Pourquoi faut-il innover en temps de crise ?

Pour être dépassée, la « crise » doit être entendu au sens kantien comme un moment critique permettant de remettre en cause les allants de soi. En période d’incertitude, on observe généralement deux types d’attitude : soit le repli sur soi et ses acquis, soit l’ouverture et l’attention aux leviers du changement. L’aventure de la société Plum est un bel exemple de la deuxième option. Cette société familiale spécialisée dans le décolletage (usinage de pièces par enlèvement de matière) dans la vallée de l’Arve (vallée alpine de la Haute-Savoie) a diversifié ses activités le jour où un club haut-savoyard lui a demandé de réfléchir à un système de fixation pour ses skis (c’est l’invention de la première talonnière !). Depuis, alors que d’autres sociétés sombrent dans la dépression face à l’évolution des marchés, Plum a développé sa technologie et est aujourd’hui une marque de référence pour les free riders. Cette petite leçon de choses n’a d’autre objectif que de souligner l’importance de rester ouvert aux émergences, aux signaux faibles, surtout en période de crise. Ce type de posture requiert un certain état d’esprit : il faut réussir à accueillir pleinement l’état présent, le « ici et maintenant ».

En la matière, je trouve très stimulante la lecture du livre de Navi Radjou L’innovation Jugaad. Redevenons ingénieux ! (publié aux éditions Diateino). « Jugaad » vient de l’hindi et signifie : « faire plus avec moins dans un environnement difficile », et renvoie à cette notion d’innovation frugale. Cette créativité low cost peut prendre des formes très variées, ainsi de cet Indien qui s’est lancé dans la fabrication de frigidaires en argile ou de cette équipe de médecins qui utilise un Smartphone en guise de microscope pour analyser les problèmes de rétine. A chaque fois, l’innovation résulte de la combinaison d’une inventivité frugale et d’une certaine audace.

Dans le domaine de l’éducation, les innovations frugales existent aussi. Il n’y a qu’à penser à la formidable aventure du webpédagogique qui en peu de temps et avec peu de moyens est devenu un lieu de ressources pour toute une communauté d’enseignants. Autre exemple, cette directrice d’école à Bagneux qui a utilisé Twitter dans sa classe avec ses élèves pour entrer en contact avec des spécialistes sur les fourmis. Ce type d’initiative ne coûte rien, mais produit des résultats passionnants !

Les institutions éducatives , quelles qu’elles soient, devrait être ouvertes à ces initiatives, les partager, être dans un processus d’open innovation, dans un double mouvement de outside in (ouverture aux compétences extérieures) et de outside out (optimisation de sa propriété intellectuelle). Pour ce faire, il faut rendre poreuses les frontières des organisations, ce qui impose aussi forcément un travail collaboratif. Dans les principes de l’innovation frugale, chacun est potentiellement contributeur et porteur d’une innovation. J’aime bien parler d’empowering innovation : le savoir est diffus, chacun peut s’en saisir et contribuer à faire évoluer le système !

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