Petites leçons d’éducation

Je voudrais évoquer ici le film de mon ami et collègue Christian Verrier réalisé avec l’appui logistique du CIRPP (dont la bande annonce est à retrouver ici). On est en 2060, le monde est en totale décomposition et la question surgit de savoir quelles peuvent être, dans ce décor, les voies à emprunter pour réformer l’éducation. Comme l’exprime très bien, Christian Verrier, c’est la magie de la fiction littéraire que d’arriver, en nous projetant dans un ailleurs (temporel et spatial), à penser autrement notre propre réalité. Et pour parler d’éducation le saut dans l’au-delà fictionnel s’avère très vertueux.

Dans ce petit film ambitieux, donc, de nombreux aphorismes ont fait écho en moi. À un moment, le personnage principal dit, par exemple, qu’une course est désormais engagée entre l’éducation et la catastrophe. Or si j’analyse les raisons profondes qui m’ont engagé à devenir enseignant, je pense que c’est précisément ce désir de me lancer dans une course contre la montre pour éviter le pire… que le pire désigne la destruction progressive de notre planète à coup de gaz à effet de serre ou d’OGM, la violence destructrice de gamins déboussolés ou encore les effets d’un capitalisme financier qui semble parfois perdre le sens de ses responsabilités. Être prof implique, selon moi, de ressentir ce sens aigu de l’urgence à agir et de croire dans le pouvoir de l’éducation à inventer de nouvelles formes pour gouverner le monde. Notre ambition collective pourrait ainsi consister à former des sujets forts qui soient en capacité d’une critique radicale (1).

Quelques projections de la fiction

Comme cette phrase : « Il faudrait penser l’apprentissage comme un processus qui se déroule tout au long de la vie »… Cela supposerait que la remise du diplôme ne sanctionne pas ce qui a été acquis, mais permette de se projeter sur tout ce qui reste à apprendre. Une telle conversion du regard imposerait aussi de laisser une grande part de liberté à l’apprenant et de ne pas normaliser a priori les parcours.

Ou cette autre : « Il faudrait par tous les moyens essayer d’être le mieux possible avec soi et les autres ». Cette remarque évoque en moi deux éléments qui me semblent essentiels dans le processus d’apprentissage. D’abord, c’est une façon de rappeler que l’émotion – et la recherche d’un équilibre avec le monde qui nous entoure – doit être à la base de l’éducation. Ensuite, c’est une façon d’associer une valeur positive au sentiment de jalousie. Dans un monde idéal, il s’agirait de voir dans l’autre non pas celui qui sait plus que moi (ou mieux) mais comme quelqu’un détenteur de quelque chose que je n’ai pas encore, mais qu’il me serait possible d’avoir… si j’osais aller à sa rencontre.

Et bien d’autres…

Que je cite en vrac : « Dès que l’humain s’éloigne de l’art, il devient fou »,  « Je vous souhaite une merveilleuse absence de projet professionnel »,  « Dire au revoir aux choses que l’on connaît et bonjour aux choses que l’on ne connaît pas »…  Ces quelques visions poétiques ont au moins le mérite de nous faire réfléchir sur notre modèle actuel et sur ses inévitables limites et points aveugles.

(1) Sur le développement de ce concept de « sujet forts », je renvoie à la lecture de l’article « Former les managers », dans le N° 60-61, Juillet 2011, de la revue Pratiques de formation/analyses.

 

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