Le blog de Jean-François Fiorina

Enseignement à distance : GEM fin prêt pour cette rentrée inédite

Entretien à quatre voix pour un retour d’expérience de cette période inédite d’enseignement à distance menée tambour battant pendant le confinement et surtout pour savoir comment Grenoble Ecole de Management a peaufiné cette rentrée 2020, 100% à distance pour le démarrage, animée par deux principes : tenir le calendrier des rentrées étudiantes et assurer une qualité optimale en matière d’enseignement à distance pour ses étudiants. Jean-François Fiorina, directeur général-adjoint Grenoble Ecole de Management anime la discussion entre Nancy Armstrong, directrice-adjointe de la pédagogie,  Emmanuelle Villiot-Leclercq, responsable Learning Design pour l’accompagnement et formation des enseignants à la pédagogie et au digital, et Stéphanie Boyer, professeure de finance.

Jean-François Fiorina, Directeur-adjoint Grenoble Ecole de Management : la Covid a mis en avant toutes les dimensions de la formation à distance. Elles existaient déjà avec de nouveaux acteurs type Coursera ou OpenClassroom mais on note beaucoup de définitions et de concepts différents. D’où cette première question et un rapide tour de table : Quelle est votre définition et votre vision de l’enseignement à distance ?

Stéphanie Boyer, professeure de finance : l’enseignement à distance pose un cadre spécifique : professeurs et apprenants ne sont pas dans la même salle, ils doivent communiquer à travers des outils digitaux. Se pose toute la problématique liée à l’appropriation, la transmission, la communication non seulement des connaissances mais aussi des savoir-faire, des savoir-être qui est rendue plus complexe par cette absence de présence physique.

Emmanuelle Villiot-Leclercq, responsable Learning design pour l’accompagnement et formation des enseignants à la pédagogie et au digital : pour compléter le propos de Stéphanie, auquel j’adhère, l’enseignement à distance va permettre aux étudiants de travailler à leur rythme et, pour le professeur, de personnaliser son enseignement. L’enjeu fort qu’a souligné Stéphanie est de réintroduire de la présence dans la distance. C’est à dire de repenser les interactions en classe entre enseignant/étudiants et mais aussi entre les étudiants eux-mêmes.

Nancy Armstrong, Directrice-adjointe de la pédagogie : l’enseignement à distance implique un certain nombre de conformités. Il doit être identique en termes de contenus, d’exigences, d’opportunités d’interaction et de rencontres des enseignants de tout bord et de toute origine. Il est également conforme au Gem Learning Model donc l’enseignement à distance doit présenter tous les avantages du présentiel pour être tout à fait conforme.

Jean-François : il pointe vite vers d’autres notions comme le synchrone, l’asynchrone, l’approfondissement possible de certains sujets…

Nancy : Effectivement, il y a deux façons de travailler à distance. Il y a ce qu’on appelle du synchrone ou du live. Les étudiants sont en visuel avec l’enseignant sous forme de webinaire. Et il y a la deuxième méthode, asynchrone, où l’enseignant a préparé tout un corpus d’éléments pour faire travailler les étudiants en autonomie. Il y a également la possibilité de mixer les deux, d’alterner synchrone et asynchrone lors  d’une même séance. Il peut donc démarrer avec un webinaire de 30 min, demander aux étudiants de travailler individuellement ou en groupes de façon autonome pendant un certain temps, reprendre les étudiants en live un petit peu plus tard et pourquoi pas leur demander des travaux sur table à rendre avant la fin de la séance.

Jean-François: on va parler aussi de nouveaux modèles en streaming…

Nancy: effectivement, c’est une autre étape qui peut consister pour le futur à avoir un certain nombre d’étudiants dans les salles de classe en présentiel et d’autres étudiants qui suivent le cours à distance. De toute manière, le cours est filmé et retranscrit directement en streaming.

Emmanuelle : pour compléter on peut dire que le streaming interactif, c’est finalement une nouvelle forme d’enseignement à distance que l’on va expérimenter. C’est déjà le cas avec une vingtaine d’enseignants de GEM. Les salles vont être équipées dans cette optique.

Jean-François : Comment réagissent les professeurs quand on leur dit vouloir enseigner à distance ?

Nancy : Il y a ceux pour qui cela fait un peu peur et il y a ceux pour qui cela représente une formidable opportunité d’avancer  dans ce sens. Ils savaient qu’il fallait faire le pas, un jour ou l’autre. Beaucoup ont eu des retours très positifs pendant le confinement. Ils ont été très agréablement surpris par l’engagement des étudiants, qui ont réussi à produire exactement le même niveau de travaux qu’en présentiel,  voire plus !

Jean-François : quelles étaient les peurs des professeurs ?

Nancy : le désengagement des étudiants du fait de la perturbation de leur environnement, de ne pas avoir un accèsde qualité à internet, des problématiques de connexion. Et peut-être aussi, quand je parle d’engagement, la peur de ne pas pouvoir retenir leur attention suffisamment longtemps et de rendre le cours aussi vivant qu’en présentiel.

Jean-François : à Gem, tous les cours peuvent-ils se faire à distance ou est-ce pour certains, malheureusement ou heureusement, pas le cas ?

Nancy : pour certains ce sera un  peu compliqué comme, par exemple, les cours de théâtre. Nous avons réussi à tout faire pendant le confinement mais il faut avouer que pour certains cours,  ce n’est pas l’idéal. Donc nous privilégierons le présentiel pour ces cours dès que les conditions sanitaires le permettront.

Jean-François : et pour toi Emmanuelle qui prépare et aide. Mêmes inquiétudes de la part des professeurs ?

Emmanuelle : cela correspond globalement aux grandes inquiétudes que les collèges partageaient : la perte de l’attention des étudiants surtout lorsque la gestion de cours dépasse 1h/1h30. D’ailleurs, dans l’enquête que nous avons faite auprès d’eux, les étudiants nous ont bien dit qu’au-delà de cette durée c’était quand même très difficile de conserver son attention.

Il y a la crainte également de créer une surcharge mentale et cognitive. Lorsqu’ils avaient des cours en ligne toute la journée, les étudiants nous ont fait part de cette surcharge et de leur difficulté à se concentrer. Et on revient finalement à tout l’enjeu que je soulignais tout à l’heure, recréer cette présence, cette interaction que l’enseignant crée avec ses étudiants dans un contexte technologique et distanciel.

En même temps, comme le disait Nancy, la période que l’on a traversée et celle qui arrive, puisqu’on prépare l’ensemble des cours en distanciel, joue comme un accélérateur de pratiques d’enseignement à distance. Chaque enseignant fait le point de tout ce qu’il faut mettre en place, innove et c’est vraiment un accélérateur des pratiques. Il y en a même qui ont été mises en place sans que nous y ayons pensé. D’un autre côté, de nouveaux challenges apparaissent. A GEM nous faisons beaucoup d’expérientiel au travers  des simulations qui recréent des situations professionnelles. Là, on va être plus en interrogation. Il va falloir innover, trouver de nouvelles façons de faire et inventer. Donc c’est vraiment un accélérateur qui joue le rôle de levier et d’opportunités pour les enseignants.

Jean-François: côté professeurs avec Stéphanie, est-ce que ta vision de l’enseignement à distance a changé avec la Covid ? Comment as-tu fait pour transformer ton cours ? En combien de temps ? Avec quelle démarche ?

Stéphanie : j’avais déjà fait un peu d’enseignement à distance puisque j’intervenais dans un programme MBA dont certains modules avaient lieu on-line. Je pense que ce qui a évolué récemment avec la Covid ce sont les outils. Teams, par exemple, est assez simple à prendre en main que ce soit par les professeurs ou par les étudiants et donc cela peut faciliter la communication entre nous.

J’enseigne des matières assez techniques comme la comptabilité, la finance, la gestion financière. Ce sont des matières où il faut vraiment beaucoup de pratique et d’exercices pour que les étudiants assimilent les concepts. C’est vrai que lorsqu’on est en salle de classe, physiquement avec les étudiants, c’est beaucoup plus simple. On voit tout de suite par leur posture, leur regard, s’ils ont compris ou non. On peut passer derrière eux pour regarder leurs travaux et les aider. Avec Teams les 40 étudiants ne vont pas tous activer leur caméra et même s’ils le faisaient, on ne pourrait pas suivre 40 caméras en même temps ! Il faut vraiment créer un climat de confiance pour qu’ils s’autorisent à dire : « je n’ai pas compris », « je suis bloqué », « j’ai besoin d’aide »… Il faut essayer de les faire travailler en petits groupes au maximum pour qu’ils s’entraident. Avec un outil comme Teams, cela nous a permis de créer non seulement une classe entière pour pouvoir parler à tout le monde mais aussi des sous-groupes. Ca permet d’aller discuter avec chacun de ces sous-groupes. Cela aide vraiment à la mise en confiance des étudiants.

Le on-line fonctionne mais cela ne remplacera quand même pas le face à face. En tant qu’enseignants, on apprécie le contact avec les étudiants, on aime être en face d’eux, être en interactions avec eux et c’est également le ressenti d’une majorité d’étudiants. L’enseignement en ligne limite ces interactions mais les outils qui sont mis à notre disposition notamment par le service d’Emmanuelle permettent de palier à pas mal de ces difficultés. Donc, je trouve qu’un enseignement en “blended”, avec du face à face et du on-line, marche bien. En 100% online, un mix d’activitéssynchrones et asynchrones permet de garder cet engagement des étudiants. Cela permet d’avoir de l’interaction mais cela demande beaucoup de créativité de la part des enseignants. Auparavant nous avions une posture assez classique : on arrivait en salle de classe, on définissait un certain nombre de concepts, on faisait faire des exercices. Là, il faut vraiment alterner des activités synchrones, asynchrones, communiquer avec la classe entière et par petits groupes. Cela demande beaucoup de travail de préparation en amont des cours.

Jean-François : donc cela suppose un reengineering, un redesign de l’ensemble du module ?

Stéphanie : tout à fait. Il faut vraiment repenser l’intégralité de son module avec des temps asynchrones où l’on va demander aux étudiants de regarder des petites vidéos très courtes où on explique les concepts, les grandes définitions, puis de préparer des quizzs en ligne ou des exercices simples qui vont leur permettre de tester leurs connaissances, vérifier qu’ils ont bien compris les vidéos. Ensuite, il faut leur donner des exercices plus complexes à faire de manière individuelle ou en sous-groupes, interagir avec eux s’ils ont des difficultés dans la réalisation de ces exercices et puis on recommence ainsi des séquences d’une trentaine de minutes. Cela demande vraiment une scénarisation des cours, de les repenser entièrement.

Jean-François : donc plus fatiguée à l’issue d’un cours en ligne que d’un cours physique ?

Stéphanie : cela demande beaucoup de préparation en amont. Il faut être extrêmement rigoureux parce que justement lorsqu’on est en classe et qu’on se trompe ou qu’on manque de clarté, cela se voit tout de suite dans les yeux des étudiants et on peut corriger le tir tout de suite. Il faut être extrêmement rigoureux dans les vidéos préparées en amont, dans les exercices, dans les corrigés d’exercices parce qu’on ne voit pas les étudiants. Cette préparation est extrêmement fatigante.

Pour le déroulement du cours en synchrone, il faut gérer à la fois la caméra, le son, l’enregistrement de la session, nos supports qui sont parfois sur un autre écran et puis il faut gérer aussi la fenêtre de conversation pour voir s’il y a des questions… Il faut éventuellement gérer ceux qui lèvent la main… Quand on a une quarantaine d’étudiants, c’est vrai que c’est fatiguant et c’est pour cela que je recommande à mes collègues de faire des séquences synchrones qui sont relativement courtes et d’alterner synchrone et asynchrone.

Jean-François : et pour  les étudiants étrangers qui sont dans le monde entier avec des fuseaux horaires différents ?

Stéphanie : en ce qui concerne le programme dont je m’occupe – un MSc spécialisé en finance avec des étudiants internationaux, nous avons décidé de donner beaucoup d’activités asynchrones. Ils peuvent les faire quand ils le souhaitent et puis on se retrouve pour des phases synchrones autour de l’heure du déjeuner. Donc plutôt fin de matinée, début d’après-midi pour être dans des horaires compatibles avec tous les étudiants. De plus, cette session synchrone est enregistrée ce qui fait que les étudiants pourront y avoir accès à la demande.

Jean-François : est-ce que la relation aux étudiants a changé ?

Stéphanie : tout dépend vraiment de la personnalité des étudiants. Il y a des étudiants qui n’ont pas peur de poser des questions devant les autres. Ils vont les poser par écrit, prendre le micro, activer leur caméra ; d’autres qui vont être beaucoup plus en retrait, c’est ceux-là qu’il faut aller chercher. Ce que je j’essaie de faire, c’est, avant les sessions, de leur envoyer des messages. Éventuellement même des messages personnalisés, si je vois par exemple qu’ils n’ont pas fait les activités demandées sur Moodle comme regarder des vidéos, faire des quizzs, préparer des exercices. J’essaie de les mettre en confiance, de leur montrer que c’est en faisant des erreurs qu’on apprend. Il n’y vraiment aucune honte à faire des erreurs, à poser des questions, aucune question n’est idiote. Donc, oui la relation change, je pense qu’il faut vraiment les mettre en confiance dès le démarrage du cours et les encourager à poser des questions en les félicitant quand ils en posent et en les remerciant pour leur participation.

Jean-François : est-ce que ceux qui posent les questions sont les mêmes qu’en présentiel ? Observe-t-on des comportements radicalement différents ?

Stéphanie : je n’ai pas noté de réelles différences. C’est vrai que j’ai eu un groupe d’étudiants que j’avais déjà eu en présentiel avant le basculement en ligne. J’ai l’impression que c’était plutôt les mêmes étudiants qui posaient des questions.

Jean-François : Nancy, quel est le cahier des charges, la feuille de route qui est donnée par la pédagogie aux professeurs et aux étudiants pour le on-line ?

Nancy : premièrement, les contenus sont strictement identiques à ce que les étudiants ont eu en présentiel. Ensuite, il a fallu gérer la charge de travail. Enseigner et étudier en ligne est plus chronophage que le présentiel. Donc nous avons bâti une planification qui prend en compte à la fois la charge de travail des étudiants et justement les plages horaires. Nous avons donc bâti une planification qui va correspondre à 15/18 h de cours programmés par semaine en moyenne. Ce qui correspond à 45 à 54 h de travail étudiant par semaine pour que cela reste gérable pour tout le monde avec une planification pour les programmes internationaux qui favorisent les plages entre midi et deux ou en début d’après-midi. Les étudiants nous ont aussi dit que les travaux de groupes étaient parfois compliqués à gérer.

Donc nous avons donné comme consigne de les limiter ou de cadrer d’avantage les travaux de groupes. Stéphanie nous a signalé à quel point c’était important de créer du lien avec les étudiants en amont des enseignements. Et donc, c’est à ce titre qu’un module de préparation est en train d’être conçu sur l’enseignement à distance. Il y a trois chapitres.

  • L’environnement dans lequel l’étudiant doit se mettre pour aborder l’enseignement à distance, les outils, les comportements en amont du cours et après du cours, l’auto-motivation, la gestion du temps, la gestion de sa charge de travail,
  • puis pendant le cours tout comme quand on est en présentiel, une petite charte de comportementpendant le cours à distance, lever la main, couper le micro, etc.
  • et la préparation pour justement aider les étudiants à trouver ce lien avant de démarrer leur cours.

Jean-François : Emmanuelle est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur l’aide apportée aux professeurs via le Learning Design — LED — et jusqu’où on va notamment sur la partie certification ?

Emmanuelle : le LED est le service de soutien à la transformation pédagogique et digitale des enseignements, il agit sur 4 axes :

  • Nous aidons les enseignants sur la scénarisation. Pour certains, ce sera la première fois qu’ils basculent leur cours en ligne, pour d’autres, il y aura peu d’ajustements, de la réingénierie comme tu disais tout à l’heure. Donc, un axe d’action et de support sur le design de cours en ligne, en asynchrone-synchrone et sur le blended,
  • un axe autour de l’animation pour améliorer la façon dont on anime un webinaire, la façon dont on gère les interactions en asynchrone également via Moodle. Stéphanie soulignait l’importance de l’explicitation donc comment on travaille la façon dont on présente les activités, les cours et l’ensemble du module auprès des étudiants.
  • on va travailler avec les enseignants sur l’axe évaluation puisque il y a aussi à repenser son évaluation pour qu’elle soit alignée avec l’ensemble des activités design qui sont mises en place.
  • un important travail d’aide à la production de ressources donc des capsules vidéos, des quizzs, des PowerPoint sonorisés. Il s’agit de outes les ressources médiatisées que l’enseignant va embarquer dans la plate-forme Moodle pour les déployer auprès des étudiants et les soutenir dans un processus d’apprentissage. La production nécessite un travail conséquent de support qu’il faut apporter aux enseignants parce qu’ils n’ont pas suffisamment de temps, parce qu’il y a parfois des dimensions techniques à mobiliser qui ne relèvent pas de leur champ d’action. Donc, Il faut vraiment être là pour les aider.

Donc, nous avons déployé pour ces quatre piliers, des formations et des accompagnements. Beaucoup de formations vont être proposées dès cette rentrée ainsi que des temps d’accompagnement avec des ingénieurs pédagogiques. Nous proposons aussi un support dédié en ligne, un desk. À tout moment, l’enseignant peut poser une question à un ingénieur pédagogique. Des échanges de pratiques vont être encouragés. On constate et on accompagne des actions de formation et d’accompagnement par les pairs. Dès le printemps des enseignants — Stéphanie en fait partie —  ont apporté leur soutien pour aider les collègues dans la transformation des cours. Effectivement, au-delà de ce que propose le LED, il y a aussi une entraide réelle entre enseignants.

Tu le soulignais, il existe également un dispositif de certification — Teacher Expert for Digital Learning Experience. Actuellement une quarantaine d’enseignants participent à ce certificat. Certains ont déjà fini leur portfolio de compétences et vont le présenter à la certification à l’automne. Au travers de ce certificat, nous avons conçu unréférentiel de compétences de l’enseignant en ligne véritablement reliées aux situations professionnelles d’enseignement à distance. Dès cette rentrée, ce dispositif va permettre à nos enseignants de faire reconnaitre et valider leurs compétences en enseignement online.

Jean-François : c’est la reconnaissance de l’expertise.

Emmanuelle : oui, le certificat c’est la possibilité donnée aux enseignants de Gem de rassembler leur expérience et de la faire reconnaître, de valoriser leur expertise en enseignement à distance.

Jean-François : quelle que soit la discipline enseignée ?

Emmanuelle: oui, bien sûr. Le certificat est transversal, il est vraiment centré sur les compétences d’enseignement en ligne. Il y a trois niveaux de pratiques intégrées aux situations professionnelles validées dans ce certificat : intégration des technologies dans ses pratiques au quotidien ; blended learning (apprentissage hybride) ; enseignement 100% à distance.

Jean-François : tu as évoqué une fonction qui se développe beaucoup dans le monde universitaire qui est celle d’ingénieur pédagogique. Quel est son rôle et plus particulièrement à Gem ?

Emmanuelle : un ingénieur pédagogique peut avoir plusieurs profils. Ceux qui sont très recherchés et recrutés, c’est ceux que l’on a à Gem ! Ce sont des ingénieurs pédagogiques dits multimédia avec une forte compétence en lien avec le digital. En général, c’est quelqu’un qui a dans ses bagages un master en ingénierie de formation et technologie.

Il maîtrise toute la chaîne d’ingénierie de conception d’un cours jusqu’à la diffusion. Il est capable d’accompagner l’enseignant en écoutant ses besoins. À partir de ces éléments, il définit avec l’enseignant une scénarisation qui va lui permettre de transformer ou de créer un cours en ligne ou un blended. Il va également identifier avec l’enseignant les ressources à produire et ce, en fonction des activités mises en place : ressources textuelles ou multimédia qui sont beaucoup plus complexes. Enfin, il va aider l’enseignant à identifier les modalités d’évaluation pertinentes et à intégrer l’ensemble (activités, ressources, activités d’évaluation, etc.)  dans une plateforme d’enseignement type Moodle, à diffuser sous forme de cours scénarisé. Donc l’ingénieur pédagogique est en capacité d’aider les enseignants sur toute cette chaîne d’ingénierie pédagogique de bout en bout, de l’idée du cours à son déploiement.

Il n’est pas forcément sollicité sur l’ensemble de la chaîne mais en tout cas, il a des compétences pour agir sur l’ensemble des situations professionnelles que rencontre l’enseignant lorsqu’il prépare son cours. Nous avons 6ingénieurs pédagogiques à GEM  dont une personne spécialisée dans le conseil pédagogique qui a une vue d’ensemble et une connaissance très approfondie des questionnements pédagogiques.

Jean-François : aucune d’entre vous n’a parlé des évaluations. Il y a pourtant eu beaucoup d’articles au début de l’été sur la triche lors les évaluations en ligne. Comment peut-on évaluer des étudiants quand on a fait un cours en ligne ?

Nancy : Je pense qu’il y a deux choses importantes à retenir. C’est qu’il y a deux formes d’évaluation. Il y a l’évaluation en contrôle continu – c’est une évaluation ‘formative’ –  qui permet au cours d’un module de faire le point sur ses acquisitions pour aller encore plus loin dans l’apprentissage, et Il y a l’évaluation ‘sommative’ qui valide les compétences et les connaissances acquises.

Ce qui est important à Gem, c’est de maintenir ces deux modalités d’évaluation. Effectivement quand on parle d’examens, c’est extrêmement difficile aujourd’hui de garantir des conditions d’examens au sens légal du terme puisqu’il faut une surveillance, préserver l’anonymat, etc. En revanche la notion pédagogique de l’examen, c’est-à-dire l’évaluation sommative a été et sera très clairement maintenue dans des espaces temps très limités. Ce qui réduit fortement les opportunités de triche parce que normalement les évaluations sont conçues pour ‘ceux qui savent’ donc ils n’auront pas le temps de partager leurs avis, leurs ressources, se poser des questions entre eux, etc.

Jean-François: Stéphanie, ton avis ?

Stéphanie : ça reste compliqué les évaluations, je ne vais pas vous le cacher. J’ai fait des évaluations sous forme de quizz sur Moodle, j’ai essayé de les complexifier en faisant des questions ouvertes auxquelles les étudiants ne pouvaient pas répondre simplement par oui ou par non, ou choisir dans un QCM leur réponse. Ils devaient vraiment écrire du texte, leur raisonnement, leurs calculs. Ce sont des possibilités qui sont offertes par Moodle. J’ai essayé d’avoir des énoncés différents – la même question mais avec des chiffres différents pour limiter la triche possible entre étudiants, des QCM dans des ordres différents où les étudiants n’ont pas les questions dans le même ordre et les réponses ne sont pas dans le même ordre mais ce n’est pas 100 % satisfaisant.

Jean-François: c’est plutôt délicat sur la partie finale. Par contre, il peut y avoir du contrôle continu à distance sans problème.

Stéphanie : pour encourager les étudiants à travailler de manière régulière et les motiver, je fais des petites vidéos avec les concepts et les définitions et ensuite à la fin de chaque vidéo je leur demande de faire un quizz sur la vidéo qui est relativement simple mais qui va me permettre de m’assurer qu’ils ont bien compris les concepts-clés. Cela entre dans leur note de contrôle continu, donc ça les motive à travailler de manière régulière tout au long du module. A priori, ils devraient arriver bien préparés au moment de l’examen. Après comme je le dis, limiter et éviter complètement la triche lors des examens, c’est compliqué même si on a fait le maximum pour l’éviter.

Jean-François: alors, l’avis de l’experte. Est-ce qu’il y a des sociétés ou des technologies qui sont en train d’émerger pour limiter ce risque de triche ?

Emmanuelle: Il existe actuellement de nombreux systèmes différents et certains ont déjà été largement testés dans des institutions, nous en discutions lors de l’atelier AGERA. Ayant testé ces dispositifs en ligne, ils ont partagé quelques expériences d’utilisation de ces dispositifs de façon expérimentale et les limites ont quand même été soulignées. Je pense que tout va rapidement évoluer. C’est un chantier, les technologies ne sont pas encore matures. C’est un chantier que l’on doit vraiment mener cette année.

Jean-François: je vous ai beaucoup interrogé traditionnellement dans mes entretiens blog à la fin c’est plutôt les interviewés qui deviennent interviewers. Vous avez des questions à me poser ?

Emmanuelle: je te repose la question de l’évaluation. Quelle est la stratégie de Gem en la matière ? On a effectivement fait les évaluations avec Moodle cette année au mieux de ce que l’on a pu. D’ailleurs Le LED  a été beaucoup en soutien, une ingénieur pédagogique a été mobilisée presque à plein temps tous les jours pour veiller à ce que les évaluations se passent bien. Pour la montée en charge et en qualité, qu’est-il prévu par la direction de GEM sur cette question stratégique?

Jean-François : oui, tu as utilisé le mot chantier, je crois que c’est le bon mot. L’évaluation pour moi ne doit pas se limiter au mode d’évaluation mais dans toute la gestion des évaluations, les remises de notes, le retour auprès des étudiants, les retours auprès des scolarités et l’intégration des notes pour le jury.

C’est le prochain chantier de l’école du futur mais dans cette perspective globale, à l’heure actuelle, les évaluations prennent du temps. Cela coûte cher. Nous avons une multitude de programmes, de cours et de modalités d’évaluations et peut-être qu’à un moment donné avec également notre préoccupation environnementale, il faudra revoir l’ensemble. À la fois l’évaluation des connaissances en tant que telles, on l’a bien vu avec Stéphanie, c’est très important notamment pour des cours de gestion de vérifier que l’étudiant a bien compris pour progresser. Il y a ensuite toute l’évaluation ou les certifications de compétences et peut-être sont-elles encore plus difficile. Je pense qu’on y arrivera grâce à l’évaluation transversale. Comment évaluer des cas intégratifs qui font appel à différentes matières, marketing, droit, finance ? Oui, beaucoup de perspectives. L’intelligence artificielle, je l’espère le permettra et puis un process qui soit facilité et qui permette de transmettre les données aux étudiants pour les aider à comprendre où ils n’ont pas été performants, pour le professeur également parce qu’il y a peut-être quelques notions mal assimilées.

Comme je suis président d’une banque de concours, se pose la question des concours à distance. Passerelle a déjà été digitalisée mais comment faire pour que les étudiants le passent à distance et qu’on puisse l’adresser à des étudiants du monde entier sans forcément avoir à mobiliser des surveillants, un centre en étant sûr que ce sont les candidats ceux qui ont répondu ?

Nancy : nous avons pris une décision courageuse de démarrer en ligne, au moins pour les deux premiers mois de l’année. Les enseignants ont bien pris conscience de ce que cela représentait et ce qu’il fallait mettre en place pour accompagner les étudiants. Comme vous êtes au contact des étudiants entrants que nous ne connaissons pas, quel est leur état d’esprit face à ces deux mois à distance alors qu’il y a beaucoup d’autres institutions qui laissant planer l’idée du présentiel ?

Jean-François: le choix a été fait en privilégiant la qualité pédagogique et si nous étions partis sur du blended, comme on ne sait pas du tout comment la situation va évoluer, on risquait d’avoir une très faible part de présentiel. Et un professeur ne va pas tripler, quadrupler ou quintupler ses interventions surtout pour les promotions importantes que nous avons. Il est donc plus important d’avoir un module à distance complet. On l’a bien vu avec Stéphanie, c’est le professeur qui maîtrise la progression de ses élèves avec du synchrone, de l’asynchrone, etc. Il y a eu beaucoup de scepticisme au départ, un peu moins maintenant parce qu’il y a d’importants points de vigilance et de prudence vis-à-vis de la résurgence du virus. Il y a également un certain nombre d’institutions qui ont fait ce choix d’être tout à distance et des institutions prestigieuses. Tout ce travail de préparation et de scénarisation que nous avons engagé pour des cours de qualité est de nature à rassurer tout le monde. C’est notre choix même s’il y a encore quelques interrogations de la part de nos étudiants actuels et futurs, également de parents qui ont une mauvaise image de la formation à distance. Je pense qu’à travers cet entretien croisé et de ce qui a été démontré par cette ingénierie et ces supports pour arriver à un distanciel de qualité nous avons fait le bon choix.

Stéphanie : j’ai une dernière question Jean-François. L’enseignement fait partie de l’expérience étudiante. Mais l’expérience étudiante, c’est aussi tout ce qui se passe en dehors de la salle de cours dans une école comme la nôtre. Et sur ce point as-tu des informations à nous apporter sur ce qui va se passer ? Pour les étudiants, comment créer ces liens entre eux qu’ils forment habituellement dans les associations étudiantes ou à travers les différentes activités que leur propose l’école ?

Jean-François: Il y a deux niveaux. Niveau urgence Covid rentrée 2020 et le futur pour des étudiants qui rentrent à Gem. L’expérience étudiante est pour moi la somme des activités salle de classe, hors salle de classe et écoles que suivent les étudiants. Salles de classe c’est ce que font les professeurs. Hors salle de classe, ce sont évidemment la vie associative, les stages, l’alternance, l’international, les doubles diplômes et le hors école, ce sont toutes les expériences que font nos étudiants : des moocs, des hackathons, d’autres types d’expériences pédagogiques ou d’autres certificats…

Nous devrons organiser ces éléments dans les années à venir. Cela rejoint cette notion de compétences et de validation. Pour la rentrée, il est vrai que la vie associative reste un élément important de socialisation, de fédération et… attendu par les étudiants.

Si les cours à distance seront assurés dans une logique de qualité pédagogique avec une année qui commence dans les délais prévus, l’école va aussi s’ouvrir aux étudiants. Ils pourront venir travailler à l’école s’ils le souhaitent. Ils auront accès aux services étudiants : bibliothèque, espace coaching, espace carrière et autres. La vie associative va également reprendre. Les associations vont pouvoir recruter leurs futurs étudiants.

Nous entamons ce double pilotage dans cette première partie puisque l’année est divisée en cycles de deux mois pour apprendre à vivre avec ce virus et à s’adapter au mieux. Les étudiants vont arriver progressivement. Ce système évitera de prendre des décisions dans l’urgence. Nous avons la possibilité d’avoir une certaine visibilité. Si les choses s’assouplissent, on suivra, par contre s’il y a plus de contraintes, on appliquera sans aucun problème et sans effectuer des changements de cap à 180°. C’est vrai que c’est une rentrée qui va être plus difficile. Jusqu’à présent sur les mois de mars et d’avril, les étudiants que vous aviez étaient des étudiants que vous connaissiez. Pour cette rentrée, et surtout par rapport à nos nouveaux étudiants, y compris ceux qui viennent du monde entier, nous ne savons pas ce qu’ils ont reçu en termes d’enseignement en ligne.

Un petit dernier mot sur la rentrée : prête, inquiète, pas inquiète… ?

Stéphanie : à titre personnel, en tant que professeure, pas trop inquiète puisque je commence maintenant à avoir pas mal d’expérience dans l’enseignement à distance. Après, pour le programme que je gère, il faut rassurer et former nos intervenants qui n’ont peut-être pas la même expérience. Je pense qu’on a développé, dans les semaines qui viennent de se terminer, beaucoup de solidarité, de coopération entre services, entre enseignants, donc on va continuer à travailler avec cette solidarité pour réussir tous ensemble cette période qui est compliquée pour nous mais aussi pour les étudiants parce que notre priorité c’est le développement de leurs compétences.

Emmanuelle : je dirais prêtre, et comme le disait Stéphanie beaucoup d’espoir autour de cette capacité à nous entraider, à nous serrer les coudes, à trouver des solutions.

Nancy : rassurée et positive. Rassurée parce qu’on a eu le temps de s’y préparer, parce que les ressources sont en place. Nous avions des ressources de formations des enseignants en place, ils ont eu le temps de bien construire leurs cours. La planification se fait, l’allocation des enseignements se fait, tout se fait dans les temps. Donc, je suis plutôt rassurée.

 


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