UVSQ : l’impact de la crise, l’impact sur la marque

iloveuvsq

 

Il y a quelques mois à peine, l’UVSQ (Université de Versailles Saint Quentin) était le bon élève, le bon exemple, le n°1 de la réussite en licence, l’excellente insertion professionnelle en master, les liens avec le territoire, l’investissement dans les niches, l’abandon de tout conservatisme… et de toute prudence… En effet, depuis novembre, c’est la dégringolade, pas dans les formations ou la recherche, ni dans la qualité de ce qui est proposé, mais dans son budget non maîtrisé et bien entendu pour ce qui nous intéresse ici : son image. Une image détériorée pour malheureusement longtemps, qui est responsable ? Était-il possible de mieux faire ?

Devenir ce qu’attendait le ministère avant d’être châtiée

Sous Pécresse, un virage avait été opéré avec plus ou moins de réussite dans le monde très conservateur de l’enseignement supérieur. Pour porter ce changement, quelques idées, des appels à projets, des sous (pas assez) et l’autonomie. Devant ce choc culturel, toutes les universités n’ont pas eu le même comportement, entre conservatisme, prudence, apprentissage et audace. Le gouvernement avait besoin de quelques fonceurs pour donner l’exemple et a encouragé la multiplicité des initiatives. Pécresse avait trouvé en l’UVSQ, l’université de sa circonscription, une alliée de choix.

Mais voilà, une carence incroyable du ministère de l’époque dans l’accompagnement managériale et stratégique de ce changement de paradigme ainsi qu’un financement budgétaire ne répondant pas au vieillissement des fonctionnaires grévaient, dès l’origine, les chances de sursaut de l’ensemble de l’enseignement supérieur.

Et c’est à ce moment crucial que le gouvernement change de majorité dans un contexte budgétaire toujours plus dur. Le message change, la désignation des bons élèves également. Nous connaissons bien cette règle et ses conséquences dans la monde de la communication publique. D’un seul coup, le gouvernement ne sera pas seulement rigoureux, il fait de la rigueur, malgré quelques promesses à Strasbourg, le centre de sa politique. Du jour au lendemain, l’UVSQ devient hors-jeu.

Gestion de crise

De loin, après, c’est toujours facile de porter un jugement. Avant d’entrer sur le champ des erreurs ou en tout cas des choix, il y a bien une chose à ne pas perdre de vue : dans l’action, dans nos bureaux, dans l’effervescence, dans l’isolement,  le rôle des sentiments est rarement maîtrisable, ils éloignent de la réalité et altèrent le jugement. Ça m’est arrivé, ça leur est arrivé, s’il y a bien un moment où l’irrationnel l’emporte dans la communication, c’est bien en plein milieu de la crise.

Et qui dit crise dit gestion de crise.

Premier constat, l’UVSQ n’était pas prête à cette crise qu’elle ne semble pas avoir anticipé alors que les premiers indices de déficit lourd dataient depuis plusieurs mois. Pourtant quelques éléments montrent le contraire. Si je suis incapable de savoir s’il existe une cellule de crise dans le sens où elle était prévue et organisée avec une distribution des rôles, la question de la préparation n’était pas inexistante. Une première alerte avait été donnée en interne mais les collègues ont-ils été mieux armés ? Existait-il des argumentaires, il semble que oui, jusqu’à un certain point. Cependant, il est évident que l’université n’était pas prête au combat et les choix opérés montrent davantage de la fébrilité, de la spontanéité et de la réactivité… en bref, elle n’a pas, au départ, choisi le terrain. Elle a subi et mal réagi.

Le bras de fer

La méthode choisie, le bras de fer (ou disons la négociation ferme), était certainement la bonne.

Etant donné toutes les transformations opérées par l’université dans un contexte où l’UVSQ, comme d’autres universités nouvelles, est depuis toujours sous-dotée en postes,

Etant donné les bons résultats et particulièrement la réussite en licence,

Conjuguer une stratégie de développement suivant les encouragements du ministère, les réussites et un argumentaire sur la sous-dotation des postes pouvait permettre d’obtenir du ministère un accompagnement sérieux, sans doute ce fut d’ailleurs une première étape… mais cela ne pouvait raisonnablement fonctionner que dans les bureaux feutrés et injustes du ministère.

Braquer les projecteurs

Est-ce possible de l’emporter sous le regard des médias ? Oui, bien sûr, peu de combats sont perdus d’avance, et ce n’est pas comme si ce gouvernement n’avait pas déjà reculé à plusieurs reprises, mais le contexte est, ici,  extrêmement défavorable. Le choix de l’UVSQ du bras de fer public est celui du conflit. Y-a-t-il été contraint ? Il rend en tout cas beaucoup plus difficile et conflictuelle toute négociation. Pourtant, l’UVSQ a joué toute la panoplie graduelle de la com de crise : reconnaissance de certains faits ou erreurs, puis refus de la position du ministère et enfin offensive. Le problème est qu’il ne s’agit pas simplement d’une question d’image et de réputation dont les objectifs me semblent par ailleurs difficile à atteindre, mais de rapport avec le ministère qui donne les sous à l’ensemble des universités.

C’est ici une faute majeure, comment céder à une des universités les plus en déficit alors même que beaucoup d’autres universités connaissent des difficultés tout en faisant des efforts de gestion importants (pour certaines d’entre elles). Si la ministre ouvre le robinet, c’est l’inondation, aucune université ne ferait alors plus aucun effort. En cela, la situation n’est pas tenable. Enfin, le ministère n’est pas désarmé, le récent article de l’express ressemble même à un début d’enquête qui pourrait devenir bien plus redoutable pour l’UVSQ si l’investigation était poursuivie sérieusement.

Quand, sur ce, la menace de non reprise des cours est affichée, on touche à l’absurde… à moins de vraiment le faire… ce qui n’a pas été fait.

Pour autant, le ministère veut faire de l’UVSQ un exemple alors même que quelques largesses sont accordées à d’autres universités en difficulté, car rappelons le, le problème des déficits concerne de nombreux établissements d’enseignement supérieur aujourd’hui et ceci depuis plusieurs années. Cet acharnement laisse les sentiments l’emporter sur l’objectivité rue Descartes à Paris. A ce niveau d’excitation, il faudrait sans doute un médiateur entre les deux parties, aujourd’hui, pour apaiser les passions et trouver une solution rapide, viable et structurelle.

Au delà de la résolution de la crise immédiate, bien mal embarquée donc, ce choix des médias est catastrophique à court, moyen et long terme et dépasse largement l’UVSQ.

De l’angoisse à la perte de confiance

Un des paris, était de s’appuyer sur la communauté avec des conséquences voulues aussi bien en interne qu’en externe. Cependant, s’il y a bien une chose que la gestion de crise doit combattre, c’est la perte de confiance. Ici, on arrive à un seuil très dangereux pour les étudiants, les post-bac et leurs parents et évidemment pour les collègues. Le seuil de l’angoisse où la dramaturgie devient prépondérante et même envahissante est allègrement franchi. Les salaires vont-il être payés ? Les cours du second semestre vont-il reprendre ? Des diplômes vont-ils disparaître ? les locaux entretenus ? La boîte à angoisses irrationnelle peut s’ouvrir : l’université peut-elle être liquidée ? Tout peut-il exploser comme beaucoup l’ont craint lors de la crise des missiles entre USA et URSS ? L’angoisse peut-elle être une alliée : l’université mobilise autour d’elle, autour d’un combat qu’elle imagine légitime… mais peut-il prendre ou au contraire… beaucoup ne vont-ils pas retirer leurs billes : étudiants, parents, entreprises… ?

Les chiffres des prochaines inscriptions seront terribles d’enseignements… ou montreront que la crise de confiance n’a pas eu lieu.

Au delà de l’avenir de l’ancienne présidente, Sylvie Faucheux, dont la gestion a été vivement critiquée par le ministère… qui l’a nommée rectrice et donc représentante du même ministère,

Au delà de l’avenir de l’actuelle équipe, héritière de la précédente mais largement renouvelée depuis,

Au delà de la résolution de la crise budgétaire,

L’image et la réputation de l’UVSQ sont endommagées pour très longtemps. Ce qui est évident aujourd’hui, si dans le meilleur des cas, la crise budgétaire était absorbée sans trop de dégâts sur les prestations de l’université (dans le meilleur des cas donc), l’image de celle-ci serait au mieux brouillée, au plus probable très négative pour longtemps. L’UVSQ pourrait faire beaucoup de campagnes de communication, l’impact serait faible. Elles seront pour autant nécessaires si elle veut (re)trouver une réputation d’université moderne, responsable, bien gérée et innovante. A mon avis, au delà de l’image, la marque est sinon détruite, au moins profondément altérée pour de longues années. Les algorithmes de Google y veilleront.

Seulement, cette crise n’aura pas d’impacts négatifs sur la seule UVSQ, par ricochet, c’est l’ensemble des universités qui ont pris un coup durable dans un contexte de défiance générale et bien ancré dans l’imaginaire collectif des français. Ce ne sont pas les 700 000 euros investis par le ministère pour redorer l’image des universités qui va y changer grand chose… une goutte dans un océan tourmenté.

Je reste toutefois persuadé que la seule rigueur budgétaire ne peut tout résoudre, je crois fermement au mouvement, celui qui permettra aux universités partantes de s’engager dans le sens du progrès, l’avenir de la société peut toujours et plus qu’avant s’inscrire en leur sein.

Je suis doublement meurtri aujourd’hui. Pour l’ensemble des universités donc car ces derniers événements rendent leurs actions moins probantes alors même que de bons résultats pouvaient contribuer à moderniser leur image. Pour l’UVSQ ensuite, où j’ai eu le grand plaisir de faire mes études, où je me suis épanoui dans sa vie associative, où j’ai fait mes premières armes, vice-président et directeur de service, dans mes jeunes (et lointaines) années étudiantes. Elle reste une formidable université, aux fondamentaux très prometteurs et aux bons choix de développement. Promis, I love UVSQ !

 

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13 réflexions au sujet de « UVSQ : l’impact de la crise, l’impact sur la marque »

  1. Quelle superbe analyse, Ghislain : précise, rigoureuse, convaincante. un beau travail de com sur la com. Bravo et merci à toi. On aura tous les deux noté que le président de l’UVSQ s’est lancé fort imprudemment dans un blog, blog aujourd’hui arrêté car devenu incrédible et contre-productif pour l’université.

  2. L’impact sur la marque est une bonne question, mais il n’est pas sûr que le pire à venir soit du côté des étudiants, assez peu sensibles aux questions financières. L’impact peu être beaucoup plus fort du coté institutionnel. La Comue « Université de Paris – Orsay » va-t-elle accueillir à bras ouverts une université qui s’annonce comme un boulet financier pour des années ?

    D’autre part, avant de parler de gestion de crise, il convient de parler de crise de la gestion. Car la situation de l’UVSQ vient d’une carence incroyable en la matière. Sylvie Faucheux a été nommée Recteur parce qu’elle apparaissait comme « une présidente de gauche qui a réussi », avant que le pot au roses ne soit découvert : ses projets et ses recrutements multiples étaient lancés sans se soucier du financement. Le président actuel, qui était vice-président alors, a continué sur la même lancée, en donnant des leçons sur son blog, jusqu’à ce qu’on lui dise que le déficit était de plusieurs millions d’euros et qu’il n’y avait plus de fonds de roulement.

    Il est probable que la ministre joue la montre dans l’attente du rapport définitif de la Cour des comptes.

  3. @Sirius : Quel « pot aux roses » ? Ne faudrait-il pas se montrer prudent sur un rapport préliminaire qui pose simplement des questions ? Ce document « confidentiel » qui a opportunément fuité…. On « condamne » sans appel la gestion de la précédente présidence mais on oublie de rappeler que ce fut une époque de développement exceptionnel de l’université en mobilisant des ressources extérieures. Mobilisation totalement absente désormais et qui met l’UVSQ dans un état de dépendance totale vis à vis des financements publics.

    Quant à l’impact sur la marque… Quelle marque ???? La seule université qui possède une marque l’exporte à Abu-Dahbi, et ce n’est pas le cas de l’UVSQ me semble-t-il…

    La question de la COMUE est quant à elle extrêmement problématique pour une université dans la situation de l’UVSQ. Cette dernière est sans vision stratégique, contrairement à la précédente mandature, et ceci que l’on partage ou non cette vision de l’autonomie des universités !

  4. @ citoyen_78
    Le « pot aux roses », c’est d’abord le déficit abyssal et l’épuisement du fonds de roulement. Quand un Président découvre du jour au lendemain l’ampleur du désastre, cela prouve son incompétence et l’absence de toute gestion prévisionnelle de l’établissement. Là il ne s’agit pas de questions, mais de faits établis.

    Il se peut que la CdC trouve d’autres choses, notamment du coté de la « mobilisation de ressources extérieures ». Sur ce point il faut effectivement attendre son rapport.

    Sur la question de la marque, je laisse notre blogueur vous répondre.

  5. Pour Paris-Orsay, ça peut être un frein mais aussi un accélérateur.

    Pour la gestion, s’il y a eu probablement des erreurs, ce qui paraît inévitable en période de développement (n’oublions pas qu’il s’agit d’une université nouvelle), elle pose une question : les résultats obtenus sont probant, ce qui laisse penser que le financement de l’état est sans doute sous-dimentionné, il ne manque sans doute pas de grands efforts pour que beaucoup d’universités fassent beaucoup mieux que simplement boucler les fins de mois.

    Pour la marque, il n’y a rien de plus puissant que « La Sorbonne »… qui n’existe pas en tant qu’unité. Pour autant, les autres marques existent. L’UVSQ est d’abord celle de la réussite de ses étudiants.

    Pour la découverte tardive des trous, ça paraît assez ahurissant mais il ne faut pas oublier deux choses :
    – l’autonomie a tout chamboulé, exige un accompagnement et le recrutement de compétences, tout le monde ne l’a pas vu et même très loin delà, ce qui, connaissant le milieu, n’est pas trop étonnant
    – le président est un élu, c’est d’abord aux responsables administratifs de maîtriser ces questions : DGS, DRH et Directeur financier

  6. Je retrouve dans vos propos une vision qui m’avait choquée. Ce sont les élus qui dirigent les universités, dans tous les domaines. Que la désignation du Président se fasse par élection n’empêche pas qu’il est le responsable en dernier ressort. C’est à lui de s’assurer que les cadres administratifs et financiers font leur travail. Un DGS et un directeur financier qui n’alertent leur Président que quand il est trop tard sont des incompétents. Un Président qui ne fait pas le point régulièrement sur la situation financière de son établissement avec le DGS et le directeur financier l’est tout autant.

  7. C’est peut être la région qui fait ça … L’esprit de Marie Antoinette et sa cour, rôdant dans les couloirs de l’Université …. des impressions de déjà-vu … A quand les têtes coupées ?

  8. Je suis d’accord Sirius… comme quoi tout arrive 😉

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