La COP21 vue de Loos-en-Gohelle

Alors que les débats se poursuivent en grandes pompes au Bourget pour trouver (soi-disant) un avenir à notre planète, je voudrais évoquer ici l’initiative locale fort enthousiasmante menée dans la commune de Loos-en-Gohelle. Depuis une quinzaine d’année, cette ancienne citée minière située dans la région Nord-Picardie, s’est engagée dans un développement urbain qui respecte des principes de durabilité : projets en écoconstruction (pour les logements sociaux et les bâtiments municipaux), gestion différenciée des espaces verts, mise en place d’une ceinture verte autour de la ville, etc. Ce que le maire, Jean-François Caron définit lui-même comme une « démarche de petits pas », commence à porter ses fruits en termes de mieux vivre, dans un sens tant environnemental que sociétal. A tel point que Loos-en-Gohelle est, en beaucoup de points, devenu une sorte de laboratoire, un vivier de bonnes idées dans lequel il serait possible de puiser pour essayer, modestement, de construire un autre rapport au territoire.

Pour Jean-François Caron, l’action politique doit s’inscrire dans le foisonnement des idées et des initiatives qui proviennent de la base, tant à un niveau macro (à l’échelle d’une région, d’une nation) qu’à un niveau micro (une commune). Mais comment concrètement faire entendre ce bouillonnement d’initiatives citoyennes ? Comment réussir à les capitaliser et les diffuser ? Que faire pour que ces contre-modèles viennent déstabiliser les façons de penser ? Comment bousculer nos élites politiques formées dans les mêmes écoles, dans un entre-soi qui contribue précisément à stériliser les initiatives ? L’idée de Jean-François Caron serait de développer un centre de ressources compilant l’ensemble des « bonnes pratiques ». Ce centre pourrait être fixé géographiquement (par exemple, sur le site minier du 11/19), mais pourrait aussi prendre la forme d’un réseau favorisant, dans une logique 2.0, l’intelligence collective et collaborative. L’objectif de cette « fabrique du politique », qui pourrait se donner à lire comme une sorte d’anti-ENA, serait alors d’offrir un cadre pour penser et agir autrement.

Ce type d’ambition qui vise à créer des lieux utopiques pose plusieurs questions. D’abord, il s’agit d’interroger les effets de l’institutionnalisation : figer ces initiatives foisonnantes dans un cadre comporte le risque de leur ôter tout caractère anti-conformiste. Comme le souligne fort justement mon ami et collègue Nicolas Go, il faut que les tentatives, innovations et inventions issues de la société civile (en économie, en éducation, etc.) restent intempestives et porteuses d’une force déstabilisatrice de l’institution. Pour ce faire, il faut aussi que les initiatives du terrain prennent place dans un cadre théorique qui fournisse à ceux qui les portent, les armes intellectuelles pour penser et justifier un autre monde. C’est bien là que nous avons un rôle à jouer, nous intellectuels et enseignants. Il s’agit non pas seulement d’apposer un label sur des pratiques innovantes, mais bien de participer à l’émergence d’un esprit critique permettant de bousculer les cadres de pensée dominants.

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One Response to La COP21 vue de Loos-en-Gohelle

  1. Pour construire les cadres théoriques il faudrait que les universités s’emparent de la tâche en abandonnant leurs cloisonnements disciplinaires, car des initiatives comme Loos concernent toutes les dimensions de l’être humain et de son environnement. Des penseurs tels qu’Ivan Illich et Edgar Morin ont posé quelques fondations. On ne peut plus se contenter des faits mais maintenant il s’agit aussi d’explorer l’imaginaire émergent et les possibles d’une société civile qui entre dans une nouvelle ébullition (après celles des années 1960 et 1970) générant des dynamiques instituantes fortes (p.ex. les Oasis des Colibris) mais provoquant également des crispations autoritaires et sécuritaires.

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