En quoi l’ordinateur transforme notre rapport au savoir ?

Suite à la victoire de Deep blue devant Kasparov, d’aucuns rappelèrent avec justesse ce constat : « le jeu d’échecs consiste à mémoriser plusieurs options possibles et de choisir la plus appropriée. Donc si ton boulot ressemble à un jeu d’échecs, alors il est urgent d’en changer… » Au delà du côté très cynique de cette remarque, il y a peut-être du vrai : les ordinateurs grignotent du terrain sur les tâches intellectuelles routinières et même sur celles qui le sont moins (comme le suggère l’article de Autor, Levy, et Murnane, « The skill content of récent technological change : an empirical exploration », Quarterly Journal of Economics, 118(4), November 2003, 1279-1334. À retrouver ici).

Mais il faut regarder de près ce que ces auteurs qualifient de taches non routinières cognitives (le terme « cognitif » étant opposé dans leur cadre de recherche  à « manuel »). Si on considère que les tâches non routinières consistent à sélectionner, prendre une décision parmi un champ des possibles existants, alors effectivement l’ordinateur gagne du terrain, et Watson, le denier né d’IBM et donc l’arrière-arrière-arrière petit-fils de Deep Blue, aide aujourd’hui des chercheurs en neuroscience à compiler de la littérature extrêmement abondante et à calculer des cinématiques très complexes pour tenter de cerner comment des synapses et des axones se développent (Je vous laisse découvrir ici le projet The human brain et The blue brain).

Certes, mais Watson ne crée pas, n’invente pas, n’imagine pas, ne rêve pas. D’ailleurs, lors de la première rencontre entre Deep Blue et Kasparov, l’humain l’avait remporté en choisissant de sacrifier sa dame en cours de partie. Or ce geste « irrationnel » n’avait pas été anticipé et donc pas programmé par les informaticiens d’IBM. Il fallu que ce « bug » soit corrigé pour que l’ordinateur parvienne ensuite enfin à battre le champion d’échec.

Que peut faire notre système éducatif ?

Certaines études économiques montrent que les systèmes éducatifs mettent environ une dizaine d’années avant de développer des programmes de formation sur des compétences dont le besoin émerge au sein de l’entreprise. On comprend pourquoi Xavier Niel a lancé 42… ou que désormais pour évaluer le potentiel d’un développeur dans le domaine de l’informatique, les recruteurs regardent davantage sa « note » obtenue sur le forum de partage de solutions Stack over flow que son diplôme (dans ce type de forum, la communauté évalue chacun de ses membres pour la pertinence de la réponse apportée).

Mais ceci étant dit, je suis convaincu, comme beaucoup d’autres, que le système éducatif ne doit pas être centré sur cette seule exigence d’efficacité et d’employabilité à court terme. Notre mission est (aussi !) de développer au maximum les compétences de créativité, d’imagination, et de les associer aux métiers existants, en ayant en tête, comme horizon ultime, de construire un meilleur vivre ensemble… Ceux qui ne parviendront pas à trouver une place dans le monde technologique que nous sommes en train de construire, seront précisément ceux qui n’auront pas été formés à ces compétences d’imagination.

À lire aussi sur ce débat, le billet Nicolas Carr, lecteur attentif et critique de notre modernité technologique : Billet à retrouver ici )

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