Le blog de Jean-François Fiorina

Clap de fin d’année, recommencer ou se réinventer ?

Et quelle année ! Si particulière même si le temps des vacances arrive. Comment faire un break dans ce flux d’actualité COVID où tout évolue en permanence alors que la rentrée se  finalise. Nous avons fait le choix — que j’assume — de donner de la visibilité, de jalonner cette future année pour donner un cadre à toute notre communauté malgré les incertitudes. Mais revenons sur les (mes) 10 événements clé vécus pendant de cette période inédite.

Premier événement. À partir de la mi-janvier, je me réveille Covid, je pense Covid toute la journée et j’en rêve la nuit.

Sans que cela ne devienne obsessionnel, le moment reste totalement inédit, sans point de repères face à des situations changeantes et une multitude de paramètres à prendre en compte, à la fois en tant qu’individu et dirigeant d’une école internationale.

J’ai pris conscience de la gravité de la situation au moment où Lufthansa annulait ses liaisons avec la Chine. Là je me suis dit que, si Lufthansa, l’une des plus grandes compagnies aériennes annulait ses vols vers la Chine au vu du nombre de liaisons assuré, c’est que vraiment il était en train de se passer quelque chose. À l’époque, je l’avais tweeté, j’avais l’impression de vivre dans deux mondes parallèles, à la fois dans la crise permanente et, à Grenoble, dans un territoire beaucoup moins impacté que d’autres.

Deuxième événement.  La décision de fermer l’école trois jours avant l’annonce officielle.

Nous étions dans des reprogrammations permanentes d’intervenants qui ne pouvaient pas venir ou d’événements qui ne pouvaient plus se faire. Nous avons décidé de briser  ce cercle vicieux de l’urgence. On ne pouvait plus fonctionner ainsi. On ferme…

Troisième événement. Le récit tragi-comique des masques.

J’y ai consacré également un post mais je n’arrive toujours pas à comprendre — sans se voiler la face ;=) — pourquoi il n’y en avait plus. Et pourquoi maintenant la polémique perdure sur son usage ? Il me semble que le masque est maintenant une simple question de bon sens et que bien évidemment, ce n’est pas l’arme absolue mais l’un des éléments d’endiguement de la Covid.

Quatrième événement, les querelles de chapelle de la recherche médicale,

si délétères pour son image. Cette bagarre de sommités médicales n’a pas grandi le monde de la recherche qui a besoin de compétences et de rayonnement pour donner envie aux étudiants de s’engager dans cette voie passionnante et exigeante.

Cinquième événement, le métier d’enseignant ne s’improvise pas.

Nombreux ont découvert la difficulté de remplacer l’instituteur ou le professeur… prof, c’est un métier à part entière tout comme diriger une école ;=)

Sixième événement, que restera-t-il de la mise au télétravail massive ?

Nous avons vécu une situation exceptionnelle qui a mis en lumière nos défauts, nos limites mais également nos incroyables capacités de rebond et d’adaptation ! Sur quoi pouvons-nous capitaliser aujourd’hui ? J’ai l’impression que nous sommes repartis dans une fuite en avant sans prendre le temps de la réflexion. Le télétravail auquel j’ai consacré un post montre qu’il s’agit là d’un facteur de changement important non pas dans une volonté absolue que tout bascule dans un sens ou dans l’autre, mais comme le point de départ d’une réflexion. Prenons la balle au bond pour questionner le travail, la relation à l’entreprise, l’organisation, le management comme un ensemble d’interactions à considérer en vue de nouvelles pistes de progrès et de coopération. J’ai l’impression que nous n’en prenons pas le chemin ou en tous cas pas clairement.

Septième événement, la relocalisation.

Là encore, attention aux recettes miracles. Il s’agit de se poser les bonnes questions pour aller vers quelle industrie du futur, quelle place pour la recherche, quel lien avec les territoires qui sont en demande profonde de rejouer un rôle central ? Cela pose donc la question de l’aménagement du territoire, de la qualification et des compétences donc des emplois. Ne cherchons pas à reconstruire une ligne Maginot mais cherchons à imaginer d’autres solutions moins court-termistes et manichéennes. Le point de départ de la réflexion est intéressant et, encore une fois, ne négligeons pas nos atouts en matière de recherche, d’écoles d’ingénieurs, d’écoles de management, de centres de recherche. La France occupe des positions de choix dans le secteur de l’industrie et des technologies,  construisons l’avenir plutôt que d’imaginer un retour à un passé rassurant mais figé. Prenons cette idée de la résilience devenue le sésame de l’avenir, celui de reconstruire dans un sens positif, en « mieux » et surtout pas la même chose en « pire » !

Huitième événement, il y a le principe de réalité et toutes nos réussites !

Il doit nous interpeller sans tomber dans un angélisme d’une vision conservatrice du passé, ou dans l’incapacité à se projeter. Retenons la formidable mobilisation de tous. Tout n’a pas été parfait mais face à un événement inédit, retenons cette extraordinaire mobilisation, ces investissements, cette abnégation, cette passion. Quand il le faut nous répondons présents ! Toutes ces heures de travail collectif qui ont maintenu le lien social et professionnel. À GEM, je rappellerai le nombre impressionnant d’heures de cours assurés : 16 000 h pendant le confinement !

Neuvième événement. Comment se projeter dans l’après ?

Il y a ce très court-terme dans lequel nous sommes malheureusement repartis tête baissée en oubliant le principe de réalité. Le danger serait de tenter d’ouvrir de nouvelles voies avec les méthodes et les réponses du passé. Le court-terme, c’est également la rentrée que nous vivrons. Avec quelle reprise économique ? Et quels impacts à l’automne ?

Dixième élément, Thinking and acting for Society.

Le moyen-terme, ce sont les réponses à apporter. Le chemin que nous avions pris et les choix que nous avions faits — il y a déjà des années — sur la géopolitique, sur la paix économique, sur la School for business for society et la notion d’impact montrent bien qu’elles ont vraiment tout leur sens. Elles s’affirment comme grilles de lecture et d’analyse de la business school influente. Parce ce qu’elles sont généralement les clés de cette école du futur propre à développer transversalité, pensée complexe, capacité à communiquer et à innover. Nous devons nous situer au cœur de la société, être force de propositions et d’adaptations, conserver ce temps d’avance et de réflexion pour construire le monde de demain. C’est une exigence.

À un moment tout avait changé et puis rien ne change… je termine ces quelques réflexions de quelqu’un qui a été « au front », à la fois en tant que responsable de la cellule de crise de GEM, président de la banque Passerelle pour laquelle il a fallu transformer le concours en grande vitesse, et membre de la cellule de crise du Conseil du Chapitre des écoles de management. Sommes-nous en train de retenir les leçons ? Je pense que pour faire face aux changements du monde, la solidarité et la mutualisation semblaient être des réponses. Ne sommes-nous pas en train de les oublier ? Ne retombons-nous pas dans nos travers ?

Restons positifs malgré tout et prenez — si vous le pouvez — du temps pour vous de reposer!  

Et à l’année prochaine !


POUR RAPPEL : INFOS CORONAVIRUS OFFICIELLES

Be Sociable, Share!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.