Une école sans profs ? Le pire des cauchemars !

Face au constat de la relative inefficacité du système scolaire, certaines voix s’élèvent pour mettre les profs au pilori, leur faisant porter la responsabilité de tous les maux. La solution résiderait-elle alors dans une école sans cadre et sans profs ? Le développement des nouvelles technologies nous fait percevoir aujourd’hui cette solution comme matériellement envisageable… mais est-elle seulement souhaitable ? De mon point de vue ce serait, bien évidemment, une fatale erreur, non pas en raison de la disparition de la corporation à laquelle j’appartiens, mais bien avant tout pour l’apprentissage des élèves.

J’ai souvent dit sur ce blog, et ailleurs, que je croyais aux vertus de l’école buissonnière. Mais dans mon esprit, cette sortie des chemins balisés (oserais-je dire, institutionnalisés) suppose la présence bienveillante d’un enseignant. Quand je parle de bienveillance, je veux signifier ce souci de l’autre qui doit être, selon moi, au cœur de la relation entre le prof et l’apprenant. Ma collègue Marlis Krichewsky a l’habitude d’utiliser la métaphore du berceau pour désigner le dispositif éducatif qu’il s’agit de mettre en place pour permettre l’émergence de la parole de l’autre et de son désir (Symposium animé Marlis Krichewsky & François Fourcade dans le cadre la « 11th International Transformative Learning Conference » qui s’est tenue du 22 au 26 Octobre 2014 à l’Université de Columbia, NY USA). Il faut en effet réussir à créer un espace où l’élève se sente en sécurité et s’autorise à prendre des initiatives. Ce n’est qu’à cette condition que peut émerger chez lui cette imagination créative et cette ambition de transformer le monde.

Dans ce cadre fait de « vide habitable » (voir références en notes et aussi un précédent billet à retrouver ici ), le prof doit adopter une posture capacitante, permettant à l’étudiant de sortir de lui-même. De son côté, le prof doit rester toujours ouvert aux désirs de l’apprenant et se tenir prêt à les intégrer dans un cours qui les suscite, les intègre, voire, au mieux, y répond. L’autodidaxie est intéressante en cela que son moteur provient de la motivation intrinsèque du sujet. Mais l’autodidaxie « accompagnée », qui représente un oxymore, est selon moi tout à fait intéressante, car elle permet en plus de se projeter vers l’inconnu (l’univers des connaissances est immense !).

Je pense ici à un travail mené par un enseignant au sein du CFI (Centre des formations industrielles) avec des élèves sur un logo à réaliser sur une planche de skate-board. Dans un premier temps, quand on laisse les élèves faire ce qu’ils connaissent, ils puisent naturellement dans leurs références, que celles-ci s’appellent Nike ou Apple. La vraie tâche émancipatrice de l’enseignant consiste alors à les aider à s’interroger sur le pourquoi de tel ou tel logo et à décrypter les référents culturels et sociaux qui habitent nos désirs. En encourageant ainsi l’émergence d’un regard réflexif, le prof permet véritablement de mettre le travail au travail.

Le processus qui est à l’œuvre dans l’éducation me semble pour beaucoup entrer en résonance avec cet aphorisme : si nous avons tous déjà pris l’avion, ce n’est pas pour ça que nous pourrions tous un jour en prendre les commandes.

 

Pour aller plus loin :
– Fourcade, F. & Krichewsky, M.(2010). « Développer les compétences transversales non techniques (CTNT) dans l’enseignement supérieur : quels dispositifs de formation ? », Colloque de L’AREF, Genève, 12- 16 septembre 2010.
– Actes coordonnés par Lucie Mottier Lopez, Catherine Martinet et Valérie Lussi en ligne à: http://www.unige.ch/aref2010/index.html .
– Fourcade F.  & Krichewsky M. (2010). « (Se) construire autour du vide : à propos de dispositifs de formation « vides mais habitables » en formation professionnelle universitaire? », – Actes du Colloque Imaginaires, connaissances, savoirs. du 25 au 27 Novembre 2010, Angers: Éd. CNAM Pays de Loire, 383-396.

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1 Comment

Filed under Autodidactes, pédagogie, vide

One Response to Une école sans profs ? Le pire des cauchemars !

  1. François, merci pour cet article dont le sujet est un amusant écho à l’actualité puisque le conseil supérieur des programmes « préconise la suppression des notes » à l’école. Plus de prof, plus de note : j’en connais que ça va réjouir !
    Pour ma part, je préconise des professeurs experts dans leur domaine certes, mais qui développent également une vraie posture de facilitant ou facilitateur permettant chez les étudiants à la fois l’émergence d’une autonomie dans la conduite des apprentissages et d’une responsabilisation dans le développement de leur parcours professionnel (je dis volontairement pas « compétences » ou « savoirs). Quant aux notes, tu le sais, je suis davantage pour une auto-évaluation accompagnée, car le problème est moins la note que celui ou celle qui note, ce me semble.
    @ bon entendeur, salut !

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