Petit lexique des idées reçues sur le management

Aujourd’hui comme hier, nous avons tendance à appliquer toujours les mêmes bonnes vieilles recettes. Comme si s’y opposer pouvait nous mettre potentiellement en danger, faute d’avoir un modèle alternatif à proposer. Or il est bien possible de tuer l’entreprise avec les meilleures idées du monde… Et si on osait prendre le temps de penser autrement ?

1/ « Il faut parier sur une économie d’échelle »

On entend souvent dire que plus une entreprise grandit, mieux elle peut répartir ses coûts… et donc croître en retour de façon automatique. Certes, a priori, le raisonnement peut se tenir… mais il peut aussi conduire tout droit à la faillite ! Tout simplement parce que l’accroissement d’activité induit des coûts et des charges qui ne sont pas nécessairement absorbés par l’augmentation attendue du chiffre d’affaires.

2/ « Le contrôleur de gestion doit être un manager opérationnel »

Certes, si le contrôleur de gestion est un homme de terrain il a le net avantage de très bien connaître les enjeux de l’entreprise. Mais en partant de ce présupposé, on a tendance à recruter en priorité des non-professionnels pour occuper cette fonction. Or le contrôle de gestion est un vrai métier, avec ses codes spécifiques, son langage, ses logiques. Imposer un homme de terrain à la fonction de contrôle est donc en soi une absurdité… qui peut conduire à la catastrophe !

3/« Il faut reconstituer le cochon à partir de la saucisse » 

Derrière ce dicton, il y a la croyance qu’il est possible de reproduire, par extrapolation, l’ensemble de l’image de la société à partir de l’analyse d’un simple tableau de bord. Or un tel outil ne produit qu’un modèle simplificateur du système extrêmement complexe qu’est une organisation. Si une représentation simplificatrice de la réalité peut être rassurante, elle n’est pas suffisante pour rendre compte des vraies problématiques auxquelles est confrontée l’entreprise.

4/ « Soyons pragmatiques ! »

Ce mot d’ordre qui encourage à l’action coûte que coûte engage souvent à prendre des décisions alors que les problèmes ne sont même pas posés. A l’inverse, dès que la pensée devient un peu complexe, elle est facilement qualifiée « d’usine à gaz ». Résultat, tout le monde applique la politique de l’autruche et se contente d’agir quitte (surtout) à reproduire les erreurs des voisins !

5/ « On va challenger les assomptions ! »

Encore une fois, l’intention est bonne, mais le programme qu’elle sous-tend est en réalité très ambitieux si on le prend au sérieux. Remettre en cause les allant-de-soi suppose, en effet, que l’ensemble de l’équipe s’engage dans un véritable travail réflexif. Or, au sein des organisations, les espaces qui permettent vraiment d’échanger en toute liberté autour de ses pratiques sont quasi-inexistants. Résultat, on se contente du slogan sans transformer en profondeur l’organisation.

Et vous, quels seraient vos dictons à abattre ?

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One Response to Petit lexique des idées reçues sur le management

  1. Voici trois expressions que j’interroge:
    « Chercher la croissance avec les dents »
    Cette expression imagée forgée par Sarkozy en 2007 en pleine campagne présidentielle exprime l’acharnement et fait totalement l’économie de toute interrogation critique quant à la croissance en tant que valeur et à la façon de s’en emparer.
    La croissance semble être une valeur qui va de soi dans le milieu économique. On en espère non seulement de la richesse (des dividendes à distribuer !), mais aussi une facilté accrue de financer des emplois.
    Or l’économie n’était pas toujours basée sur un imaginaire du toujours plus. Pendant des millénaires et encore aujourd’hui à certains endroits de la planète, les sociétés se contentent d’une économie de subsistence bien plus compatible avec la finitude de la planète.
    Chercher la croissance avec les dents exprime non seulement une rapacité, une avidité aveugle pour les enjeux plus vastes, mais aussi la soumission à une idéologie du toujours plus qui s’avère mortifère.

    « On n’est pas dans le pays des bisounours »
    C’est l’argument prêt-à-porter lancé à la figure de ces « bienpensants », ces naïfs qui cherchent à préserver voire à développer le côté humain dans l’entreprise. Il y a de nombreuses années, cette phrase était le seul argument qu’avançait une interlocutrice d’une grande entreprise de télécom face à un consultant soucieux de bien-être au travail dans une entreprise où les nombreux suicides étaient en effet la preuve que ce n’était nullement un pays de bisounours. Les préjugés sous-jacents ici sont que le principal but d’une entreprise (le seul ?) est de faire de l’argent, que les employés s’en fichent et que pour leur arracher l’obéissance, il faut les menacer, les contrôler et les punir si on estime qu’ils ne sont pas assez efficaces. Nous sommes très loin de la culture de la confiance qui règne dans une entreprise comme Favi dont l’ex-PDG disait « dans l’homme, tout est bon », même s’il considérait que 3% des employés n’étaient pas adaptés ou adaptables à la culture d’entreprise chez FAVI.

    « Les consultants sont des putes ! »
    Jugement à l’emporte-pièce d’un manager d’un groupe industriel dans le secteur de l’armement face à une consultante. Celle-ci trouvait l’idée fort intéressante et demanda « Pourquoi ? ». Réponse: « Pour sauvegarder le cashflow et ménager la relation avec le client, les consultants ne disent que ce que celui-ci souhaite entendre. Ils le flattent et en réalité se fichent de l’entreprise. »
    On ne peut bien sûr pas exclure qu’il y ait des consultants de ce genre. Mais si les personnes exerçant ce métier étaient vraiment aussi inutiles et mous, il n’y aurait plus de consultants depuis longtemps. La plus-value d’un consultant est de toute évidence son apport d’altérité, sa liberté de parole et, surtout, sa capacité à questionner des allants-de-soi.

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