La pédagogie 2.0 pour quoi faire ?

Il a été récemment question dans ces pages d’une expérience menée à Audencia dans un cours d’initiation à l’entrepreneuriat [L’article est à retrouver ici]. La consigne donnée aux étudiants était simple : au cours de leur présentation orale, ils devaient répondre instantanément aux questions posées, via Twitter, par leurs camarades. Celles-ci apparaissaient en temps réel sur un deuxième écran, placé en contre-point de l’écran de présentation. Les avantages d’une telle méthode sont multiples. C’est l’éloge de l’immédiateté, de la réactivité et de l’efficacité…

Mais est-ce suffisant ? Très prosaïquement, je me suis souvent demandé en tant qu’enseignant comment connaître ce que mes étudiants comprenaient de mon cours… Les médiations numériques permettent de saisir ces pensées sur le vif et agissent comme un miroir. Mais si un outil comme Twitter peut être un passeport pour l’introverti, en ce qu’il lui permet de prendre plus facilement la parole – dans un quasi-anonymat -, il faut se poser la vraie question : en quoi est-ce un révélateur du climat qui règne dans la classe ?  Pourquoi l’espace scolaire n’apparaît pas comme un espace légitime où il est possible de s’exprimer, d’interrompre – de façon pertinente – celui qui prend la parole ? Il ne faut pas qu’un tel outil, qui permet certes d’éviter le conflit direct et ouvert, ne soit un cache-misère à notre impossibilité à être ensemble et à dialoguer.

L’usage des tweets en classe peut aussi rapidement se résumer à un binaire « like »/ « unlike » à peine policé. Pour lutter contre notre tendance irrépressible au zapping, il faut se donner le temps d’approfondir et de répondre aux réelles questions qui sont posées. Dans certains de mes cours à l’ESCP Europe, je fonctionne avec ce type d’outil : les étudiants posent leurs questions au fur et à mesure et elles apparaissent, via le réseau interne, sur un écran situé derrière moi. La règle est que quiconque peut poser une question soit à moi-même, soit au reste de la classe. Je marque un temps d’arrêt à chaque question et demande à l’étudiant au besoin de reformuler sa pensée. L’objectif est de leur apprendre, à travers cet outil interactif, à fabriquer de bonnes questions et à argumenter. Ensuite, j’invite l’ensemble des étudiants à formuler, individuellement ou collectivement, des réponses et des hypothèses au problème posé.

Le social learning est surtout pertinent quand il permet d’organiser un vrai apprentissage entre les pairs. C’est gagné quand ça commence par un tweet de 140 signes, et que ça finit en un vrai débat !

Les outils numériques sont porteurs de formidables opportunités, mais pour éviter qu’ils ne soient gadgétisés, ils doivent être pensés dans une continuité et mis au service d’une pédagogie qui prône l’interactivité dans l’ensemble de ses processus d’apprentissage.

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