La recherche-action : changer les pratiques pédagogiques par la recherche (Acte 2)

Pour prendre un exemple parmi les 40 projets menés dans le cadre du CIRPP, s’inscrivant dans notre démarche de recherche action existentielle (voir à ce propos le premier acte de ce billet), il faut citer le travail mené depuis plus de trois ans au sein du CFI (centre des formations industrielles), avec une équipe de 11 profs intervenant dans une classe préparatoire à l’apprentissage… Ils ont fait appel au CIRPP à un moment où ils se sentaient impuissants et épuisés face aux défis posés par les situations auxquelles ils étaient confrontés. Et ce n’est que depuis cette année que ces enseignants ont retrouvé, à nouveau, goût à expérimenter, à travailler en équipe… Nous revenons de loin !

Nous avons initié une démarche originale en collaboration avec Nicolas Go, enseignant-chercheur en sciences de l’éducation à Rennes 2. Nous avons théorisé avec lui le modèle de la pédagogie coopérative complexe, dont j’ai déjà parlé dans un précédent billet. Il s’agit de repenser complètement le rapport entre l’enseignant et les élèves, basé non plus sur une simple collaboration (chacun se conformant à un rôle et sachant quoi attendre de l’autre), mais sur une coopération supposant le partage bien compris de valeurs communes.

Cette transformation suppose une redéfinition en profondeur des positions dans la classe et une remise en cause du modèle reposant sur la toute-puissance du maître ingénieur (seul maître du savoir) au profit d’un modèle mettant en avant l’étudiant auteur de son propre apprentissage. Or une telle démarche suppose un renversement total de la posture de l’enseignant, ce qui provoque souvent des effets de rejet de la part des équipes pédagogiques. Si la théorisation de la pédagogie coopérative complexe offre des perspectives extrêmement stimulantes, sa mise en œuvre exige une vraie remise en question de la part du pédagogue mais aussi des étudiants qui se contentent bien trop souvent d’être dans la position du consommateur qui absorbe plus ou moins activement l’enseignement qui lui est fourni.

Au sein du CFI, toute la difficulté a ainsi été de réussir à créer un climat de  confiance pour que les enseignants osent se risquer à cette nouvelle posture, acceptent d’être patauds, maladroits, de prendre des risques devant leurs élèves, et au final, parviennent à se raconter en situation. Nous avons travaillé essentiellement en petits groupes à travers des ateliers d’écriture, des exercices d’imagination, la mobilisation d’outils de médiation symbolique, des entretiens… Nous les avons aussi accompagnés dans la visite d’établissements (notamment des collèges) qui pratiquent depuis longtemps la pédagogie coopérative complexe pour qu’ils puissent se référer à des expériences existantes. C’est une vraie méta-compétence que d’apprendre à se raconter. Mais ce n’est qu’au prix de cette mise en danger qu’on peut espérer un changement en profondeur des rôles et des postures de chacun au sein de la classe.

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Filed under apprentissage, complexe, coopération, pédagogie

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