les prestations spécifiques, etc. La diversité et le nombre de ces intervenants autour d’un WEI imposent une vigilance et un contrôle importants, pas toujours facile. C’est également pour nos jeunes une manière de se former auprès de professionnels aguerris pour prendre les bonnes décisions. Là encore sensibilisation et pédagogie doivent être au cœur du dispositif.

2. Mettre en place un cadre juridique.

Cette charte commune proposée par la ministre va dans le bon sens, elle va nous aider à préciser les choses et nos propres dispositifs. Mais également à éviter les surenchères entre établissements. On peut même imaginer une check-list commune.

Les organisateurs doivent identifier tout ce qui se passe avant/pendant/après les fêtes. Préciser les responsabilités de chacun y compris le cadre de sanctions qui doivent être connues à l’avance et ne pas être seulement du ressort d’un conseil de discipline ou d’une direction d’établissement. Je pense à l’exemple de sanctions prises à l’encontre des hooligans sportifs (exclusion temporaire ou permanente des fêtes en cas de débordement avéré). Prendre des sanctions ne doit pas être tabou mais connu et appliqué aux comportements à risque de manière stricte. La question des rave parties nous a inspiré pour élaborer notre code de bonne conduite interne, pas pour interdire mais pour que cela se passe bien. N’oublions pas que ce sont des associations qui organisent ces événements et même si elles opèrent dans le cadre d’un établissement, leurs droits, devoirs et risques doivent être compris et assumés.

3. Lister les sites d’accueil de fêtes et de WEI.

Certains prestataires qui accueillent les étudiants profitent de la situation pour faire financer le lifting de leur établissement sur le dos des étudiants ! Il serait opportun de disposer d’une base de données ayant pour objectif de repérer les sites appropriés.

D’autres chantiers sont à venir comme celui des substances illicites ou des comportements discriminatoires. Autre point important. Quelle place pour les parents ? Nous avons à faire à de jeunes personnes majeures qui paient souvent leur scolarité. Même si nous sommes dans un flou juridique, nous devons autant que faire se peut associer les parents à la discussion.

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