Le blog de Jean-François Fiorina

J36 – Vos Questions / Mes Réponses aux « 8 défis du e-learning »

Lors de ma conférence sur le e-learning dans le cadre du festival de géopolitique, certaines questions que l’on m’a posées sont restées sans réponse, faute de temps. Je les ai compilées et j’y réponds aujourd’hui. Ce sont des questions de bon sens qui émanent très souvent du monde éducatif. Les politiques devraient les lire car elles sont importantes pour comprendre l’état d’esprit de cette communauté et en tirer certains enseignements pour des actions concrètes et urgentes !

J36 – Vos Questions / Mes Réponses aux « 8 défis du e-learning » – Changement d’ère (n°6)

Lors de ma conférence sur le e-learning dans le cadre du festival de géopolitique, certaines questions que l’on m’a posées sont restées sans réponse, faute de temps. Je les ai compilées et j’y réponds aujourd’hui. Ce sont des questions de bon sens qui émanent très souvent du monde éducatif. Les politiques devraient les lire car elles sont importantes pour comprendre l’état d’esprit de cette communauté et en tirer certains enseignements pour des actions concrètes et urgentes !

  • Le réchauffement climatique va être une importante contrainte dans l’avenir, non ?

Oui et non.
Oui, si on raisonne technique et serveurs mais je fais confiance à la technologie pour être moins gourmande en énergie dans les années à venir.
Non, et là je parle spécifiquement pour les établissements d’enseignement supérieur s’il sert de ligne conductrice pour notre transformation dans le monde d’après.

 

  • Comment l’intelligence collective dans le e-learning peut-elle fonctionner?

1.Sur la forme, en travaillant ensemble (le monde académique et les élèves) pour optimiser les cours, les pratiques et les solutions.
2. Sur le fond, en créant et imaginant de nouveaux contenus.

 

  • Ne pensez-vous pas que le e-learning ne s’adapte pas à toutes les formations ?

Question qui revient très souvent.
Si, mais la technologie (je pense à l’IA et la VR) avance très vite et offre tous les jours de nouvelles perspectives. Dans certains cas (médecine par exemple), le e-learning peut permettre d’acquérir des connaissances de base, permettre à l’étudiant de s’entrainer et de s’améliorer. Le cœur de base reste : la pédagogie.

 

  • Est ce qu’il n’y aurait pas un risque de pensée unique ?

 Si les GAFAM trustent ce marché du e-learning, c’est possible.
D’un autre point de vue, le e-learning ne doit pas devenir un dogme.
Il est une possibilité qui entre dans le cadre d’une stratégie

 

  • Certains sujets à apprendre s’adaptent mieux au e-learning, d’autres ont besoin de plus de contact humain. Les élèves en difficulté dans une classe ont besoin de plus d’encouragement présentiel. Il y a aussi la question des cultures – pour certain.e.s le contact en chair et os est plus important. Concours en ligne comment peut-on être sûr que les étudiants jouent le jeu ? honnêteté ect …

D’un autre côté, on peut considérer qu’un élève ayant des difficultés pourra apprendre à son rythme et (re)voir des points qu’il ne comprend pas, en dehors de toute pression de la salle de classe. On peut aussi considérer que les élèves ayant de la maturité peuvent apprendre à distance et permettre ainsi à l’enseignant de s’occuper de ceux qui en ont besoin.

La question de la culture est pertinente mais j’ai la chance de pouvoir beaucoup voyager et je suis frappé dans mes déplacements de constater que « les plus jeunes » ont tous des smartphones. Il faut donc leur apprendre l’usage. Reste que ceux sont souvent les enseignants et les politiques qui ont le plus de réticences.

 

  • Bonjour, HBR a souligné l’importance de la capacité des talents à apprendre. Le manque de contact avec les enseignants dû aux E-Learning n’est-elle pas un risque face à l’acquisition de cette capacité ?

 L’e-learning n’est pas un concurrent mais un complément, un élément qui permet d’optimiser des apprentissages. L’avenir sera sûrement dans des modèles hybrides.

 

  • Les entreprises qui utilisent le e-learning certifient leurs formations.

Oui. Il y a un énorme marché potentiel !

 

  • La VR & l’IA pour faciliter le e-learning/les salons? (Laval Virtual est passé 100% VR, l’IFA de Berlin peut-être en août-septembre, le MedPi ?

Oui, d’autres technologies sont susceptibles d’apparaitre dans les années à venir.
Je l’ai souvent écrit : il n’y a plus de limite à la salle de classe. Mais attention, le coût est élevé.

 

  • Les inégalités scolaires vont elles s’accroître avec l’essor du e-learning ?

Effectivement et ce à trois niveaux :

  • L’emplacement : zones blanches
  • Les moyens : nécessité d’un équipement de qualité + une connexion
  • La formation : utilisation de ces nouveaux outils et dont l’entourage ne pourra pas les aider.

Il faut – et cela fait partie des défis que j’ai identifiés  — former les élèves à ce type de pratiques.

 

  • Orange a demandé à ses salariés en chômage partiel de suivre des formations.

Oui, certaines entreprises ont saisi l’opportunité de l’activité partielle pour former leurs collaborateurs.

 

  • Mutualisation-Alliances-Coopétition, véritable révolution culturelle. Est-ce possible en France ?

C’est pour moi, la condition de survie. C’est un changement culturel majeur.
Cela renvoie également à la question sur l’intelligence collective.

 

  • Quelle est la place de la France sur ce marché ?

Faible parce que nos politiques n’ont pas compris que le marché de l’éducation était à la fois un élément de soft power et une activité économique importante.

 

  • Le chantier semble immense pour l’éducation scolaire actuelle. Pensez-vous que le service public de l’éducation puisse s’adapter ?

Je suis frappé de nombre d’initiatives et le dynamisme des professeurs. (Education Nationale)
Pourtant ni valorisés et ni aidés.
Cela suppose de revoir entièrement l’organisation et de laisser plus de place aux initiatives locales et de donner plus de pouvoir et d’autonomie aux chefs d’établissements. Il faut leur laisser la possibilité de développer des tests et des expérimentations.

 

  • Comment attirer une audience nouvelle et stimuler ou animer les cours pour les rendre différenciants et de qualité dans ce contexte ?

La pédagogie, encore la pédagogie et toujours la pédagogie !

 

  • Les métiers à mobiliser pour un MOOC (didactique, pédagogie, prise de vues, schémas, animations) : cela entraîne des coûts. A-t-on une idée de ces coûts ?

Non, mais ils sont considérables.
Il faut tordre le cou à certains stéréotypes.
Un établissement qui choisirait de faire du e-learning pour des questions d’économie a très peu de chance de réussir !

 

  • Je souhaite vous part de mon retour d’expérience venue de Tunisie. Pour nous, cette crise a été l’occasion de légitimer l’enseignement à distance auprès des autorités locales et surtout d’effacer les frontières. De faire appel à des enseignants ou des intervenants originaires de tous pays et de pallier au manque de mobilité internationale de nos étudiants. N ‘est-ce pas une nouvelle offre à repositionner : contenu / coût ?

Effectivement. On rejoint la dimension stratégie et pédagogique que j’évoque dans les défis.

 

  • Pensez-vous que le e-learning peut remettre en cause les business models actuels pour les écoles de management ?

La business school du futur sera l’école qui aura différents business models tout en gérant / coordonnant / participant à différents écosystèmes.

 

  • Ne faudrait-il pas développer des outils de vidéo-conférence vraiment adaptés à nos besoins, c’est-à-dire :

– Respectant la protection des données ;
– Avec la possibilité de passer facilement de l’audio ou de la vidéo aux étudiants ;
– Avec la possibilité d’écrire sur un « tableau » virtuel dans un coin de l’écran ;
– Avec la possibilité pour les étudiants d’écrire sur ce « tableau » virtuel ;
– Avec la possibilité pour les étudiants de nous indiquer s’ils suivent facilement ou s’ils ont des difficultés (curseur individuel ou pastilles vertes/orange/rouges) ?
La pratique actuelle relève du « bricolage », bien loin de la « noblesse » d’un cours avec des outils adaptés et fait avec du temps et du recul.
Je renvoie à l’intelligence collective et à la co-construction !

 

  • L’e-learning tel que pratiqué en cette période de covid-19 n’aurait-il pas révélé le côté irremplaçable de certains cours en présentiel ? Exemples : cuisine, plomberie, chimie, etc.) mais aussi à la difficulté de travailler l’oral à distance (langues niveaux peu avancés) et… d’entretenir la motivation ?

J’ai vu en Suisse il y a quelques années une ed-tech qui travaillait sur des solutions de VR dans la formation de cuisine. C’était frappant de réalité. On pouvait même introduire « beaucoup de bruit » pour apprendre à gérer le stress. Cela ne remplacera pas le « face à face » et la pratique dans les cuisines.  Mais cela peut permettre à l’élève de travailler sur ses points faibles & de se préparer.

 

  • Comment envisager un e-learning qui démarrerait avant que nous ayons vu les étudiants (dès septembre) … Si nous avons à l’avenir des périodes de confinement qui commenceraient en début de semestre ?

Lorsque nous avons repris les cours en ligne à GEM, nous étions en fin d’année scolaire, les professeurs et les étudiants se connaissaient. C’était effectivement « plus facile » qu’un démarrage que nous aurions dû gérer en début d’année académique.

 


POUR RAPPEL : INFOS CORONAVIRUS OFFICIELLES

 

Be Sociable, Share!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.