Le blog de Jean-François Fiorina

Ambition et humilité d’un directeur d’école

Quatre situations, quatre événements qui montrent à la fois la complexité et les nouveaux enjeux auxquels sont confrontés les directeurs d’école. Le métier est en train de changer cela n’entame pas la passion qui m’anime mais quelques précisions et mises au point s’imposent !

  • Education (et Supérieur) : toujours mieux apprendre et sensibiliser au respect

Je voulais évoquer ici les reportages parus dans différents médias qui stigmatisent un certain nombre de pratiques étudiantes (marginales) dans les grandes écoles : discours sexiste, raciste ou classiste. Nous en sommes conscients et agissons — sous différentes formes et de manière soutenue depuis quatre ans. Je suis également excédé par ce discours ambiant qui explique qu’un étudiant entrant en école de management deviendrait instantanément extrémiste, irrespectueux voire violent. Ce travail de fond sur la citoyenneté et le respect de l’autre doit démarrer dès la maternelle pour sensibiliser à ces sujets. Il s’adresse à tous !

Notre souhait n’est pas de hurler au loup mais de trouver des solutions avec les étudiants pour agir ensemble et poursuivre nos efforts de sensibilisation et de pédagogie. Oui, il y a une vraie prise en compte de ces éléments dans nos établissements mais le tout répressif n’a jamais été pas la bonne solution. Interdire fêtes et événements ne pourraient que se traduire par l’organisation d’événements souterrains sans aucun lien avec les établissements laissant cours à d’autres dérives. C’est bien par la pédagogie intégrée que nous trouverons des solutions plutôt que le tout répressif, même si — dans plusieurs cas —nous n’hésitons pas à convoquer les conseils de discipline. Encore une fois, c’est par la prise de conscience des étudiants que les comportements évolueront et seront intégrés, à l’école et au cours de leur vie personnelle et professionnelle.

  • Retour sur la conférence au Gaidar forum de Moscou la semaine dernière.

Cette conférence a été un peu parasitée par l’actualité politique russe (!), j’y intervenais dans un panel sur les PRNE (Responsible Management Education – objectifs de développement durable du Global Compact de l’ONU) pour lequel GEM a été l’une des premières écoles engagées : signature de la charte en 2008 et même créatrice du chapitre PRNE France-Benelux, il y a deux ans. Bien évidemment nous sommes très actifs dans ce domaine, à la fois en termes pédagogiques (recherche) et en tant qu’institution pour montrer la voie. Toutes ces actions s’envisagent sur le long terme, les champs d’application et d’expérimentation sont extrêmement vastes. Il convient de ne pas se disperser mais de se focaliser sur quelques thèmes et de se donner les moyens de réussir. La démarche doit être portée et rattachée à la direction générale pour bien marquer cet engagement par des actions qui couvrent tous nos domaines d’activité et pas seulement la pédagogie et la recherche. Des actions qui doivent être mesurées et évaluées. Je sais que les accréditeurs réfléchissent à intégrer cette dimension sociétale et environnementale dans les évaluations. Mais comme je l’ai indiqué dans un post, au mois de juin, attention à la forte inflation du nombre de labels qui — sous couvert de bonne volonté — risque d’amener encore plus de confusion dans l’esprit du public. Il me parait important que l’ensemble des accréditeurs, classeurs et établissements travaille ensemble sur ce point. Dernière conclusion : chaque établissement doit bien sûr intégrer ces éléments de développement durable et équilibré dans sa réflexion et la bonne solution passe par la mutualisation et la coopération entre établissements — même concurrents — et universités d’entreprise. C’est une des clés de l’efficacité. Certaines questions, sont peut-être à globaliser entre écoles comme celles des achats plus responsables ?

La démarche de développement durable s’ancre pleinement dans le modèle de l’école du futur que nous mettons en place non par la compétition mais par la coopétition ou la création de différents écosystèmes avec différents d’acteurs même concurrents. Nos écoles forment les futurs dirigeants de la planète. La dimension citoyenne qui est fortement revendiquée chez nos étudiants, l’est aussi dans notre vision du monde et pour les futurs professionnels, acteurs des transitions qui s’imposent.

  • Climat, parité, éthique… : avis de tempête sur la pédagogie et les programmes

J’ai rencontré la semaine dernière nos étudiants du campus de Berlin comme je le fais chaque année. Le thème choisi cette année pour cette rencontre ? L’égalité hommes-femmes, débat important et passionnant. D’autant que la promotion se compose d’élèves de différentes nationalités, venant parfois de pays où le rôle de la femme n’a pas encore la place qu’il occupe dans les pays occidentaux. Là aussi, l’importance de la sensibilisation et de la compréhension dans la formation est primordiale. Nos étudiants attendent beaucoup de nous dans ces domaines, dans cette dimension de parité. Les choses évoluent favorablement et c’est donc dans l’ouverture et les actions que nous progresserons.

  • Dernier point : le récent comité de programmes de GEM était consacré au réveil écologique.

Enquête intéressante auprès de nos étudiants où l’on s’aperçoit qu’en matière de réchauffement climatique, ils veulent réellement beaucoup plus de cours. Je renvoie à ce que j’ai écrit en début d’année… Enseigner le climat.

Voici donc quatre actualités, quatre situations qui n’auraient pas eu lieu il y a 5 ans. Preuve que les choses changent vite, que le rôle et les missions des écoles doivent s’y adapter, petit clin d’œil avec la loi PACTE avec son invitation à définir notre raison d’être d’entreprise. Comme toutes les organisations, nous devons marteler cette « raison d’être », à GEM le Business Lab for Society. Nos actions quotidiennes ont des conséquences sur nos réalisations et sur ce que doit être un étudiant à la sortie d’une grande école et de ce qu’ils peuvent en attendre.

Ces nouvelles dimensions, nous devons nous en emparer bien évidemment. Ce n’est ni un coup de gueule, ni un coup de cœur, c’est un constat. Le monde de l’éducation supérieure est contraint d’évoluer. Il intègre des élèves à un moment donné de leur vie, alors ne confondons pas formation et éducation. Ce sont des changements profonds dans le management des écoles qui ne peuvent se substituer à d’autres mais doivent prendre leur part de responsabilité, pleinement.

Attention, toutes ces questions de fond et leurs solutions prennent du temps. Ce sont des problématiques transversales qui intègrent l’être humain, dans ses croyances, ses comportements, son éducation. C’est à la fois une course de fond et un sprint ! Le climat, l’équité, le respect, l’éthique n’attendent pas ! Les écoles de management par leur créativité, leur réactivité et leur pragmatique esprit d’entreprendre ont un rôle clé à jouer : accélérer les décisions et les solutions dans les organisations au sens large. Nous une bonne partie de la solution !

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Commentaire (1)

  1. Pierre EXPERT

    Je trouve très intéressant vos articles. Élèves à saliege j’ai très apprécié votre prestation ce midi. Passez une bonne journée et continuez monsieur

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