Le blog de Jean-François Fiorina

Rentrée 2020 : quelles certitudes dans ce nuage d’incertitudes ?

L’organisation de la rentrée 2020 occupe en ce moment l’esprit de l’ensemble des présidents d’université, doyens et directeurs d’école. Mais de quelle rentrée parlons-nous ? Présentielle, distancielle, hybride, blended, autres… Arrêtons de penser qu’il existe un modèle unique à défendre. « Rentrer », c’est prendre en compte de nombreux facteurs tels que le nombre d’étudiants, l’organisation des flux, le nombre de programmes, l’aménagement de locaux centralisés ou éclatés, etc. Arrêtons les polémiques, pensons d’abord aux étudiants et à l’ensemble des usagers de ces lieux de connaissance et d’apprentissage que sont nos établissements. Et demandons-nous quelles certitudes pouvons-nous apporter dans cet environnement incertain. Nous ne sommes pas en train de reconstuire après un événement dont l’occurrence est rarissime comme un tremblement de terre ou un attentat mais sur un événement (presque) inédit — une pandémie — dont l’évolution reste confuse particulièrement à l’échelle mondiale.

 Rentrée 2020 : quels certitudes dans quelles incertitudes ?

En reprenant les éléments évoqués au fil du confinement, l’incertitude est maximale pour les étudiants étrangers. Et à l’inverse, je souligne une certitude pour les étudiants français : les concours ont eu lieu ou sont en train d’avoir lieu.

Quid des étudiants étrangers selon leur provenance ?

  • Pour les ressortissants hors espace Schengen, ces étudiants vont devoir effectuer un véritable marathon administratif :
    • Obtention de leur visa et surtout dans quels délais ?
    • Réouverture des lignes aériennes
    • Coût du billet
    • Respect d’une période de quatorzaine pour certains pays. Qui en sera responsable et quelles en seront les modalités pratiques.
    • Obtention de la carte de séjour en préfecture, dans quels délais ?

Si nous sommes sûrs de recevoir des étudiants étrangers, nous sommes, par contre, incapables de savoir quand ils vont arriver !  Pour des écoles telles que GEM, nos étudiants viennent du monde entier, et cette diversité est également réelle dans tous les pays en matière d’application des mesures sanitaires, avec une variabilité totale.

  • Pour les ressortissants espace Schengen, les règles seront globalisées.

Profs étrangers même combat ! 

Toujours à l’international, n’oublions pas les professeurs étrangers se retrouvent dans cette même situation. Imaginons même quelques situations ubuesques !  Pour une semaine de cours à l’étranger, une première quatorzaine à respecter en arrivant en France, puis une seconde à l’issue de son séjour au retour dans son pays !

Et pour nous, établissements d’enseignement, c’est le double protocole, de deux ordres :

    • Pour GEM en tant qu’entreprise et comme toute organisation recevant ses salairiés, intervenants et prestataires… nous devons respecter un certain protocole,
    • Et pour GEM en tant qu’établissement d’enseignement supérieur recevant des étudiants, nous devons en respecter un autre, encore plus strict.

Rentrons dans vif de la rentrée !  

Contrairement à ce que certains pourraient supposer, une rentrée ne se prépare pas du jour au lendemain, elle implique toute une chaîne d’organisation et de décisions. Il faut pouvoir poser des perspectives à tout le monde. Et pour moi, ces préparatifs de la rentrée ont pour objectif d’amener quelques certitudes dans l’incertitude :

    • la première, c’est la sécurité sanitaire de l’ensemble des parties prenantes.
    • la deuxième, c’est d’offrir une année complète de formation. Avec pour objectif d’éviter les reports qui généralement se cumulent pour donner ensuite des années en accéléré qui ne seront pas souhaitables sur le plan pédagogique.
    • c’est également d’imaginer des solutions flexibles qui permettent à tout le monde de commencer dans de bonnes conditions et surtout de pouvoir progresser pédagogiquement.

J’ai été très frappé par la réouverture des écoles le 11 mai. Cette rotation extrême des séances de présence avec, pour les professeurs, la difficulté de doubler ou de tripler leurs sessions de cours n’a pour moi aucun sens. Un professeur doit gérer son module et sa promotion en cohérence sur l’année.

La mise en place d’un système souple peut s’adapter à une ouverture plus rapide ou revenir à une situation ante plus rigide. C’est prendre en compte le risque de deuxième vague ou de situations favorisant la création de clusters. Ces incertitudes peuvent évoluer d’heures en heures et ne doivent pas rebattre toutes les cartes de l’organisation.

C’est ma philosophie, et c’est la raison pour laquelle nous avons mis en place à GEM une année divisée en périodes de deux mois avec, à la fin de chaque cycle, une évaluation qui permette le suivi et l’évaluation du niveau des étudiants. L’idée, je le repète, est de prendre des décisions qui offrent à chacun de pouvoir se positionner, d’avoir une visibilité et des perspectives dans le cadre d’une ouverture progressive de l’école aux étudiants et aux activités de services.

GEM a, d’ailleurs, été la deuxième école à annoncer sa fermeture avant les décisions officielles. Pourquoi ?  Parce qu’en tant que responsable de la cellule de crise, nous étions dans une processus où, en permanence, nous devions « réorganiser les réorganisations ».

Cet état d’urgence absolu et constant qui en fonction des annulations, nous obligeait à construire/déconstuire, sans posibilité de prendre du recul et de la visibilité, s’est avéré néfatse pour tout le monde. À un moment donné, il faut poser les choses, donner un cap et assumer une organisation qui donne de la visibilité, sortir des effets d’annonces qui rendent ingérables les situations.

Au vu de la masse d’étudiants qui entrent et qui sortent de l’école, attendre dans des sas, désinfecter, etc. Tout cela a une incidence certaine sur la qualité pédagogique, l’ambiance et le fonctionnement de l’établissement. Dans un système d’improvisation permanente, personne n’est gagnant même si les attentes restent importantes.

Ma responsabilité, c’est que l’année 2020-2021 puisse s’effectuer dans de bonnes conditions garantissant aux élèves, au final, le même cheminement pédagogique, la même progression pédagogique, le même niveau de connaissances et de compétences. Ma responsabilité, c’est que l’année 2020-2021 puisse s’effectuer dans de bonnes conditions garantissant aux élèves, au final, le même cheminement pédagogique, la même progression pédagogique, le même niveau de connaissances et de compétences, la même qualité de services aux étudiants, de rencontres avec les entreprises, une vie associative et pour GEM autant si ce n’est plus d’événements et d’activités de mes étudiants qui me permettent d’utiliser encore plus mes deux hashtags favoris #fierdemesetudiants #mesetudiantsontdutalent.

Pour employer un mot à la mode, c’est une forme de résilience à construire. Comment peut-on conserver, fonctionner, tout en modifiant nos pratiques par rapport à des événements qui pourraient revenir ? Et finalement construire un système pérenne dans une environnement incertain. Perréniser un système dans environnement qui risque d’être chaotique sans perdre son sang-froid.

Un dirigeant face à une rentrée de cette nature doit poser des certitudes dans une nébuleuse d’incertitudes. Comment donner confiance à toutes les parties prenantes, qu’elles se sentent à la fois prises en compte et rassurées pour être sereines dans leur rôle d’étudiants, des professeurs ou d’administratifs ?

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