Les impensés du « projet » en éducation

Quand on parle de « pédagogie par projet(s) », de quoi parle-t-on ? Qui fixe le projet ? Dans quel(s) but(s) ? Le terme même de projet est porteur d’un certain nombre d’impensés soulevés avec beaucoup d’acuité par mon collègue et ami René Barbier dans un récent article à retrouver ici.

Une vision rectiligne

René Barbier souligne ainsi avec beaucoup de justesse que « parler de « projet » est typiquement occidental et inscrit dans une philosophie de la vie déterminée par l’idée de « maîtrise » pour laquelle la raison impose ses vues absolues ». Or s’il existe, bien sûr, une autre conception du monde moins duale défendue par les philosophies orientales, se référer à un projet dans notre monde occidental, suppose nécessairement de se projeter dans un futur, de se fixer un horizon à atteindre. Coûte que coûte et surtout en respectant le passage par un certain nombre d’étapes pré-établies.

En mobilisant le cadre d’analyse de Jacques Ardoino, René Barbier milite pour passer de l’étape du « projet-programme » qui est forcément réducteur de la complexité de la vie au « projet-visée ». La notion de projet renvoie alors à la force de la pensée critique et permet de poser ce « regard sur les fins, le sens de la vie humaine, personnelle et sociale », décrypte Barbier.

Une évaluation performative

En éducation, il importe en effet de laisser du vide. Une fois l’objectif fixé (par exemple, le fait de maîtriser telle ou telle compétence), les voies pour l’atteindre sont multiples. Dans cette perspective, il est même beaucoup plus pertinent de travailler avec les apprenants eux-mêmes à se fixer des objectifs et à établir un certain nombre d’étapes permettant d’évaluer le chemin parcouru. Cette évaluation performative et continue est intrinsèquement différente dans sa nature même d’une sanction intervenant à l’issue de l’année et schématiquement basée sur un modèle dual acquis/non-acquis. Cette méta-compétence serait très utile à développer chez nos élèves étudiants ou dans le cadre de nos formations continues, car elle est une façon de marquer les seuils, de favoriser les passages. Le projet devient alors en chantier perpétuel.

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