Éloge (ou presque) de la triche

L’image du premier de la classe est irrémédiablement associée à un geste : le bras (droit forcément !) replié pour protéger le cahier d’écolier. J’ai même entendu dire, sans pouvoir le vérifier, que c’était le geste effectué en langue des signes pour le signifier. Cette protection physique doit constituer une barrière anti-triche à l’encontre du voisin paresseux ! En effet, dans un système scolaire qui repose avant tout sur la récompense des meilleurs, la triche est ainsi nécessairement moralement répréhensible.

Serait-il possible de penser autrement ? Bien sûr, il y a des formes de triche condamnables et contre lesquelles il faut lutter, mais je défends les vertus d’une triche qui pourrait être avant tout entendue comme une façon de contourner le système. Reste à savoir quel pourrait être le visage d’une école où on apprendrait à copier et où il serait possible de développer une intelligence de la triche.

Le roi des anti-sèches

Cette remarque m’évoque le souvenir de mes années d’étudiant. Quand j’étais en maths sup/maths spé, j’avais développé avec un de mes camarades un binôme intelligent. Alors que j’étais calé en méthode et en théorie ; lui était un spécialiste des travaux pratiques. Lors des examens, nous préparions tous les deux des anti-sèches que nous nous échangions dans les toilettes… Or faire tenir un cours de prépa sur un post-it nécessitait un vrai esprit de synthèse qui a développé chez moi un certain nombre de méta-compétences ! On peut même dire que, ironie de l’histoire, c’est ma maîtrise de l’art de la triche qui m’a permis des années plus tard de devenir prof….

Dans un autre contexte, ma fille a expérimenté, durant ses années de primaire en école de pédagogie Steiner – Waldorf, les vertus de la transmission. Une fois qu’elle avait terminé tous les exercices visant à la compréhension d’une notion, elle devait elle-même imaginer un exercice pour ses camarades. Ces exercices de reformulation me semblent particulièrement intéressants à développer à tous les niveaux. Le bon élève devient alors celui qui incarne l’excellence du don et non plus celui qui se réfugie dans son savoir. Et si on évaluait les enfants sur leurs capacités à faciliter pour les autres les apprentissages qu’eux-mêmes viennent d’acquérir ? Ne changerait-t-on pas ainsi le visage de notre société par trop individualiste et souvent ego-centrée ? À méditer.

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