Ce que l’espace dit de la façon d’apprendre (2)

J’ai visité il y a quelques années, avec ma collègue Marlis Krichewsky,  Olin College, une école d’ingénieur, située à Boston (1). Ce petit campus situé, dans une zone forestière, est exemplaire du point de vue de l’aménagement de l’espace comme reflet d’une philosophie éducative affirmée  : toute son organisation spatiale est pensée comme constitutive d’un rapport spécifique au savoir. Il a ouvert officiellement ses portes à l’automne 2002, financé par la Olin Foundation, abondée par des fonds privés, tant il est vrai qu’un tel projet a un coût : le don initial de 460 millions de dollars a été suivi par d’autres. Les 350 étudiants triés sur le volet bénéficient d’une bourse d’études et de conditions d’encadrement exceptionnelles, avec un  ratio élève/prof de 9 à 1. Mais ce qui est plus significatif encore, c’est que les étudiants, les enseignants et le personnel de soutien forment une véritable communauté d’apprentissage.
Ainsi dès le hall d’entrée principal, on trouve affichées de nombreuses photographies présentant le personnel enseignant, avec leur nom et leur titre. Chaque étudiant connaît chaque enseignant par son nom.  Lorsque l’on monte à l’étage, par des escaliers situés à la périphérie du bâtiment, on découvre les salles de classes qui sont lumineuses et spacieuses tout comme les ateliers où les étudiants travaillent en autonomie ou en apprentissage auto-géré. Leurs travaux sont exposés de façon permanente dans les salles ainsi que de grandes affiches visualisant les échanges qui ont eu lieu entre enseignants et étudiants autour de certaines difficultés et les solutions qui ont été envisagées. Les  profs sont considérés et se considèrent comme des apprenants un peu plus avancés mais qui ont besoin des conseils de leurs étudiants pour progresser dans  leur manière d’enseigner, de former, d’accompagner.
Ensuite, lorsque l’on converge vers le centre du bâtiment qui est donc circulaire, on tombe sur les espaces de coopération, de travail en groupe, très cosy. Ce sont des espaces de détente où les étudiants peuvent boire un café, échanger, mais aussi co-créer, via des fablab mis à leur entière disposition 24h/24h. Ces espaces de rencontre informels permettent de créer les conditions d’un apprentissage conversationnel, central dans la pédagogie de l’établissement. Enfin, au centre, sont situés les amphis.
Le savoir vivant en émergence, co-construit par la communauté Olin est donc autant mis en valeur que les savoirs « durs » de la physique et des maths. Cet équilibre est agréablement vécu par les étudiants, chaque nature de savoir étant au service de l’autre. Preuve aussi que l’espace n’est pas neutre et que cette organisation circulaire dicte les manières d’apprendre et de faire apprendre.
Quelle leçon tirer pour nos campus ? Ce qui me semble central dans l’expérience du Olin College, c’est que les étudiants participent à la conception de la formation et à la gestion de l’école. De la même manière, il nous faut réfléchir à développer les mécanismes de démocratie participative sur nos campus afin de bâtir une vraie écologie dans un bâtiment qui favorise le vivre-ensemble.

(1) Marlis Krichewsky et François Fourcade, « Olin College : une variante de la pédagogie coopérative complexe sur le mode communautaire », in Oser la pédagogie coopérative complexe, éditions de la chronique sociale, Lyon, 2013.

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Filed under apprentissage, complexe, espace, pédagogie, salle de classe

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