Comment les changements du Monde et de Libé nous questionnent

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Le monde du journalisme vit des soubresauts douloureux. En France, Libé souffre et licencie, Le Monde cherche toujours son modèle, France Soir a agonisé pendant des années avant de disparaître des kiosques , la presse magazine n’en finit plus de chuter… A l’étranger, Newsweek avait cessé d’imprimer avant d’y revenir, les grands groupes multiplient les tentatives alternants, les formats très courts (400 signes) et les dossiers très fournis, le payant et le gratuit… Pourquoi cela nous concerne-t-il ? Quelles leçons tirer pour nos propres initiatives ? Quelle serait notre mutation ?

Universités, écoles et instituts, nous devons nous positionner sur l’expertise. Nous disposons pour cela de ressources uniques dans le monde du journalisme : nos enseignants-chercheurs. Notre chance ? Ils sont tellement nombreux que nous n’avons pas besoin d’un grand pourcentage de volontaires pour pouvoir animer un flux suffisant. Une fois dit cela, plusieurs options se présentent et parfois se complètent… que privilégier ?

Le monde : actu ou rubriques ?

 

Etes-vous affilié à l’appli du monde, sur smartphone et sur tablette ? Qu’avez-vous pensé de la nouvelle ligne éditoriale et du nouveau positionnement ? J’ai été personnellement dérouté plusieurs semaines. Le principal changement a été de privilégier le fil d’actu « tout le direct » au détriment des rubriques (1). Il est lourd de sens. Si on avait des doutes, la campagne de pub était d’une grande clarté, avec des journalistes qui portent le lecteur sur le terrain et le petit bobo/pansement sur la tête : pour le digital, nous privilégions l’instantané, nous sommes des reporters… sous entendu contrairement aux presses 100% gratuites qui se nourrissent des dépêches. Si on défile, des dossiers (les décryptages) se succèdent avant d’arriver, tardivement, aux rubriques. Cette différence de traitement digital/print ressemble au grand écart, et le nouveau projet de Libé n’est pas différent : le digital pour l’instant, le quotidien pour parler de demain (et pas de la veille). Ça peut marcher et justifier le gratuit/payant (voir plus loin). Personnellement, même si je peux me connecter plusieurs fois par jour… ce n’est pas ce que j’attends du Monde, ni ce qu’attendent les lecteurs digitaux du New York Times et de ses news en 400 signes. Sommes-nous si différents quand on lit du digital ou du print ?

En tant que lecteur, ce que je cherche, c’est la valeur ajoutée. En tant que professionnel de la com universitaire, ce que je cherche à offrir, c’est de la valeur ajoutée, ce que l’on ne lit pas ailleurs, une info unique ou un plus d’intelligence. Cette exigence n’exclut pas les formats courts, mais nous ne pouvons pas en faire une règle, même sur le digital, où il ne faut pas avoir peur à proposer les deux (ici, le parti pris graphique doit aiguiller le lecteur sur les formats qui lui conviennent). Nous sommes évidemment moins dépendant de l’actualité même si quelques coups sont toujours les bienvenus pour la notoriété et booster nos propres médias et donc nos futurs contenus.

Chercher le journaliste ou jouer au journaliste ?

 

Ce n’est pas tout de produire des contenus… que cherche-t-on en priorité ? Attirer le journaliste, faire de la relation presse, scotcher des contenus préfabriqués à des actualités ? Ou devenir soi-même média, grande tendance du brand content ces dernières années, avec des moyens souvent très faibles au sein de nos institutions ? Il ne s’agit pas de faire l’un sans l’autre, quoique l’on se passe encore trop souvent aujourd’hui du second, mais de savoir comment on priorise ? Il n’existe pas de solution unique.

Là, deux types d’établissements existent : les généralistes et les spécialisés. C’est plus simple pour les seconds, l’enjeu devient alors de s’imposer dans son champ sémantique, inventer ses propres médias est la suite logique, pour peu que l’on trouve son public, voire sa communauté… et cette affaire peut être, aussi, celle de tous, étudiants inclus. Pour les généralistes se pose la question du territoire choisi et du public visé : tout public (curieux et érudit) ou une communauté d’intérêt autour d’un sujet spécifique… ce qui suppose alors la multiplication des médias.

Après créer un média ou une plateforme de médias, pour nos institutions, ce n’est pas non plus exactement faire du journalisme même si on peut s’en inspirer dans la démarche, la recherche du public ou l’écriture (voire du bien public). la finalité est bien de développer notoriété et légitimité.

Gratuit ou payant ?

 

Cette question, vitale pour les groupes de presse, peut paraître incongrue pour nous. Pour résumer, tant que l’on est dans l’actualité chaude, c’est gratuit, dès que l’on entre dans l’analyse approfondie, c’est souvent payant.

Pour nous, elle pose la question de la valeur. Et ceci sur deux plans.

D’abord la question de la publicité. Bien sûr, la pub revêt une fonction financière qui, sans aller jusqu’à viser l’autofinancement, peut participer à collecter des ressources supplémentaires pour assurer un meilleur éditorial (recrutement, agence, freelance…). Mais surtout, en terme de création de valeur, si une entité publique ou privée est prête à payer un espace publicitaire sur un média universitaire, c’est qu’il y croit. Son investissement est donc un gain de valeur à l’éditorial. J’avoue, peut-être par un principe désuet (public is public), y rester hostile, mais une bonne charte peut éviter de dénaturer le support.

L’autre question : si la qualité du média le permet, et je pense d’abord au print, pourquoi ne pas le vendre ? Nous en revenons ici au modèle des quotidiens qui font payer l’analyse, le décryptage, l’exclusivité ou la prospective. C’est une discussion que j’ai eu avec des étudiants motivés. Leur crainte : si un magazine n’est pas payant, il aurait moins de valeur. Dans un tout autre secteur, ça avait été le choix difficile de Leroy Merlin : vendre son mag à 50 000 exemplaires en kiosque ou le diffuser gratuitement à 500 000.

 

(1) depuis, l’appli propose de choisir entre l’accueil et le fil du direct, je n’ai pas dû être le seul à être dérouté

 

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One thought on “Comment les changements du Monde et de Libé nous questionnent

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