Coup de blues passager du prof de gestion

C’est la rentrée ! Avec à la clé, de nouveaux élèves que je découvre avec un plaisir toujours renouvelé. Mais cette année tout particulièrement, un doute m’a assailli : Pourquoi continuer à faire des cours de contrôle de gestion ? Dans les temps troublés que nous traversons l’urgence n’est-elle pas plutôt à enseigner la philosophie ou la méditation ? Quel sens donner à l’enseignement de la comptabilité analytique, l’analyse budgétaire ou le calcul de coût ? Comment aborder ces disciplines autrement que comme de simples recettes standards permettant de calculer la performance d’une organisation ? Mon collègue Fabien de Geuser, professeur de gestion à l’ESCP, rappelait dans une conférence organisée il y a quelques mois au sein du CIRPP (à retrouver ici) à quel point le contrôle de gestion constitue, en réalité, un idéal du processus d’apprentissage. Il s’agit en effet de mettre en place des outils permettant d’évaluer à tout moment les effets des décisions prises et d’encourager, en retour, l’organisation à apprendre de ses erreurs. L’objectif du contrôleur de gestion est ainsi de fournir les outils au manager pour être un bon pédagogue.

Or, il ne suffit pas de décréter par principe une telle posture pour qu’elle soit incarnée dans les pratiques. C’est là où, je crois, nous avons aussi un rôle à jouer en tant qu’enseignant, en occupant le rôle du « guide on the side » des managers (Andrew H. Van de Ven parle d’« engaged scholarship », appelant de ses vœux que le corps professoral s’engage dans le monde qui l’entoure et sorte de sa tour d’ivoire). Dans ces conditions, la formation cesse alors d’être un formatage – au sens premier de l’étymologie du terme – pour devenir une aventure dont ni les uns ni les autres ne savent vraiment comment elle va se dérouler (en citant mon collègue et ami François Taddei on pourrait parler de « knowledge adventure »). Le dispositif doit alors être suffisamment plastique et adaptable pour répondre aux besoins du collectif, mais aussi et surtout aux demandes singulières de chaque collaborateur. C’est là où, bien sûr, les outils technologiques peuvent nous aider à repérer ce qui fait vraiment sens pour les individus et ensuite à personnaliser les apports en termes de formation. Le petit coup de blues passé, je vois ainsi apparaître toutes les possibilités à venir. Et surtout l’urgence à écouter et accompagner l’émergence de ces nouvelles figures au sein des organisations, qu’elles se montrent sous les traits du manager réflexif ou du manager pédagogue… La mutation du manager doit passer par la mutation synchrone du prof de management !

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Filed under formation continue, manager

One Response to Coup de blues passager du prof de gestion

  1. Ce job enrichment pour le contrôleur de gestion me semble très exigeant parce qu’il exige un changement complet de posture: de celle d’un expert vérificateur pointant les écarts à la norme vers celle d’un consultant sachant poser les questions adéquates et ouvertes pour une meilleure compréhension de la situation dans son contexte. Un contrôleur de gestions formé à cela deviendra un accompagnateur indispensable pour de nombreuses entreprises et trouvera probablement une nouvelle saveur à son travail. S’il ne peut pas jouer des deux postures (jamais simultanément!), il pourrait toujours travailler comme co-équipier avec un consultant. Le commanditaire a tout intérêt à faire dialoguer l’expert et le consultant.

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