« Notre école est un crime », d’après Richard David Precht

Une fois n’est pas coutume, je voudrais ici faire écho de la lecture d’une interview qui a récemment éveillé en moi un vif intérêt. Je veux parler de l’entretien réalisé par le magazine Clés avec le philosophe allemand Richard David Precht et intitulé : « Notre école est un crime » (à lire ici). Peu connu en France, cet intellectuel participe à l’animation du débat public Outre-Rhin, en livrant notamment ses analyses sur l’éducation. Il préconise en la matière une véritable révolution pour transformer un système qu’il juge moribond. Et je partage en la matière plusieurs de ses constats. Au premier rang desquels notre difficulté à révéler le potentiel créateur des enfants et à satisfaire leur envie inextinguible de nouveauté. La recherche en neurologie et en psychologie nous le prouve. R.D. Precht les comparent même à des « athlètes synaptiques » au regard des adultes. Or, dans les faits, notre système éducatif reproduit toujours de vieux schémas en proposant des séances statiques, reposant sur la transmission verticale de savoirs théoriques. Qu’importe si ce système a prouvé depuis déjà bien longtemps ses limites.

Or si aujourd’hui le développement des outils numériques ouvre des perspectives intéressantes pour développer l’interactivité, je rejoins l’inquiétude exprimée R. D. Precht de voir se développer le seul modèle des Mooc sans accompagnement. Loin de favoriser l’accès de tous aux savoirs, le risque est de renforcer, de fait, les inégalités. Le vrai défi à relever, pour nous enseignants, se joue au sein même de la classe.

En la matière, R. D. Precht vante les vertus d’un système par projets conçus sur plusieurs mois qui reposeraient sur une combinaison de travail manuel et intellectuel – comme par exemple « construire un bateau », « sauver les oiseaux » – permettant à la fois de rendre l’élève acteur de son projet, et donc d’aiguiser sa motivation, mais aussi de créer une émulation collective – « se sentir responsable face à ses pairs plutôt que face à ses aînés ou supérieurs ». Ce type de démarche évoque en moi les expériences réalisées avec de jeunes enfants par mon collègue François Taddei et son équipe, via les « savanturiers » (http://les-savanturiers.cri-paris.org/). L’idée est justement d’offrir un lieu et des méthodes pour que des enfants, qui ont des âmes de chercheurs, puissent explorer le monde, et ainsi reprendre contact avec leur « puissance d’agir ».

Ce sont aussi précisément ces principes qui nous guident dans notre approche de la pédagogie coopérative complexe (lire à ce propos, ce précédent billet). Nous préconisons une double rupture : d’abord avec le modèle vertical maître/élève et ensuite sur la manière de coopérer entre pairs. Si ces idées font doucement leur chemin sur le terrain (comme cet article du Monde en témoigne, à lire ici), leur reconnaissance institutionnelle peine encore à advenir. En France, comme en Allemagne.

 

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