Le numérique ne peut s’affranchir des lois de la pédagogie

La révolution numérique est bel et bien en marche dans l’enseignement supérieur français : l’usage des ordinateurs portables se banalise dans les amphis, le recours au e-learning se démocratise, les MOOC se développent… Ce mouvement est accompagné par le ministère avec notamment la création en janvier 2014 de la fondation FUN (France université numérique). Objectif : combler le retard français et s’aligner sur les standards internationaux (seulement 3% de nos établissements disposent, par exemple, aujourd’hui d’un MOOC). Mais il ne s’agit pas tant d’un retard technologique que culturel. Ce sont les fondements même de nos façons de penser et d’apprendre qui sont en jeu.

Telle est la vertu de nos débats actuels sur le développement des outils numériques, ils interrogent frontalement nos modèles pédagogiques traditionnels. Est-ce que de nouvelles logiques collaboratives entre enseignants et étudiants peuvent émerger ? Dans quelle mesure est-il possible de passer de la soumission passive de nos étudiants à leur implication créatrice ? Je fais le pari que le numérique peut permettre d’inverser le rapport de production des savoirs et de rendre l’étudiant auteur, à la condition sine qua non que notre système s’engage dans une vraie révolution philosophique. Faute de quoi, les outils numériques ne sont qu’une rustine sur une jambe de bois. Car redisons le encore une fois, la révolution numérique n’a rien de technologique.

Plaidoyer pour une « vraie » révolution pédagogique
Si l’« ATAWAD » (AnyTime, AnyWhere, AnyDevice) numérique peut être une opportunité formidable de co-construction des connaissances, il suppose une double rupture : l’enseignant doit passer de la position du « Sage on the stage » à celle du « Guide on the side » et l’apprenant cesser d’être consommateur pour devenir acteur de son savoir. Or pour que l’apprenant devienne auteur, il faut qu’il se sente concerné, impliqué par la question de l’apprendre, vielle loi de la pédagogie. C’est le principe radical d’autorisation qui doit prévaloir avant tout. Ce n’est qu’en respectant et en favorisant cette autorisation  que le numérique pourra conduire à développer ce  de la pédagogie coopérative complexe a théorisé bien avant l’ère du numérique (nous y reviendrons dans un prochain billet).
Dans cette perspective, le « présentiel » n’est pas prêt de disparaître. Et fort heureusement. L’être humain est un être de relation : pour apprendre il a besoin d’être en classe et surtout d’être guidé par un enseignant-chercheur dans son raisonnement. Le risque tient précisément en ce que le développement des Moocs ne se traduise à terme, par un renforcement des inégalités, avec d’un côté un modèle 100% en ligne pour les « pauvres » et de l’autre, un modèle hybride ou « présentiel » pour ceux qui pourront « payer » (à lire aussi ici). À nous, enseignants, d’être vigilants !

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