Les cartes et le territoire de nos actions

Je vous présente ici des cartes réalisées par Florian Mascio. Ce dernier a passé à la moulinette de l’analyse statistique l’ensemble des billets écrits dans ces colonnes depuis près de deux ans maintenant. Pour chacune de ces cartes, il a utilisé des formules mathématiques différentes pour rechercher les similarités entre les ensembles de mots. Sachant que, bien évidemment, il n’y a pas d’indice qui soit plus « vrai » qu’un autre, mais que ce sont simplement des consignes différentes données à la machine.

Il importe en effet de ne jamais succomber à l’idéologie machiniste et de ne pas oublier que ces représentations graphiques sont avant tout représentatives de la sensibilité du chercheur qui a choisi de jouer avec les curseurs. Autrement dit, ces modélisations, en permettant de faire apparaître des correspondances qui n’auraient pas été visibles à l’œil nu, ni même à travers les outils classiques de représentation en nuages de mots, est simplement –et c’est déjà beaucoup ! – une façon de générer des questions inédites. Ces représentations graphiques ont également la vertu  de faire apparaître dans un même espace temps [celui en deux dimensions de la carte] des mots qui ont été égrenés au fil du temps dans les différents billets.

 

EducPro_Aduna
[Aduna]

 

Des trajets sémantiques [à propos de la carte, indice Jaccard]

carte Jaccard
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La lecture de cette carte est intéressante car elle souligne les liens logiques qui s’établissent entre des clusters sémantiques séparés, i.e. des ensembles de mots. Il est ainsi possible, par exemple, de repérer (en jaune) que « l’élève » – statut passif – devient « étudiant » – statut actif – en passant par le « prof » – qui joue alors le rôle de médiateur. De cette sphère repartent des liens vers les mots « apprendre », « expérience » et « devenir » qui constituent la philosophie de la pédagogie coopérative. Dans ce cluster construit autour de « l’apprendre », des liens se déploient en effet vers « l’expérience », « penser », « question », « problème », « prendre » [son] « temps ». Ces échos sémantiques constituent bien l’illustration de ce que je cherche à faire dans ces colonnes : définir ce que « apprendre » veut dire et surtout identifier ce sur quoi il faudrait agir pour pouvoir actualiser réellement cette définition.

Mais le repérage d’autres trajets me conduit aussi à dresser a posteriori une sorte d’auto-critique sur la manière d’expliciter les choses. Ainsi, par exemple, l’hémisphère (représenté en vert) qui regroupe des verbes d’action – dont les plus dominants sont : « agir », « mettre »/ « permettre » et « comprendre » le « monde » – est séparé de l’hémisphère des acteurs (en violet) qui est celui des « collègues », des « enseignants », des « profs ». C’est dommage, car bien sûr, les (bonnes) actions sont toujours d’abord portées par des hommes et des femmes qui s’engagent !

En revanche, l’analyse souterraine de ces deux espaces est intéressante. Ainsi, dans le cluster « action » (en vert), un lien est bien établi entre « agir » et « comprendre » et c’est précisément l’objectif de la pédagogie coopérative complexe que d’encourager cette forme de réflexivité, tant du côté des étudiants que des enseignants. Dans le cluster des « profs » (en violet), c’est surtout la « posture » et « la bienveillance » qui apparaissent dominants, davantage que le « savoir » institué et la « discipline ». Et là encore, c’est fidèle à ma vision de l’enseignement.

Repérer les signaux faibles [à propos de la carte, Kulcinski 2]

carte kulcinsky2

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Cette carte place au centre de la représentation les « signaux faibles », c’est-à-dire les mots qui bruissent dans mes billets, mais qui ne sont pas dominants – qui n’apparaissent pas dans les titres, par exemple. On retrouve ici (en jaune) et placé au centre la communauté du « CIRPP » et l’ensemble des collègues dont je cite régulièrement les travaux et les expériences pour appuyer mon propos « François Taddéi », « Marlis Krichewsky »… C’est l’un des crédos que nous défendons au CIRPP et que je reprends ici : il s’agit, pour éviter au maximum d’être dans une posture idéologique, de s’appuyer sur l’analyse d’expériences réelles.

La défense d’une ligne éditoriale

EducPro_FoamTree

[carte foam tree]

Dans l’ensemble, il ressort de ces cartes, que mes billets se donnent davantage à lire comme des témoignages de bonnes pratiques, plutôt qu’un diagnostic brut des problèmes qui traversent notre système éducatif. Même si bien sûr, le diagnostic peut souvent se lire en creux des mots dominants. Par exemple, dans la carte dite « foam tree », le terme « vide habitable » dit en creux qu’un système construit sur le strict respect des programmes est, par définition, « trop plein » et donc « inhabitable ».

Je dois avouer d’ailleurs que je suis assez saisi (et rassuré ?) de noter la persistance sémantique de certains mots-clés : « communauté apprenante », « motivation intrinsèque », « orale », « type de jeu », « travail de groupe »… Nous travaillons sur ces thèmes depuis plus de 8 ans au sein du CIRPP sans toujours bien savoir les effets que nous produisons. En tous cas, une telle cartographie nous permet déjà de dessiner le territoire de nos actions et de voir se décliner les principes qui sont à l’œuvre dans la pédagogie coopérative complexe que nous défendons. Nous avons coutume de dire au sein du CIRPP que si la chambre de commerce de Paris est constituée d’écoles bien différentes – tant au niveau du public que des contenus proposés – nous sommes tous confrontés aux mêmes problèmes. Tous les mots révélés ici pourraient donc se décliner comme un programme d’action commun à mettre en œuvre pour les années à venir.

D’autres cartes à découvrir (représentation d’indices différents)
(cliquez sur le lien)

carte Russell

carte pourcentCoOccurences

carte DiceSorensen

carte CoOccurences

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