Le blog de Jean-François FIORINA

Reprise des cours et coup d’œil dans le rétroviseur !

Salle de cours à GEM avec des étudiants

Cela fait maintenant plus d’un an que je suis sur le pont en tant que directeur de la cellule de crise GEM (Grenoble Ecole de Management), de celle du concours Passerelle, avec la participation à d’autres (Chapitre des écoles de management / Conférence des Grandes Écoles). Et Les cours ont (enfin) repris en présentiel à GEM ce lundi 8 février, après de longs mois d’interruption. L’école à nouveau prend vie. Nos étudiants reviennent tout en respectant bien évidemment les consignes de jauges de 20% et 50%. J’espère que nous pourrons continuer ainsi jusqu’à la fin de l’année. Le plus important, c’est gagner en stabilité pour garantir la continuité pédagogique qui permet aux professeurs de gérer la progression des groupes, et pour les étudiants, d’avoir de vrais points de repères.

Donner de la stabilité dans le tourbillon des événements

Même si je comprends tout à fait les critiques opposées au tout « online » — j’aime aussi avoir des étudiants en présentiel !  — le grand enseignement de cette crise, c’est le besoin de stabilité pour se consacrer à l’essentiel. Tout comme l’an dernier, j’avais dit que nous avions anticipé la fermeture pour éviter des reprogrammations et réajustements permanents qui sont chronophages et nécessitent beaucoup d’énergie et d’explications au détriment du temps que nous pourrions vraiment consacrer aux étudiants en demande et au développement de notre établissement. Je prends volontiers l’image d’un axe central stable sur lequel s’appuyer et autour duquel rayonne une multitude d’événements. Un peu comme le moyeu d’une roue qui reste stable alors que l’accélération des événements extérieurs augmente et nous éloigne du centre. Nous sommes ce centre de stabilité.

Une prise de décision complexifiée

Quel autre enseignement tirer à l’heure actuelle ? Une prise de décision complexe. Je m’aperçois en fait que dans la situation que nous vivons, il n’y a pas (plus) de décision qui s’impose d’elle-même. Il y a plutôt un choix fondé sur celle que je pourrais qualifier de « moins pire ». C’est vraiment une leçon que je retiens. Pour toute décision que nous avons à prendre, il y a automatiquement des conséquences en cascade. Notre mission confère donc à l’arbitrage : dans quelle situation la « moins difficile » sommes-nous en train de nous mettre ainsi que toutes nos parties prenantes ? Une illustration, les partiels. Ils doivent bien évidemment se tenir. La question est de savoir s’ils sont à distance ou en présentiel ? En distantiel, on connaît ses limites, tant techniques qu’humaines ; d’un autre côté, les partiels en présentiel impliquent le retour des étudiants sur site entrainant des coûts de déplacement et de logement, le tout en contradiction avec la norme du distantiel que nous avions établie ! Dans les établissements, cela impose le respect d’un protocole lourd, d’une planification qui fait que l’étudiant ne peut venir que pour quelques heures. Les évaluations online questionnent également sur leurs limites techniques et les dérives humaines, sans compter les questions juridiques et éthiques. On le voit bien, pas de solution miracle mais une décision à prendre au plus vite puisque partiels signifient mobilisation des professeurs, circulation de sujets, organisation, et pour les étudiants, calendrier à prévoir. Nous sommes dans une prise de décision permanente dont les conséquences provoquent, malheureusement, un tollé quoiqu’il arrive. Il faut automatiquement un coupable et le coupable est tout désigné, c’est l’école !

Je suis donc devenu le roi des scénarii et de combinaisons puisque depuis un an, c’est notre quotidien. Je suis fier que l’école ait tenu le choc, il y a eu une très grande réactivité ; un engagement et une implication de l’ensemble des équipes nous ont permis de fonctionner comme si nous avions été en situation normale.

Gérer la déconnexion avec la réalité

Je suis surpris de la déconnexion de certains avec la réalité. Cette crise est globale. Elle touche toute la population dans tous les aspects de sa vie (déplacement, consommation, travail, enseignement, loisirs). Il faut l’accepter et ne plus vouloir absolument se baser sur les modèles du passé. Cette déconnexion s’explique par des peurs et des inquiétudes. Dans cette gestion de l’inconnu ou de l’imprévu — que nous prônons dans les enseignements de GEM — on s’aperçoit que l’accompagnement, l’information et la « pédagogisation » sont fondamentaux car l’irrationnel et l’affectif peuvent très rapidement prendre le dessus. Cela mérite une attention de tous les instants.

Prendre du recul

Comme j’ai pu souvent l’exprimer le risque est de tomber dans la spirale de l’instantanéité sans prise de recul. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai choisi de communiquer avec les étudiants sous forme de notes, uniquement lorsque de nouveaux éléments le légitimait, et en évitant le trop plein de communication qui nécessite en permanence ordres et contre ordres.

Limiter l’avalanche anxiogène

Autre leçon, c’est l’importance vs l’outrance de la communication de crise. Je suis quand même frappé et je l’étais encore plus la semaine dernière face à cette avalanche d’interventions officielles (du ministre de la Santé, du Conseil Scientifique, des médecins, des experts) pour arriver à un résultat qui a été plus anxiogène qu’autre chose comme si le dernier qui prend la parole l’emportait… Attention au maniement de cette communication de crise dont l’impact est inversement proportionnel à sa fréquence. Résultat : la surenchère des anxiétés…

Ce sont de belles leçons pour moi. Ma double casquette de dirigeant et pédagogue m’ouvre à la fois question du comment former les étudiants à ces épisodes inédits ? Et à celle de directeur d’école du comment communiquer avec nos différents interlocuteurs ? J’ai l’impression aussi qu’il faut — à un moment donné — qu’il y ait des coupables ou des défouloirs, manière aussi de masquer sa peur ou de libérer ses tensions.

Il faut garder sa vision à moyen-terme, garder en ligne de mire son objectif principal plutôt que de tenter de répondre à tout, instantanément. Et même si notre société ne se pense que dans l’instant, la massification, la globalisation, la multiplication, la surenchère et la compétition en matière d’information, notre mission est autre.

Sans entrer dans la polémique, certaines journées, j’avais entendu tout et son contraire ! Posons les choses ! Prenons l’exemple d’un cours, ce n’est pas une improvisation qu’on ferait basculer d’un mode présentiel à distanciel d’un coup de baguette magique. Il se construit et s’adapte dans la durée, cette « inertie » est salutaire, pour sa mise en place, garantir sa qualité et sa durabilité surtout dans ce contexte d’exception.

Lâcher prise personnellement pour rester lucide

Il y a également des aspects personnels à prendre en compte. Je crois qu’il faut être capable de couper. Pour ma part, j’essaye de prendre de la distance le soir, le weekend. L’entourage est important aussi. Pour moi cela n’a pas été facile, comme tout allait vite, il y avait tant de choses à faire. On peut parfois se sentir coupable de ne pas avoir répondu à un mail, d’avoir oublié quelque chose, mais finalement je m’aperçois qu’en arrivant à faire le break avec d’autres activités, cela permet d’appréhender ces éléments différemment. Il faut, de temps en temps, lâcher prise pour être en capacité de tenir la distance et de rester lucide.

Gérer les différents temps de la crise

Quand je regarde dans le rétroviseur, je m’aperçois d’un autre élément, les différents tempos de crise qu’il a fallu gérer. À chaque d’eux, son type de réponse et de traitement. Depuis un an maintenant, nous sommes passés de la sidération, au confinement puis au basculement vers un entre-deux. Le premier semestre 2020, nous a obligé à modifier, redimensionner, replanifier ce que nous avions prévu… Janvier 2021 a été marqué par l’attente de nouveaux règlements et de nouvelles instructions. Et en février, nous sommes dans un nouveau tempo, celui de la reprise des cours en présentiel. À chaque époque, impossible de dupliquer ou de reproduire les solutions précédentes, nous sommes devenus des reprogrammateurs permanents ! Ce qui n’est pas facile à expliquer, c’est que certains objectifs, annonces ou actions que nous avions décidés à un moment donné ne soient plus d’actualité dans la phase suivante. Jusqu’à présent la période la plus critique fut celle du mois de janvier 2021. J’espère avoir passé la plus difficile !

Bonne reprise à toutes et tous !

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