Comment maintenir l’attention… dans un contexte d’inattention ?

Quel est l’impact du développement des medias numériques et audiovisuels sur nos capacités d’attention ? Sachant qu’en la matière, mon expérience m’engage à dire que l’âge de l’apprenant importe peu : quand j’interviens en formation continue, je suis ainsi souvent surpris par l’impatience de certains participants (managers de haut vol !) portant un regard inquiet à leur téléphone dès que quelques longues minutes se sont écoulées…

Katherine Hayles, professeur à l’université de Duke, estime que ces nouveaux outils (internet, mobile, etc.) ont des effets sur la plasticité de notre cerveau (article à retrouver ici). Il en découle, selon elle, une mutation de notre attention et l’apparition d’une hyper attention, qu’elle oppose à ce qu’elle nomme la deep attention. Alors que la seconde renvoie à notre capacité à être attentif pendant une longue période, absorbé dans la concentration d’une tâche (lire un livre par exemple), la première désigne cette attention morcelée à laquelle nous soumet cette acculturation au multi-tasking (regarder ses mails tout en écoutant le cours, actualisant son profil facebook, et surfant sur le dernier article scientifique de l’auteur dont le prof est en train de parler…) et qui se traduit par une faible tolérance à l’ennui.

J’y suis moi-même confronté au quotidien et me soumets à cette injonction à devenir hyper-stimulant ! Je ponctue mon cours avec des blagues, des formules décapantes, des images provocatrices mais aussi des concepts seuils (1) qui soulignent pour mon auditoire des frontières invisibles. Sans oublier des mises en pratique nécessitant de repasser durant environ 25 min de concentration… Gageons en effet que ces passages de de l’hyper à la deep attention soient encore possibles, et que cultiver la plasticité de nos participants entre ces deux modes d’attention soit encore possible !

(1)  R. Land and J.H.F Meyer (2010) Threshold concepts and troublesome knowledge, Keynote Presentation at issotl10 (International Society for Scholarship of Teaching and Learning) Conference, Liverpool, UK, October 19-20, 2010: http://issotl10.indiana.edu/pres/tc.ppt

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3 Comments

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3 Responses to Comment maintenir l’attention… dans un contexte d’inattention ?

  1. henry

    Tout ceci est très bien mais comment s’assurer que ce qui doit être appris est appris? Je constate que, souvent, le plus qu’il y a d’outils le moins qu’ on s’en sert et le moins que les fondamentaux sont maitrises

  2. L’article de Hayles sur le « attention deficit hyperactivity disorder » montre que les éducateurs -parents comme enseignants et concepteurs de réformes scolaires- ne peuvent pas faire l’économie de se préoccuper des conséquences sur la santé de leurs choix éducatifs. Même l’environnement quotidien à la maison devrait prendre en considération la présence d’enfants. Nous savons désormais que les petits et grands écrans n’ont pas seulement des effets sur le « câblage » de nos cerveaux, mais engendrent des désordres, c’est-à-dire des pathologies profondes et durables qui mettent en danger nos équilibres de vie et probablement, le fonctionnement des nos systèmes de société. L’homme est le seul « animal » qui s’auto-produit en grande partie. Quelle responsabilité ! Pour se faire une opinion je recommande le très bon ouvrage de Bernard Stiegler et de Serge Tisseron  » (2009), Faut-il interdire les écrans aux enfants ? Éditions Mordicus et celui de de Michel Serre, Petite poucette, Éd. Le Pommier.

  3. Le morcellement dilue le contexte et sans contexte, pas de signification. Tout devient d’égale importance, le prof, le courriel, le profil, la musique, le document, la blague, le rendez-vous…
    http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/24059/seduction-contre-deficit-attention/
    http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/24329/sus-aux-distractions-classe-clay-shirky/

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