Le blog de Jean-François Fiorina

Télétravail, dossier clé des B-schools ?

Résultats enthousiasmants au départ puis finalement contrastés aujourd’hui. Des patrons réticents puis finalement conquis mais qui se lamentent de la difficulté à faire revenir leurs collaborateurs sur le lieu de travail. Quels enseignements retenir de cet épisode inédit de télétravail ? (cf également un article des Echos pointant dès le mois de juin les avantages et limites de l’exercice).

Il est pour moi l’un des éléments clés de ce monde d’après. Passer à côté de cette occasion unique serait une grave erreur. Grave erreur car en prenant un peu de recul, on s’aperçoit que c’est l’opportunité de questionner le travail, son utilité et le… Management. Les b-schools doivent s’emparer de ce sujet, tant en matière de recherche (nouveaux modèles, nouvelle organisation) que de formations à nos élèves.

Qu’apporte le télétravail ?

  • Un élément de motivation et d’engagement des collaborateurs,
  • Un gain de productivité et de sérénité en réduisant le temps passé dans les transports,
  • Avec pour corolaire, une attitude responsable qui, en réduisant les transports, limite les impacts sur le climat et la planète,
  • Une réflexion sur l’aménagement des espaces de travail et leur fonction,
  • Une moindre pression sur l’immobilier,
  • Et si je me fie à mon expérience de ces dernières semaines, je note que les réunions qui commencent à l’heure et sont plus productives !

Télétravail : attention de ne pas tomber dans le syndrome                 « bisounours »

  • Tous les métiers ne peuvent être « télé travaillés » et donc attention à ne pas aggraver les fractures,
  • Le télétravail s’organise et se prépare, surtout avec les jeunes générations qui intègrent l’entreprise. Contrairement à ce que l’on pourrait supposer, elles ont plus de mal que leurs ainés à travailler à distance. Avec la covid-19, nous n’avons pas eu le temps de faire des retours d’expérience (Retex) et des enquêtes avant de se lancer. Il faut le faire. Les conditions seront différentes dans ce monde d’après (en espérant qu’il n’y aura pas d’autres contaminations),
  • Le télétravail se finance pour que le collaborateur ait les moyens d’exercer son métier (matériel, connexion internet),
  • Le télétravail implique des règles précises pour que le collaborateur puisse bien dissocier sa vie privée de sa vie professionnelle, arrive à déconnecter,
  • Le contact humain est primordial, la réussite d’une entreprise est la réussite d’une équipe et non la somme d’individualités (un grand nombre de clubs de foot l’ont appris à leurs dépens). Il faut des temps communs et d’échanges. La machine à café reste primordiale dans les KPI d’une entreprise !

Télétravail : un projet d’entreprise

Cela suppose une vision d’ensemble de l’entreprise, de son fonctionnement, de ses contraintes et de la… loi ! C’est pour cela que le télétravail remet en cause toute l’articulation de l’entreprise et nécessite l’accord de tous. Il s’agit tout simplement d’un nouveau contrat social entre l’entreprise et ses collaborateurs.

On voit bien le danger pour les syndicats qui risquent de perdre le lien avec les salariés et l’obligation d’une évolution du droit social pour favoriser le développement de cette forme de travail.

C’est donc un véritable projet d’entreprise qui ne peut pas s’écrire sur un coin de table. Pour les professionnels du savoir et du conseil, les locaux pourraient devenir des « campus », lieux de formation, de montée en compétences et de partage d’expériences et d’informations des collaborateurs. C’est ce que le groupe MAZARS a décidé pour 2021 : la transformation de ses locaux en  Mazars Faculty doublée de la révision du système de grades, « avec l’idée qu’il ne peut y avoir de progression professionnelle sans éducation, sans apprentissage, et inversement » (source : AEF, 6 juillet 2020 – dépêche n°631036).

Par ailleurs, les grandes entreprises ont les moyens de penser et de réaliser cette transition télétravail. Leur organisation des tâches est généralement plus segmentée. Il n’en est pas de même pour les PME et les ETI. Si l’on veut que le télétravail se généralise, il faudra donc que ce soit accessible à tous les types de structures.

Télétravail : le rôle essentiel du manager

Au-delà de ce qui vient d’être présenté, l’autre élément clé de réussite sera le rôle du manager. Je l’ai déjà évoqué à plusieurs reprises en indiquant qu’après la Covid-19, le management devait se réinventer et se ré enchanter. Le télétravail en est l’illustration la plus parfaite

Que le manager joue à être un petit chef et le télétravail ne fonctionnera pas. J’ai particulièrement aimé un post d’un GEM alumni, Michel Font. Il évoque le « manager contrôlant » comme étant celui qui appelle ses collaborateurs (ou leur envoie un mail) à 9h01, 12h29, 14h01 et 18h59 pour vérifier si ils sont opérationnels !

Qu’il se réinvente, en donnant du sens et en accompagnant ses collaborateurs (ce qui est de toute façon sa mission initiale). On pourra envisager un développement prometteur du télétravail permettant aussi une plus grande flexibilité du marché du travail puisque l’on pourra travailler dans des entreprises qui ne sont pas localisées sur un même territoire.

De beaux défis que l’on doit relever avec bien évidemment un rôle central des écoles de management.


 

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